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Brésil: la grogne sociale fait trembler la planète foot

A trois jours du premier coup de sifflet de la Coupe du monde de football, le climat social reste tendu au Brésil avec des grèves à répétition et de nombreuses manifestations dans les grandes villes du pays. Depuis plusieurs mois, le Brésil est en proie à une montée de la grogne sociale… au risque de perturber l'organisation du Mondial.



Des policiers en tenue de combat postés à la station Ana Rosa, au cinquième jour de grève des employés du métro. Sao Paulo, le 9 juin 2014.
Des policiers en tenue de combat postés à la station Ana Rosa, au cinquième jour de grève des employés du métro. Sao Paulo, le 9 juin 2014.

L'organisation de la Coupe du monde de football a déclenché, en juin 2013, une forte contestation chez les Brésiliens et, depuis, la fronde perdure. C'est la hausse des prix du transport  qui a déclenché, en pleine Coupe des confédérations, ce mouvement contestataire. Cette fronde sociale est inédite. Plus d'un demi-million de personnes sont descendues ces derniers mois dans les rues pour crier leur ras-le-bol contre les inégalités. Ils manifestent contre une hausse du coût de la vie, contre la corruption et dénoncent une politique clientéliste de la part de l'actuel gouvernement.

Cette rébellion est historique pour le Brésil, qui est sorti de la dictature en 1985 et dont le président Lula recevait, il y a encore trois ans, le soutien massif de 80% de la population. Mais depuis, l'environnement s'est dégradé et aujourd'hui la politique de Dilma Rousseff, qui lui a succédé, suscite colère et manifestations.  Septième puissance économique mondiale et deuxième du continent américain derrière les Etats-Unis, le Brésil a encore de gros progrès à faire pour sortir une partie de sa population de l'extrême pauvreté. Après la violente crise économique de 1998, le pays a reçu le soutien du Fonds monétaire international, mais si en dix ans le Brésil a réussi à redresser son économie, le pays abrite encore trop d'inégalités.

Le Mondial synonyme de gabegie

Les manifestants attendent du gouvernement des actions concrètes en matière de politiques scolaires, de santé publique, d'urbanisme, et non pas la construction de stades coûteux avec les infrastructures pour les desservir. La population proteste contre les sommes colossales d'argent public englouties dans l'organisation du Mondial. Pour ce grand événement sportif, le Brésil se prépare à accueillir trois millions de touristes, mais derrière la fête se cache la réalité socioéconomique du pays avec une seule interrogation pour les Brésiliens : « Pour qui cette Coupe du monde ? ». Certes, le Brésil attend 4,5 milliards de dollars de recettes, mais le gouvernement a investi 11 milliards de dollars dans l'organisation du Mondial et tout n'a pas été investi dans les délais prévus. Quel sera le bénéfice réel pour le pays, une fois la Coupe du monde terminée ? Au regard de la faible croissance du pays depuis 2011, l'agence de notation Moody’s considère que l'impact sur l'économie locale sera insignifiant. Pas de quoi rassurer les antimondiaux, même si pour éviter de nouvelles perturbations, la présidente Dilma Rousseff affirme haut et fort que le gros des investissements publics a été fait « pour le Brésil » et non pour la Coupe du monde.

Une situation délicate pour Dilma Rousseff

Ces mouvements de contestation pourraient menacer le déroulement de la Coupe du monde de football. Si au fil des mois les manifestations antimondiales ont perdu en intensité, elles pourraient de nouveau s'amplifier. La tenue du Mondial est aussi l'occasion pour les Brésiliens de porter à la face du monde leurs revendications et d'obtenir en contrepartie de la paix sociale, des hausses de salaire. A l'instar des policiers qui ont obtenu gain de cause, les 10 000 employés du métro de Sao Paulo réclament une augmentation de 15% de leur salaire pour ne pas faire grève. Ils ont voté dimanche 8 juin en assemblée générale la poursuite de leur mouvement, jugé quelques heures plus tôt illégal et abusif par la justice. Le mouvement paralyse les transports de Sao Paulo qui doit accueillir la cérémonie et le match d'ouverture ce jeudi. Toutefois, le gouvernement affirme qu'il respectera le droit de manifester à condition qu'il n'y ait pas de violence... Il a d'ores et déjà mobilisé 157 000 policiers et militaires pour assurer la sécurité de la compétition.

La présidente a beau prôner l'apaisement et lâcher du lest sur certaines revendications, elle ne parvient pas à calmer la fronde. Les manifestations n'auront jamais cessé, même les policiers ont rejoint le mouvement de contestation contre la politique nationale. Alors oui, la situation est délicate pour Dilma Rousseff qui garde en ligne de mire l'élection présidentielle, qui se tiendra en octobre 2014. 


Dépêche

Mardi 10 Juin 2014 - 01:53