Il y a une étrange violence dans notre époque. Une violence feutrée, presque banalisée. Celle d’un monde qui montre tout, expose tout, sexualise tout, mais n’explique presque rien. Du Sénégal à la France, d’un continent à l’autre, les jeunes grandissent dans un brouhaha incessant d’images, de messages et de récits sexuels omniprésents, pendant que les adultes, eux, se réfugient dans le silence, l’embarras ou la condamnation tardive. On continue de faire semblant de croire que la sexualité des jeunes est un problème nouveau. Elle ne l’est pas. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est l’ampleur de la démission collective face à cette réalité.
Les corps des jeunes n’ont jamais été aussi visibles. À l’ère des réseaux sociaux, l’intimité se met en scène, se compare, se jauge, se monnaye en regards et en validation numérique. Le corps devient vitrine, argument, parfois arme sociale. On apprend très tôt à s’exposer, à séduire, à provoquer, sans jamais apprendre à se protéger émotionnellement. Derrière ces corps affichés comme sûrs d’eux, combien de cœurs fragiles, en quête de reconnaissance, d’amour, de légitimité ? Combien de jeunes finissent par confondre désir et validation, sexualité et preuve d’existence, exposition et estime de soi ?
Cette surexposition n’est pas neutre. Elle fabrique une sexualité pressée, performative, comparative, déconnectée du temps long, de l’écoute de soi, du respect mutuel. Elle impose une norme brutale : il faudrait faire, montrer, prouver. Il faudrait être à la hauteur des images, des récits, des attentes. Et ceux qui hésitent, ceux qui doutent, ceux qui veulent comprendre avant d’agir, se sentent en retard, anormaux, presque fautifs. Les écrans parlent fort, sans nuance, sans pudeur, sans responsabilité. Les familles se taisent. L’école hésite. La société juge après coup. Et les jeunes avancent seuls, corps exposés, cœurs mal armés.
Au Sénégal, cette réalité se heurte à un mur épais : le tabou. La sexualité n’y est pas absente des pratiques, mais elle est absente de la parole. On interdit, on surveille, on menace, mais on n’explique pas. On espère encore que le silence fera office d’éducation. Il n’en est rien. Le silence n’éduque pas, il désarme. Il pousse les jeunes à apprendre seuls, entre pairs, sur internet, dans l’approximation, la peur et la culpabilité. Il fabrique des vies cachées, des choix faits dans l’urgence, sans repères, sans protection, sans filet. Et lorsque la réalité surgit — brutale, irréversible — la société détourne les yeux ou cherche des coupables.
En France et dans d’autres sociétés occidentales, le discours est plus libre, mais souvent trompeur. On parle de droits, de liberté, d’émancipation, sans toujours transmettre la responsabilité qui les accompagne. On informe, mais on accompagne peu. On explique les mécanismes biologiques, mais on oublie la dimension émotionnelle, relationnelle, humaine. Là aussi, les jeunes sont livrés à une sexualité comparée, exposée, évaluée en likes, en images, en performance. L’intimité se dissout, et derrière cette apparente modernité, les mêmes solitudes, les mêmes errances, les mêmes blessures silencieuses.
Lorsque le silence finit par être rattrapé par la réalité, celle-ci frappe sans ménagement. Grossesses précoces. Destins brutalement interrompus. Parcours scolaires stoppés net. Jeunes filles sommées de porter seules le poids d’une situation qu’elles n’ont souvent pas choisie en pleine conscience. Avortements clandestins, vécus dans la peur, le secret, parfois au péril de la santé et de la vie, parce que la société préfère punir que prévenir, juger que protéger.Derrière chaque chiffre, il y a une histoire brisée.
Derrière chaque drame, une même question lancinante : pourquoi n’a-t-on pas parlé plus tôt ?
La sexualité des jeunes demeure profondément inégalitaire. Partout. Les filles en paient le prix le plus lourd. Leur corps devient un enjeu moral, familial, communautaire. Elles portent la honte, le contrôle, le soupçon permanent. Une erreur les définit. Une grossesse les condamne socialement. Leur réputation devient une affaire publique. On leur demande d’être responsables, prudentes, discrètes, pendant que le système qui les entoure refuse de leur donner les outils pour l’être réellement. On exige d’elles la maturité, tout en les privant de parole et de protection.
Les garçons, eux, ne sont pas absents de cette tragédie, mais ils sont enfermés dans un autre piège. On les encourage trop souvent à l’expérience précoce, à la conquête, à la démonstration de virilité. On leur apprend à prouver, rarement à ressentir. À dominer, rarement à respecter. À agir, rarement à assumer. Leur responsabilité est diluée, leur rôle minimisé, leur silence toléré. Cette construction sociale produit des garçons mal préparés à la relation, au consentement, à la responsabilité affective. Elle nourrit des comportements à risque, des violences banalisées, une fuite devant les conséquences. Cette asymétrie n’est ni culturelle ni accidentelle. Elle est systémique. Elle traverse les frontières, les religions, les traditions. Elle fabrique des relations déséquilibrées, des consentements fragiles, des blessures durables, chez les filles comme chez les garçons.
Ce que l’on refuse encore de regarder en face, c’est que les jeunes ne demandent pas la permission de vivre leur sexualité. Ils demandent des repères. Une parole adulte claire, honnête, courageuse. Une parole qui ne moralise pas, mais qui protège. Qui ne nie pas le désir, mais qui apprend à le comprendre. Qui rappelle que le corps engage, que l’intimité a une valeur, que la sexualité sans conscience, sans respect et sans responsabilité laisse des traces profondes.
Parler de sexualité aux jeunes n’est pas une incitation. C’est une urgence. Une responsabilité collective. Un devoir éducatif majeur. Le véritable scandale n’est pas que les jeunes aiment, désirent ou expérimentent. Le scandale, c’est notre persistance à détourner le regard, pendant que leurs cœurs se fragilisent et que leurs avenirs se jouent dans le non-dit.
La sexualité des jeunes n’a pas besoin de juges. Elle a besoin d’adultes debout.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Les corps des jeunes n’ont jamais été aussi visibles. À l’ère des réseaux sociaux, l’intimité se met en scène, se compare, se jauge, se monnaye en regards et en validation numérique. Le corps devient vitrine, argument, parfois arme sociale. On apprend très tôt à s’exposer, à séduire, à provoquer, sans jamais apprendre à se protéger émotionnellement. Derrière ces corps affichés comme sûrs d’eux, combien de cœurs fragiles, en quête de reconnaissance, d’amour, de légitimité ? Combien de jeunes finissent par confondre désir et validation, sexualité et preuve d’existence, exposition et estime de soi ?
Cette surexposition n’est pas neutre. Elle fabrique une sexualité pressée, performative, comparative, déconnectée du temps long, de l’écoute de soi, du respect mutuel. Elle impose une norme brutale : il faudrait faire, montrer, prouver. Il faudrait être à la hauteur des images, des récits, des attentes. Et ceux qui hésitent, ceux qui doutent, ceux qui veulent comprendre avant d’agir, se sentent en retard, anormaux, presque fautifs. Les écrans parlent fort, sans nuance, sans pudeur, sans responsabilité. Les familles se taisent. L’école hésite. La société juge après coup. Et les jeunes avancent seuls, corps exposés, cœurs mal armés.
Au Sénégal, cette réalité se heurte à un mur épais : le tabou. La sexualité n’y est pas absente des pratiques, mais elle est absente de la parole. On interdit, on surveille, on menace, mais on n’explique pas. On espère encore que le silence fera office d’éducation. Il n’en est rien. Le silence n’éduque pas, il désarme. Il pousse les jeunes à apprendre seuls, entre pairs, sur internet, dans l’approximation, la peur et la culpabilité. Il fabrique des vies cachées, des choix faits dans l’urgence, sans repères, sans protection, sans filet. Et lorsque la réalité surgit — brutale, irréversible — la société détourne les yeux ou cherche des coupables.
En France et dans d’autres sociétés occidentales, le discours est plus libre, mais souvent trompeur. On parle de droits, de liberté, d’émancipation, sans toujours transmettre la responsabilité qui les accompagne. On informe, mais on accompagne peu. On explique les mécanismes biologiques, mais on oublie la dimension émotionnelle, relationnelle, humaine. Là aussi, les jeunes sont livrés à une sexualité comparée, exposée, évaluée en likes, en images, en performance. L’intimité se dissout, et derrière cette apparente modernité, les mêmes solitudes, les mêmes errances, les mêmes blessures silencieuses.
Lorsque le silence finit par être rattrapé par la réalité, celle-ci frappe sans ménagement. Grossesses précoces. Destins brutalement interrompus. Parcours scolaires stoppés net. Jeunes filles sommées de porter seules le poids d’une situation qu’elles n’ont souvent pas choisie en pleine conscience. Avortements clandestins, vécus dans la peur, le secret, parfois au péril de la santé et de la vie, parce que la société préfère punir que prévenir, juger que protéger.Derrière chaque chiffre, il y a une histoire brisée.
Derrière chaque drame, une même question lancinante : pourquoi n’a-t-on pas parlé plus tôt ?
La sexualité des jeunes demeure profondément inégalitaire. Partout. Les filles en paient le prix le plus lourd. Leur corps devient un enjeu moral, familial, communautaire. Elles portent la honte, le contrôle, le soupçon permanent. Une erreur les définit. Une grossesse les condamne socialement. Leur réputation devient une affaire publique. On leur demande d’être responsables, prudentes, discrètes, pendant que le système qui les entoure refuse de leur donner les outils pour l’être réellement. On exige d’elles la maturité, tout en les privant de parole et de protection.
Les garçons, eux, ne sont pas absents de cette tragédie, mais ils sont enfermés dans un autre piège. On les encourage trop souvent à l’expérience précoce, à la conquête, à la démonstration de virilité. On leur apprend à prouver, rarement à ressentir. À dominer, rarement à respecter. À agir, rarement à assumer. Leur responsabilité est diluée, leur rôle minimisé, leur silence toléré. Cette construction sociale produit des garçons mal préparés à la relation, au consentement, à la responsabilité affective. Elle nourrit des comportements à risque, des violences banalisées, une fuite devant les conséquences. Cette asymétrie n’est ni culturelle ni accidentelle. Elle est systémique. Elle traverse les frontières, les religions, les traditions. Elle fabrique des relations déséquilibrées, des consentements fragiles, des blessures durables, chez les filles comme chez les garçons.
Ce que l’on refuse encore de regarder en face, c’est que les jeunes ne demandent pas la permission de vivre leur sexualité. Ils demandent des repères. Une parole adulte claire, honnête, courageuse. Une parole qui ne moralise pas, mais qui protège. Qui ne nie pas le désir, mais qui apprend à le comprendre. Qui rappelle que le corps engage, que l’intimité a une valeur, que la sexualité sans conscience, sans respect et sans responsabilité laisse des traces profondes.
Parler de sexualité aux jeunes n’est pas une incitation. C’est une urgence. Une responsabilité collective. Un devoir éducatif majeur. Le véritable scandale n’est pas que les jeunes aiment, désirent ou expérimentent. Le scandale, c’est notre persistance à détourner le regard, pendant que leurs cœurs se fragilisent et que leurs avenirs se jouent dans le non-dit.
La sexualité des jeunes n’a pas besoin de juges. Elle a besoin d’adultes debout.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
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