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N’abusez- pas de notre patience! Appel insistant à la responsabilité, avant que ça ne soit trop tard pour tous (Par Elimane H. KANE)



Deux ans que le peuple électoral sénégalais a décidé d’un changement démocratique, de manière inédite à la tête de l’Etat du Sénégal, en élisant au premier tour Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, jeune candidat de l’opposition, porté par une coalition  éponyme et bénéficiant de l’onction de l’acteur politique le plus populaire du moment, Monsieur Ousmane Sonko.

Cette élection a eu lieu dans un contexte de crise politique majeure au Sénégal qui a fini d’indigner et de mobiliser une grande partie des sénégalais dans le but de garantir le respect du calendrier républicain et sauver l’échéance démocratique. Ce qui a abouti à un changement de régime qui a suscité beaucoup d’espoir surtout chez les jeunes et autres nouvelles forces citoyennes.

La campagne électorale du Président  élu a relayé les principales propositions, du parti PASTEF mais aussi de plusieurs dynamiques sociales progressistes, orientées vers la rupture systémique,la Souverainté nationale et la Refondation des institutions. 
Le programme Diomaye Président qui serait élaboré par plus de 4000 cadres, engage le Président élu, même si ce dernier, dès son installation, a commandé à son premier ministre l’élaboration d’un référentiel unique des politiques publiques. Ce qui a abouti à l’Agenda de Transformation Nationale Sénégal 2050, décliné en un Master plan sur dix ans et une Stratégie Nationale de Développement sur cinq ans. Une planification systématiquement inadaptée, car mise à l’épreuve par l’annonce d’un misreporting sur les données macroéconomiques, notamment le  niveau du déficit budgétaire, le taux d’inflation et la dette. Depuis est mis en place un Plan de redressement économique et social sur trois ans pour embrayer sur la SND.

Dans ce contexte lourd et anxiogène, au lieu de faire montre d’une détermination collective et d’une solidarité gouvernementale, voire d’un pacte national, pour faire face aux défis de l’heure, le duo au sommet de l’exécutif s’engage dans une lutte de pouvoir précoce et inattendu. La tête de l’exécutif nous apparaît comme celle de Janus, dont les deux faces regardaient des directions opposées.

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko qui symbolisaient un renouveau anti-système, avec des promesses de réformes économiques et institutionnelles, à la fin du mandat de Macky Sall, nous servent, à la place de la marchandise achetée par les électeurs sénégalais, un vrai combat de cousins gladiateurs. 

Aujourd’hui, leurs joutes politiciennes rendent invisibles  les efforts du gouvernement, décrédibilisent leurs  initiatives et plongent les forces vives dans une torpeur ankylosante.

Cependant, des signes de dissension sont apparus dès les élections législatives en fin 2024, quand le PASTEF s’était démarqué de la coalition victorieuse pour se retrouver exclusivement majoritaire à l’Assemblée nationale. Ensuite en novembre 2025, avec des déclarations conflictuelles sur le leadership de la coalition au pouvoir et l’orientation politique à donner au régime. Ces tensions se sont intensifiées en mars 2026, quand le président du PASTEF, Ousmane Sonko a publiquement menacé de retirer le parti du gouvernement et de retourner dans l'opposition si le Président de la République Bassirou Diomaye Faye s'écarte de la vision du parti, notamment sur la gestion des dossiers judiciaires et de la redevabilité, les négociations avec le FMI et la restructuration de la dette, entre autres points de divergence. 
Dans le fond, il est aussi question de l’avenir politique du leader de PASTEF confronté à des procédures judiciaires qui hypothéqueraient son éligibilité aux prochaines élections. La question de sa candidature à la présidentielle de 2029- publiquement évoquée par ses partisans- donne à cette crise des relents de lutte de pouvoir.

Toutefois, cette crise interne qui perdure commence à lasser les sénégalais et à détériorer la situation économique et sociale du Sénégal. Elle est en train  de miner la réputation de stabilité démocratique du pays dans une région ouest-africaine marquée par des coups d'État.

Le rift Diomaye-Sonko ou Sonko- Diomaye implique une crise de gouvernance, avec un risque de paralysie de l’action publique et une nouvelle crise institutionnelle à l’horizon face aux enjeux de contrôle de l'Assemblée nationale.

Pour éviter au pays de retourner à une insécurité juridique et une instabilité sociale qui serait encore plus dure à supporter par les sénégalais déjà suffisamment éprouvés et désorientés, il est important de rappeler aux protagonistes leurs responsabilités républicaines respectives. Que chacun assume convenablement sa place sur l’échiquier et tout ira mieux, dans le meilleur Sénégal  possible.

Placer l’intérêt national au dessus de tout 

Une résolution du conflit par le dialogue pourrait renforcer la démocratie, en démontrant la maturité des acteurs, en considérant avant et après tout, l’INTERET GÉNÉRAL. 
Pour ce faire, les acteurs indépendants, porteurs d’enjeux et de voix, devront s’organiser pour mobiliser une force citoyenne de pression et de régulation du jeu politique.

Sur le plan social et économique, le Sénégal fait face à des défis structurels exacerbés par cette instabilité politique. La précarité atteint la classe moyenne et les couches vulnérables sont d’avantage éprouvées. La dette publique atteint 132 % du PIB, avec un remboursement d'Eurobond de 485 millions de dollars dû en mars 2026, et un programme FMI de 1,8 milliard de dollars gelé depuis 2024 après la révélation d'une « dette illégale » de près de  7 000 milliards de fcfa. Le gouvernement vise une croissance de 5 % en 2026, soutenue par l'agriculture et les services, avec un déficit budgétaire projeté à 5,37 % du PIB Le Président de la République a annoncé des réformes avant fin Mars et un renforcement des investissements publics en éducation, santé et infrastructures hydrauliques, dans le cadre du plan SUPREC 2025-2028.
Cependant, les tensions internes freinent les réformes.
À long terme, une instabilité prolongée risque de ralentir la croissance, d'accroître le chômage (notamment chez les jeunes) et de creuser les inégalités, malgré des potentiels en énergie (gaz et pétrole) et en tourisme. Une résolution rapide pourrait au contraire stabiliser les marchés et attirer les financements nécessitent à la mise en œuvre de la SND, y compris les financements régionaux et innovants.

Citoyens républicains face à l’impératif d’agir.

Dans ce conflit interne au pouvoir, les citoyens républicains – attachés aux principes de la République, à la démocratie et à la stabilité juridique, institutionnelle et sociale –sont interpellés. Comme lors des crises précédentes, une posture de vigilance engagée et constructive, priorisant l’intérêt national sur les clivages partisans et les allégeances personnelles est de mise. Éviter le piège qui consiste à réduire les enjeux de cette crise entre "pro- Diomaye" ou "pro-Sonko", car cela risque d'alimenter la polarisation politique au sein d’un même camp et d’alimenter les troubles. 


La posture citoyenne campe sur l’intérêt général. Elle devrait aider à la conscientisation des citoyens, et à l’écoute active des partisans, qui vivent un traumatisme profond suite à la grande déception de ce qui est perçu de part et d’autre comme de la « trahison politique ». Elle devrait aussi privilégier le dialogue et la transparence, dans le dépassement. Consulter  les acteurs pour obtenir des deux parties des explications claires sur leurs désaccords (via des débats publics ou parlementaires), sans verser dans la diffamation ou les rumeurs amplifiées sur les réseaux sociaux. 

Le débat public structuré devrait ainsi permettre aux institutions comme le Président de la République, l'Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel de jouer leur rôle dans le sens de préserver la sécurité juridique, la stabilité institutionnelle et la paix sociale, en dehors des considérations de lutte de pouvoir et des pesanteurs des groupes partisans dans l’espace républicain.

À cet effet, il est nécessaire d’organiser la pression citoyenne pour l’intérêt collectif. Discuter des enjeux concrets et durables – politiques publiques, dette, ressources naturelles, emploi, réformes – plutôt que sur les égos. 
Dans cette démarche, il faut rejeter la violence, en rappelant les leçons des protestations passées qui ont coûté des vies.

Converger pour l’unité et la responsabilité 

La posture républicaine nous rappelle que le pouvoir émane du peuple (article 3 de la Constitution sénégalaise). Les sénégalais savent voter en conscience lors des élections, mais devraient apprendre à mieux le faire, en évaluant les bilans et profils plutôt que de sanctionner sur la base de promesses faciles. Engager une réconciliation objective basée sur la justice, l’état de droit et les principes républicains est nécessaire pour éviter une crise qui affaiblirait le Sénégal dans un contexte géostratégique fébrile, face à des défis internationaux ( guerres et impact sur l’accès à l’énergie et aux denrées) et régionaux (insécurité au Sahel, instabilité aux frontières).

En ces temps d’opacité, la République a besoin des citoyens engagés mais impartiaux qui doivent puiser dans le fond de notre  histoire de transitions pacifiques pour pouvoir engager en toute lucidité et responsabilité, les innombrables défis du moment, à savoir l’équilibre de la Souveraineté et de l’asymétrie , la révolution numérique en cours, pour nourrir ensemble les bases du progrès économique et social durable, dans la paix fondée par la justice.

Notre Sénégal 🇸🇳 le vaut bien.



Mercredi 11 Mars 2026 - 18:36


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