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Côte d’Ivoire : les sanctions tombent après l’émission consacrée au viol sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne



Condamnations et réactions outrées se multiplient depuis la diffusion ce 30 août, en direct et à une heure de grande écoute, sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI), télévision privée créée en 2019, d’un épisode de l’émission de divertissement La Télé d’ici Vacances consacré au viol. En quelques heures, une pétition en ligne exigeant des sanctions exemplaires a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures.  Depuis, le présentateur du magazine, Yves de Mbella, a été suspendu par la chaîne et la Haute autorité de la communication audiovisuelle.

Depuis la diffusion ce lundi 30 août 2021 sur la NCI, la Nouvelle Chaîne Ivoirienne, d’un numéro du magazine La Télé d’ici Vacances consacré notamment au viol, l’indignation ne faiblit pas en Côte d’Ivoire. Dès la fin de l’émission, les réseaux sociaux se sont enflammés et les réactions se sont multipliées sur ce que beaucoup considèrent aujourd’hui comme une véritable apologie du viol.

Une étrange et très obscène « reconstitution » d’une scène de viol

Dans un court extrait relayé par les réseaux sociaux et que nous avons visionné [Ces séquences ont depuis été supprimées des pages Facebook et Instagram de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne et les rediffusions du magazine ont été annulées, NDLR], le présentateur de l’émission, Yves de Mbella, demande à son invité, « un ancien violeur repenti » selon lui, de montrer au public comment il procédait pour commettre ses crimes. « Parce que notre but, ajoute-t-il alors, ce n’est pas de dire : il faut faire comme lui. Mais c’est pour éviter de tomber dans le piège de ceux qui veulent faire comme toi désormais, conclue-t-il en s’adressant à son invité. »

ous les applaudissements d’une assistance qui ne prend absolument pas la mesure de ce qui se joue à ce moment-là, l’homme rejoint Yves de Mbella sur un coin du plateau de l’émission où a été installé au préalable un mannequin en plastique. Suit alors une étrange et très obscène « reconstitution » de ce que pourrait être une scène de viol, avec pour finir – et comble de cynisme –, les pseudo-conseils aux femmes de « l’ancien violeur repenti ». Si cette séquence ne peut suffire à résumer l’ensemble des faits, elle est incontestablement la plus écœurante et celle qui suscite le plus de réactions indignées.

Pour Bénédicte Joan Ouamba, fondatrice et coordinatrice projets de l’association ivoirienne Stop au chat noir, très impliquée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, il s’agit tout simplement d'une apologie du viol. « Moi-même je suis une survivante, nous-a-t-elle confié, c’était donc très dur de voir cette scène. » Elle précise toutefois qu’elle n’est pas étonnée que l’animateur Yves de Mbella soit à l’origine de ce scandale. Elle en veut pour preuve le comportement, à ses yeux très sexiste, qu'il avait eu durant sa présentation du concours Miss Côte d’Ivoire 2020.

« Notre association, précise Bénédicte Joan Ouamba, milite exactement contre ce qu’on a vu ce lundi 30 août dans cette émission, ce qui s’appelle l’apologie du viol. Dire Stop au chat noir, c’est dire stop au viol, à la culture du viol. Le chat noir, c’est le fait d’attendre très tard dans la nuit, pour aller dans la chambre d’une personne, ça peut être votre fille, votre cousine, votre tante ou même votre servante, et la prendre par surprise et la violer pendant qu’elle dort. » 

Dans le même ordre d’idée, Emilie Tapé, écrivaine et militante féministe ivoirienne nous a signalé sur les réseaux sociaux, le témoignage à la fois grave et faussement ironique d’une victime de cet « ancien violeur repenti ». S’adressant directement au présentateur Yves de Mbella, cette jeune femme écrit avec beaucoup d'amertume et de douleur : « Merci d’aider à remonter ces souvenirs de cette triste soirée de ma vie. J’étais sans défense, j’avais enfoui cela jusqu’à en oublier l’auteur. Merci #NCI de non seulement banaliser le viol mais d’en faire la promotion. »

Des condamnations unanimes
Face au tollé suscité par cette émission, Nassénéba Touré, ministre ivoirienne de la Femme, de la famille et de l’enfant a déclaré sur sa page Facebook : « Je condamne fermement ces actes ignobles et ces propos de l’invité et de l’animateur, qui viennent saper les efforts du gouvernement, des ONG et de ces anonymes, dans la politique d’éradication de ce fléau qui gâche la vie de milliers de femmes et de filles. Je tiens à exprimer ma solidarité à toutes celles qui ont vu leurs blessures rouvertes et qui ont également revu leur bourreau. »

Aminata Diouf

Mercredi 1 Septembre 2021 - 18:03


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