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Covid-19: l'économie de Diaobé, qui abrite le plus grand marché hebdomadaire du pays, en Réanimation

​Réputée être une zone de rendez- vous commercial sous régional par son célèbre «louma» hebdomadaire, Diaobé est en train de vivre un cauchemar économique en ce temps de pandémie. En dépit de sa prouesse préventive locale qui, jusqu’à ce jour, l’épargne de tout cas de contamination liée au coronavirus, l’économie de la commune semble être admise en réanimation. Reportage !



Dans le sud du pays … En cette matinée de mercredi, des nuages lourdement chargés, ayant fini d’obscurcir le ciel, planent sur Diaobé. Un vent pluvial embaume l’atmosphère. Nous sommes au marché hebdomadaire de cette commune jumelée avec Kabendou. Ici, règne une ambiance qui est loin de la réputation dont jouit ce «louma (marché hebdomadiare) », devenu carrefour commercial sous régional depuis des décennies. Les affres économiques de la pandémie du coronavirus sont passées par là. Sur la grande artère qui jalonne le marché, jadis connu pour ses embrouillages monstrueux, se meuvent quelques têtes éparpillées. L’affluence n’est plus au rendez-vous hebdomadaire.

Dans la fluidité de la circulation, entre les piétons, se faufilent en toute vitesse, les voitures et motos-taxi. Pas besoin de se bousculer pour se frayer un chemin au cœur des magasins et cantines qui bordent la route. Rencontrée sur place, Aminata Thiam a quitté dès l’aube Tamba pour venir se procurer une grande quantité de miel qu’elle va revendre une fois au bercail. L’allure extenuée, la mine désespérée, après des tours de recherche dans le « louma », la commerçante n’a pas pu retrouver son fournisseur guinéen. «Depuis que le coronavirus est apparu, il s’est fait rare dans le marché. Pourtant, dernièrement, même s’il n’avait pas pu venir lui-même, il avait quand même envoyé la marchandise par le biais des transporteurs routiers. Je m’étais fortement ravitaillée, mais le miel s’était vite écoulé. Les prix de ce Guinéen sont très abordables. Ce qui me permettait de faire le maximum de bénéfice dans mon commerce », narre Aminata qui risque de quitter Diaobé bredouille.

De l’autre côté du marché, dans un périmètre aménagé pour faire office de garage des camions, Saliou Diallo supervise le déchargement de sa marchandise. A ses risques et périls, ce commerçant a rallié Diaobé en provenance de la Guinée Conakry malgré la morosité qui règne au marché hebdomadaire en ce temps de crise sanitaire. Entouré d’une main-d’œuvre locale qui s’active à la tâche, carnet de notes entre les mains, Saliou fait le point des bouteilles d’huile de palme qu’il a acheminées au « louma ». Au centre des interpellations marchandes d’une clientèle réticente aux prix, il indique: « Avant le coronavirus, dès que j’arrivais sur place, les clients se ruaient sur ma marchandise.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Diaobé n’est que de nom. Cela fait 15 ans que je fréquente ce « louma ». Mais actuellement, son attraction est à son plus bas niveau. Par crainte de venir choper le virus, la plupart de ses usagers ne viennent plus. Et du coup, les prix de ma marchandise ont drastiquement chuté car je suis obligé de bazarder le produit pour ne pas rentrer avec du restant». Tout près, un autre de ses camarades, guettant le moindre client, renchérit avec plus de précisions. «Pour la bouteille de l’huile de palme, on empochait 15.000 F CFA. Maintenant, la majeure partie de nos clients, arguant le ralentissement de leur business du fait de la pandémie, ne daigne pas décaisser plus de 10.000 F CFA. C’est une situation qui, au regard des taxes que l’on nous impose ici, risque de nous conduire vers une perte de profit », spécule furtivement le Guinéen pendant que la pluie déverse ses grosses gouttes. On s’engouffre précipitamment dans un magasin.

Assane Sow, la quarantaine, est un grossiste habitant la localité. Trouvé dans sa boutique remplie de diverses marchandises, l’homme, accoudé au comptoir, s’affaire à quelques transactions avant de se retourner. Sur sa situation commerciale, le grossiste s’apitoie: «D’habitude à des jours pareils, seul, je ne pouvais pas gérer l’affluence de la clientèle et les transactions. J’étais obligé d’appeler en renfort deux de mes frères qui m’épaulaient dans ce magasin. Aujourd’hui, alors que nous sommes en plein « louma », mes opérations commerciales sont tellement en baisse que moi seul je peux tenir face aux quelques clients qui viennent s’approvisionner en marchandises. C’est pour vous signifier que le marché hebdomadaire de Diaobé est quasiment à l’arrêt.

Les restauratrices ne se frottent plus les mains …
Aida Camara est gérante d’un restaurant très fréquenté par la clientèle. Habillée d’une légère robe, masque au visage, elle accueille après de brèves précipitations à l’heure du repas. La majorité de sa clientèle, chauffeurs et commerçants, en provenance des pays de la sous-région, s’est raréfiée au fur et à mesure que grimpe la propagation de la pandémie dans le pays. Autour des tables, quelques un des affidés de ses mets se remplissent l’estomac. Mais pour Aida, cette présence n’a rien de comparable avec ce qu’elle a l’habitude de recevoir. «Ceux que vous apercevez ne représentent même pas la moitié de ma clientèle. Je parle des étrangers qui occupaient la place à cette heureci... Le commerce ne marche plus comme avant », se désole la patronne du resto, tenant une grande cuillère à la main. Tout juste à côté de son commerce, une autre restauratrice distribue des plats dans une sorte de gargote. A l’en croire, seule une réouverture totale des frontière terrestres pourrait relancer sa négoce bien que la clientèle locale sollicite ses mets.

IBRAHIMA SANÉ : SECRÉTAIRE MUNICIPAL «La municipalité de Diaobé est passée de 1 million de recettes par semaine à 100.000 F CFA»
Il faut noter que contrairement à plusieurs villes dans le sud du pays (comme Ziguinchor, Kolda et Vélingara), la commune de Diaobé-Kabendou, bien qu’elle abrite le plus grand marché hebdomadaire du pays, n’a toujours pas enregistré de cas de contamination au coronavirus. Assis confortablement dans son bureau, Ibrahima Sané, le Secrétaire municipal, touche d’abord du bois. Il câble le maire (absent des lieux) dont il attend l’onction avant de réagir sur la situation économique que traverse sa commune. Pile de documents entre ses mains, M Sané révèle : « Pour cette année 2020, le budget prévu par la commune de Diaobé-Kabendou s’élève à 190 millions de F CFA. Mais au regard de la situation actuelle, compte tenu de la pandémie et de la forte demande d’assistance des populations qui sont dans le désarroi, les choses commencent à empirer. D’ailleurs, je doute fort qu’on puisse atteindre la moitié d’une telle somme. Car il faut noter qu’en terme de recette, Diaobé ne vit que du «louma» hebdomadaire qui a aujourd’hui une dimension sous régionale. Or, avec la crise sanitaire qui a entrainé la fermeture des frontières, le marché n’étant plus bien fourni, l’économie dans la Commune est presque à l’arrêt. Ce qui fait que la municipalité de Diaobé est passée de 1 million de recettes par semaine à 100.000 F CFA. C’est pourquoi, au niveau de cette municipalité, nous pensons que des mesures urgentes doivent être amorcées par l’Etat central dans la mesure où Diaobé représente un grenier pour le pays. C’est quasiment tout le Sénégal qui se ravitaille dans son « louma » hebdomadaire. Et malheureusement, si ce marché continue à être affecté ainsi par la pandémie, notre pays risque de connaitre une pénurie de certains produits alimentaires en provenance des pays de la sous-région ». 

Le Témoin

AYOBA FAYE

Mardi 18 Août 2020 - 12:25


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