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Emmanuel Macron et le «parapluie nucléaire français»: quelle actualisation de la doctrine nationale?

Ce lundi 2 mars 2026 à la mi-journée, le président français va prononcer un discours très attendu sur la dissuasion nucléaire française et l'Europe. C'est dans le cadre très solennel de l'île Longue dans le Finistère, en Bretagne, où se trouve stationnée la Force océanique stratégique (FOST), les sous-marins porteurs du feu nucléaire (SNLE), qu'Emmanuel Macron, face aux bouleversements géopolitiques mondiaux, va actualiser la doctrine nucléaire.



La déclaration présidentielle de ce lundi 2 mars 2026 sur le site stratégique de l'Île Longue s'inscrit dans le prolongement du discours du 7 février 2020 lors de son premier mandat. La dialectique nucléaire obéit en effet à des rituels. Il y a au moins un discours par mandat.
 
En 2020, Emmanuel Macron avait précisé qu'il existait une dimension européenne aux intérêts vitaux de la France, sans donner de périmètre précis.
 
Trois ruptures majeures
Or, depuis 2020, trois ruptures majeures sont intervenues : la guerre en Ukraine depuis 2022, la dégradation des relations transatlantiques depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, et plus largement, un contexte d'effondrement de la maîtrise des armements nucléaires, avec, par exemple, la récente fin du traité New Start. Il est donc nécessaire, souligne Héloïse Fayet, chercheuse à l'Ifri, d'adapter la doctrine et la posture nucléaire française. « À mon sens, on peut s'attendre à deux types d'annonces, dit-elle. Déjà, des annonces doctrinales et déclaratoires. Parce qu'en fait, la dissuasion nucléaire repose avant tout sur des mots et des déclarations. »
 
Il y aura « peut-être un vocabulaire beaucoup plus clair sur la contribution de la France à la défense de l'Europe, précise la chercheuse. Pour aller plus loin que la formulation classique selon laquelle les intérêts vitaux de la France ont une "dimension européenne". Et du côté capacitaire, pourquoi pas la possibilité technique d'avoir plus de têtes nucléaires ou une articulation encore plus avancée entre les forces conventionnelles françaises et européennes et les forces nucléaires françaises et britanniques. »
 
C'est un discours très attendu en Europe et à Moscou
Ce discours suscite de grandes attentes en Europe. Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué il y a quelques jours ses discussions confidentielles avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne. L'intérêt est donc vif, indique Héloïse Fayet : « Les alliés, les plus proches et ceux qui ont l'habitude des questions stratégiques, c'est-à en Pologne, en Allemagne, en Scandinavie, les pays baltes, sont très attentifs à ce discours qui a été annoncé depuis plusieurs mois. »
 
« Car ces propos, pointe encore la chercheuse de l'Ifri, viennent en fait concrétiser plusieurs appels du président Macron à échanger avec eux sur la doctrine de dissuasion nucléaire française, et comment les armes nucléaires françaises peuvent mieux contribuer à la défense de l'Europe. Il y a eu de nombreux échanges et donc, effectivement, ce discours sera très scruté, à la fois à Berlin et à Varsovie, mais aussi et surtout à Moscou. Parce qu'il ne faut pas oublier : la dissuasion nucléaire française est faite pour rassurer les alliés, mais elle est avant tout faite pour dissuader les adversaires. »
 
En matière de dissuasion nucléaire, la doctrine n'est jamais écrite, seul le prononcé du discours de l'Île Longue fait foi. Il faudra donc attentivement écouter ce que va dire le président français Macron, et décrypter ses propos volontairement ambigus. Une ambiguïté qui s'est toujours voulue stratégique pour compliquer le calcul de l'adversaire et ne pas soi-même s'imposer de limites.

RFI

Lundi 2 Mars 2026 - 10:08


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