Combien sont-ils à avoir perdu la vie lors de la bataille de Goma ? Un an après l’attaque de l’AFC/M23 et de ses alliés rwandais, personne ne peut encore le dire avec certitude. Selon les humanitaires, les combats ont fait plusieurs centaines de morts. Plus de 900 corps ont été enterrés à Goma après les combats, rien que par la Croix-Rouge congolaise et le CICR.
Furaha a perdu des proches les 27 et 28 janvier 2025 : « Les militaires tiraient des balles en désordre dans des maisons non fermées, explique-t-elle. Ils sont entrés dans ma parcelle et ont tiré sur mon mari. Un jeune voisin et mon garçon ont essayé de nous aider, ils ont été touchés. Malheureusement mon mari est décédé, de même que le jeune voisin. Mon mari m'a laissé 9 enfants. Aujourd'hui, il est difficile de les nourrir et de les scolariser. » Sa maison ayant été détruite, Furaha plaide pour que les victimes soient indemnisées. Une demande que porte également Tumusifu, une autre mère endeuillée, qui souhaite que la paix revienne dans la région. « Vous pouvez demander à Dieu de nous aider », dit-elle d’une voix lasse. « Que la guerre ne puisse pas se répéter. Nous avons vu des choses graves, très graves… »
Il y a les morts pleurés par leurs proches, il y a la douleur des blessures qui ne se soignent pas. Rachel, par exemple, a entendu de très près les combats, elle a alors tenté de se cacher sous un lit. Mais un engin explosif est tombé sur sa maison. « Dans mon corps il y avait beaucoup d’éclats. On a fait enlever la moitié de ces éclats et les autres sont restés. Je ne peux pas marcher de longs trajets pour le moment. » Il a fallu réapprendre à vivre.
Furaha a perdu des proches les 27 et 28 janvier 2025 : « Les militaires tiraient des balles en désordre dans des maisons non fermées, explique-t-elle. Ils sont entrés dans ma parcelle et ont tiré sur mon mari. Un jeune voisin et mon garçon ont essayé de nous aider, ils ont été touchés. Malheureusement mon mari est décédé, de même que le jeune voisin. Mon mari m'a laissé 9 enfants. Aujourd'hui, il est difficile de les nourrir et de les scolariser. » Sa maison ayant été détruite, Furaha plaide pour que les victimes soient indemnisées. Une demande que porte également Tumusifu, une autre mère endeuillée, qui souhaite que la paix revienne dans la région. « Vous pouvez demander à Dieu de nous aider », dit-elle d’une voix lasse. « Que la guerre ne puisse pas se répéter. Nous avons vu des choses graves, très graves… »
Il y a les morts pleurés par leurs proches, il y a la douleur des blessures qui ne se soignent pas. Rachel, par exemple, a entendu de très près les combats, elle a alors tenté de se cacher sous un lit. Mais un engin explosif est tombé sur sa maison. « Dans mon corps il y avait beaucoup d’éclats. On a fait enlever la moitié de ces éclats et les autres sont restés. Je ne peux pas marcher de longs trajets pour le moment. » Il a fallu réapprendre à vivre.
Ceux qui ont eu la chance de ne pas être blessés ont dû eux aussi s’adapter. Au lendemain de la chute de la ville aux mains des rebelles, les autorités congolaises ont suspendu les activités de l’antenne provinciale de la Banque centrale du Congo (BCC). Goma a, de fait, été coupée du système bancaire. Toutes les banques commerciales ont fermé leurs portes. Les distributeurs automatiques ont cessé de fonctionner.
Vivre sans banque
L’économie ne s’est pas pour autant mise à l’arrêt. Au fil des mois, les habitants de Goma se sont organisés pour pallier la pénurie d’argent liquide… bien que cela ait un coût. L’argent liquide n’a même jamais coûté aussi cher à Goma. Pour en trouver, le plus rapide reste le transfert par mobile money : le nombre des transactions a explosé. Mais pour récupérer du cash, il faut passer par des agents de change, des intermédiaires informels, devenus incontournables, qui prélèvent une taxe sur chaque opération – jusqu’à 8 % en avril 2025. Depuis, sous le feu des critiques et de la pression, sur ordre du M23, cette taxe a été ramenée à 3 ou 4 %. Mais cela reste élevé, par exemple pour les fonctionnaires, dont les salaires sont désormais versés par téléphone.
Pour se justifier, les agents invoquent les « frais de transport ». Car pour trouver des dollars, ils doivent soit se rendre dans une ville qui n’est pas sous contrôle rebelle, comme Beni ou Butembo, soit y envoyer de l’argent puis passer par un intermédiaire qui achemine la somme… D’autres préfèrent se rendre à Gisenyi, côté rwandais… mais dans un pays voisin, les frais bancaires sont très élevés. C’est le même casse-tête pour les grands commerçants qui souhaitent accéder à leurs comptes bancaires ou se faire payer.
Pour calmer le mécontentement, en avril, l’administration parallèle du M23 a tenté de relancer la branche locale de la Caisse générale du Congo (CADECO). Mais l’initiative rencontre un maigre succès : elle a été déclarée illégale par Kinshasa, et manque elle aussi de liquidités.
Vivre sans banque
L’économie ne s’est pas pour autant mise à l’arrêt. Au fil des mois, les habitants de Goma se sont organisés pour pallier la pénurie d’argent liquide… bien que cela ait un coût. L’argent liquide n’a même jamais coûté aussi cher à Goma. Pour en trouver, le plus rapide reste le transfert par mobile money : le nombre des transactions a explosé. Mais pour récupérer du cash, il faut passer par des agents de change, des intermédiaires informels, devenus incontournables, qui prélèvent une taxe sur chaque opération – jusqu’à 8 % en avril 2025. Depuis, sous le feu des critiques et de la pression, sur ordre du M23, cette taxe a été ramenée à 3 ou 4 %. Mais cela reste élevé, par exemple pour les fonctionnaires, dont les salaires sont désormais versés par téléphone.
Pour se justifier, les agents invoquent les « frais de transport ». Car pour trouver des dollars, ils doivent soit se rendre dans une ville qui n’est pas sous contrôle rebelle, comme Beni ou Butembo, soit y envoyer de l’argent puis passer par un intermédiaire qui achemine la somme… D’autres préfèrent se rendre à Gisenyi, côté rwandais… mais dans un pays voisin, les frais bancaires sont très élevés. C’est le même casse-tête pour les grands commerçants qui souhaitent accéder à leurs comptes bancaires ou se faire payer.
Pour calmer le mécontentement, en avril, l’administration parallèle du M23 a tenté de relancer la branche locale de la Caisse générale du Congo (CADECO). Mais l’initiative rencontre un maigre succès : elle a été déclarée illégale par Kinshasa, et manque elle aussi de liquidités.
Le commerce avec la ville frontalière de Gisenyi, lui, a repris de plus belle. Dès l’ouverture du point de passage frontalier de la petite barrière, à 6h du matin, des centaines de petits commerçants se pressent à la frontière. Le flux de marchandises est incessant : fruits, céréales, légumes, viandes, produits finis. Les petits commerçants utilisent des motos ou des vélos surnommés « handicaps » pour que les produits passent la frontière. « Le commerce marche bien, explique Evon Kasereka qui importe des thermos et des seaux en plastique du Rwanda. Quand nos marchandises arrivent à la frontière, les propriétaires de vélos handicap se chargent de les récupérer. Ils payent les taxes à la frontière et font passer les marchandises. Je peux faire traverser jusqu’à 20 cartons chaque mois. » Selon le professeur Déo Bengeya, le volume de marchandises échangées a fortement augmenté – plus de 30 % – car il y a plus de fluidité, moins de tracasseries à la frontière. Cet économiste note toutefois que ce sont surtout les importations en provenance du Rwanda qui ont le plus augmenté.
Administration parallèle
Dix jours après avoir pris la ville, l’AFC/M23 cherchait à instaurer une administration parallèle. Le mouvement a, au fil des semaines, multiplié les actes : nomination d’un « gouverneur du Nord Kivu », test d’évaluation pour choisir des magistrats, volonté de délivrance de visas… En août 2025, l’AFC/M23 a ainsi annoncé la création d’une force de police baptisée « Police révolutionnaire congolaise ». Une force qui, selon le Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo, intègre des éléments des Forces de défense rwandaise et a conduit des opérations « qui ont donné lieu à des détentions arbitraires et à la conscription forcée de garçons et d’hommes ». Les experts de l’ONU se sont entretenus avec des « témoins d’actes de tortures, de traitements inhumains ».
Déplacés congolais à la recherche d’aide
Certaines victimes de cette crise ont fui Goma et leur situation n’est pas plus enviable. Christian a ainsi cherché à échapper à l’avancée des rebelles en janvier 2025. Il est arrivé au Tanganyika et vit actuellement près de Kalemie dans un camp de déplacés, sous une tente, avec plusieurs membres de sa famille. « Je suis ici au Tanganyika depuis le mois de février, raconte-t-il. J’ai reçu en arrivant une aide du PAM puis du HCR, mais depuis nous sommes sans assistance. Sur le plan de la santé, les conditions ne sont pas bonnes. Nous n'avons pas d'eau potable, nos enfants sont anémiés, nous n’avons pas de moustiquaires donc nous attrapons la malaria. Cela fait presque une année que nous vivons dans ces conditions difficiles. » Dernièrement, ajoute-t-il, une nouvelle vague de déplacés est arrivée. « Nous avons essayé de partager le peu que nous avons avec eux, mais nous n’avons presque rien ».
Administration parallèle
Dix jours après avoir pris la ville, l’AFC/M23 cherchait à instaurer une administration parallèle. Le mouvement a, au fil des semaines, multiplié les actes : nomination d’un « gouverneur du Nord Kivu », test d’évaluation pour choisir des magistrats, volonté de délivrance de visas… En août 2025, l’AFC/M23 a ainsi annoncé la création d’une force de police baptisée « Police révolutionnaire congolaise ». Une force qui, selon le Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo, intègre des éléments des Forces de défense rwandaise et a conduit des opérations « qui ont donné lieu à des détentions arbitraires et à la conscription forcée de garçons et d’hommes ». Les experts de l’ONU se sont entretenus avec des « témoins d’actes de tortures, de traitements inhumains ».
Déplacés congolais à la recherche d’aide
Certaines victimes de cette crise ont fui Goma et leur situation n’est pas plus enviable. Christian a ainsi cherché à échapper à l’avancée des rebelles en janvier 2025. Il est arrivé au Tanganyika et vit actuellement près de Kalemie dans un camp de déplacés, sous une tente, avec plusieurs membres de sa famille. « Je suis ici au Tanganyika depuis le mois de février, raconte-t-il. J’ai reçu en arrivant une aide du PAM puis du HCR, mais depuis nous sommes sans assistance. Sur le plan de la santé, les conditions ne sont pas bonnes. Nous n'avons pas d'eau potable, nos enfants sont anémiés, nous n’avons pas de moustiquaires donc nous attrapons la malaria. Cela fait presque une année que nous vivons dans ces conditions difficiles. » Dernièrement, ajoute-t-il, une nouvelle vague de déplacés est arrivée. « Nous avons essayé de partager le peu que nous avons avec eux, mais nous n’avons presque rien ».
Liens familiaux
Lui s’appelle Espoir. Il a quitté Goma après la chute de la ville, s’est d’abord caché quelques jours, puis il a pu partir déguisé en commerçant. Il a terminé son périple à Kinshasa, il voulait fuir très loin. Il a traversé le pays dans l’angoisse, la peur de ne pas arriver à destination. Il est dans une famille d’accueil et il appelle à l’aide les autorités : « Aujourd’hui, il n’est pas question de retourner à Goma. Le fait que l'aéroport, par exemple, soit fermé, ça complique les déplacements. D'ailleurs, les Gomatraciens [habitants de Goma, NDLR] qui vivent à Kinshasa, il y en a beaucoup qui avaient l'habitude de faire des allers-retours réguliers pour aller voir la famille. Aujourd'hui, comment ils font maintenant que l'aéroport est fermé ? Cette guerre a touché non seulement les liens familiaux, mais également ça a touché l'économie. Faut comprendre que beaucoup de familles se retrouvent séparées contre leur volonté. Donc c'est pourquoi nous autres, nous en tout cas, nous plaidons pour que la guerre puisse finir le plus tôt possible afin que les gens puissent reprendre leurs mouvements habituels. »
Lui s’appelle Espoir. Il a quitté Goma après la chute de la ville, s’est d’abord caché quelques jours, puis il a pu partir déguisé en commerçant. Il a terminé son périple à Kinshasa, il voulait fuir très loin. Il a traversé le pays dans l’angoisse, la peur de ne pas arriver à destination. Il est dans une famille d’accueil et il appelle à l’aide les autorités : « Aujourd’hui, il n’est pas question de retourner à Goma. Le fait que l'aéroport, par exemple, soit fermé, ça complique les déplacements. D'ailleurs, les Gomatraciens [habitants de Goma, NDLR] qui vivent à Kinshasa, il y en a beaucoup qui avaient l'habitude de faire des allers-retours réguliers pour aller voir la famille. Aujourd'hui, comment ils font maintenant que l'aéroport est fermé ? Cette guerre a touché non seulement les liens familiaux, mais également ça a touché l'économie. Faut comprendre que beaucoup de familles se retrouvent séparées contre leur volonté. Donc c'est pourquoi nous autres, nous en tout cas, nous plaidons pour que la guerre puisse finir le plus tôt possible afin que les gens puissent reprendre leurs mouvements habituels. »
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