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France: les cheminots défendent et expliquent leur régime spécial de retraite

De nombreux syndicats appellent à une journée de grève et de manifestation ce jeudi 5 décembre contre la réforme des retraites prévue par le gouvernement. Cette mobilisation a été initiée par les cheminots de la RATP et de la SNCF. L'objectif gouvernemental est déjà clairement affiché : supprimer les régimes spéciaux de retraite, ces avantages dont bénéficient certaines professions, notamment les cheminots. Reportage auprès des cheminots du syndicat Sud Rail, à la gare de Lyon, à Paris.



Les cheminots partent à la retraite beaucoup plus tôt que les autres. Dès 55 ans pour les « sédentaires », qui travaillent dans les gares, dès 50 ans, même, pour les « roulants », qui travaillent à bord des trains. Christophe Seilliebert a 40 ans, dont la moitié passée à conduire des trains. À ses yeux, ces avantages ne sont pas un privilège, mais une juste compensation à ses difficiles conditions de travail. À commencer par les horaires décalés : « Hier, je travaillais l'après-midi, explique-t-il, et ce matin j'ai commencé à 5 heures. Demain, ce sera 4 heures... Parfois, je peux même commencer le matin de bonne heure, faire une journée, être en coupure à Paris et ne rentrer chez moi qu'à minuit et demi ». Christophe Seilliebert raconte ses journées longues et entrecoupées, mais aussi ce qu'on appelle, dans le jargon des cheminots, les « découchés » : « Ce sont les fois où je ne dors pas à la maison, mais dans un hôtel ou dans un foyer. Et le lendemain, je refais une journée de service avant de rentrer chez moi ».

Voir mes fils

Il y a les horaires décalés, il y a aussi toutes les contraintes liées aux week-ends et aux vacances. « Nous n'avons droit qu'à douze week-ends par an chez nous. Et s'il arrive que j'aie deux ou trois week-ends d'affilée avec ma famille, cela signifie que je passerai ensuite trois mois de suite sans samedi-dimanche. On a des repos, bien sûr, mais ils sont en semaine. En ce qui concerne les vacances, on a cinq semaines, comme tout le monde. Mais les dates sont imposées par l'entreprise, déplore ce père de famille, par exemple cet été, j'ai le mois de juin. C'est comme ça, c'est imposé. Moi, j'ai besoin de congés au mois de juillet ou au mois d'août, pour voir mes fils. Eh bien, je ne peux pas ! »

Des conditions de travail pénalisantes pour la vie de famille, dont témoigne également Olivier Richard, qui conduit des trains de marchandises depuis treize ans. « Ma compagne est assez compréhensive sur les impératifs, reconnaît le conducteur, conscient de sa chance. Malgré ça, je peux passer toute une semaine sans la voir, parce que quand elle rentre du travail je suis au lit, ou que je reviens au milieu de la journée et qu'elle n'est pas là.Ce sont des semaines complètes sans la voir. » Au-delà de sa vie personnelle, Olivier Richard se plaint également de problèmes de santé, liés à son activité professionnelle : « C'est un métier qui est vraiment très difficile, assure le jeune homme. Après treize ans de conduite, je suis déjà rincé ! J'ai des soucis de sciatique, beaucoup de collègues ont des problèmes de dos, de sommeil... On ne pourra pas, de toute façon, conduire des trains jusqu'à 64 ans ! »

Faible salaire

Le régime spécial des cheminots, c'est aussi le mode de calcul de leur retraite. Comme pour les fonctionnaires, jusqu'à présent, leur pension est calculée sur la base des six derniers mois de salaires. Autrement dit, les meilleurs de leur carrière. Dans le régime général, ce sont les 25 meilleures années qui sont prises en compte, ce qui tire les pensions à la baisse. Là encore, les cheminots n'y voient pas un avantage indu. « Moi, je suis rentré à une époque où on était censés partir à 55 ans, se souvient Thierry Huvé, agent d'escale en gare. Ça faisait partie de notre contrat de travail. On renonçait à d'autres entreprises où on aurait pu être mieux payés, mais il y avait ce deal de dire : on part plus tôt. Moi, j'ai regardé : si je pars en retraite à l'ouverture de mes droits, à 57 ans et demi, ça me fait 1 200 euros par mois. Je n'ai absolument pas l'impression d'être un privilégié ! »

Pénibilité + faible salaire = départ à la retraite avant les autres. C'est ce contrat de base, déjà mis à mal par plusieurs réformes successives, que les cheminots veulent défendre. Eux qui ont bataillé pendant des mois l'année dernière, contre la réforme de la SNCF, seront à nouveau nombreux à se mobiliser. Mais le gouvernement l'a déjà dit et répété : s'il est prêt à des compromis, la suppression de tous les régimes spéciaux - celui des cheminots et les autres - est non négociable.

rfi.fr

Mercredi 4 Décembre 2019 - 10:01



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