Le geste iconoclaste de Pape Bouna Thiaw lors de la finale de la CAN 2025 à Rabat a fissuré l’édifice de la CAF, brisant une omerta séculaire sur les dérives arbitrales. Face à un but sénégalais invalidé sans recours à la VAR et un penalty litigieux accordé au Maroc à la 97e minute, le sélectionneur a enjoint ses « Lions » à quitter la pelouse. Cet arrêt de jeu de 12 minutes a transformé la finale en un tribunal public.
Loin d'être une révolte impulsive, ce fut un séisme politique. « J’ai juste essayé de protéger mes joueurs face à l’injustice », a déclaré Thiaw après match, des mots qui résonnent aujourd'hui comme un manifeste. En s’imposant finalement lors des prolongations, le Sénégal n’a pas seulement soulevé le trophée ; il a infligé une leçon de dignité à un système usé.
Un système à bout de souffle
Pendant des décennies, le football africain a ployé sous un arbitrage dit « maison », où le sifflet servait trop souvent les hôtes ou les puissants. Les commissions disciplinaires, agissant tels des tribunaux d’exception, muselaient les victimes plutôt que de sanctionner les dérives.
Ce coup d'éclat n'a pas laissé indifférent. « Ça n’honore pas l’Afrique. C’est pas classe », a tonné Walid Regragui, le coach marocain, exaspéré par ce qu’il percevait comme une insulte continentale. Du côté de Zurich, Gianni Infantino, président de la FIFA, a fustigé une « conduite inacceptable », s'inquiétant pour l’ordre sportif tout en occultant les tensions sur le terrain. Pourtant, des icônes du continent rament à contre-courant et acclament l'audace : « J’ai failli le faire moi-même », a confessé Samuel Eto’o, légitimant ainsi l’émotion brute de Thiaw.
Sortir du vice endémique
L’arbitrage africain souffre d'un mal profond : des officiels aux décisions contestables, protégés par des règlements qui punissent la contestation plus sévèrement que l’incompétence ou la collusion. Jean-Jacques Ndala Ngambo, arbitre de cette finale, incarne malgré lui ce fléau — refus de la VAR sur un but limpide à la 87e minute, penalty généreux pour Brahim Díaz.
Claude Le Roy, fin connaisseur du football panafricain, prend la défense du technicien sénégalais : « Il a bien mené sa barque ; c'était un moment d’égarement excusable, provoqué par une tension insupportable. » L’« Effet Thiaw » inverse désormais la donne : les champions ne plient plus devant les « combines de couloirs ». Quatre ans de labeur ne doivent plus se dilapider sur l’autel de l’impunité.
Réformer la CAF : Vers un verdict indépendant
Les règlements actuels de la CAF, parfois flous, octroient aux commissaires une latitude jugée abusive. Aujourd’hui, l’urgence est au « toilettage » des textes. Il est crucial d'instaurer des sanctions automatiques pour les erreurs arbitrales manifestes, validées par une cellule VAR indépendante.
Dans cette optique, le corps arbitral devrait être extrait des pressions politiques par un organe tiers — une sorte de « FIFA africaine 2.0 » basée sur la méritocratie. Pape Thiaw, récemment décoré Commandeur de l’Ordre national du Lion par le président Bassirou Diomaye Faye, incarne ce basculement historique. « Le Sénégal ne s’excuse pas d’être champion », clame la nation. Ces failles font fuir les sponsors et les talents ; l’« Effet Thiaw » les expose au grand jour, forçant la CAF à choisir entre une modernisation radicale ou l’effondrement de sa crédibilité.
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