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La Constitution ne peut être sacrifiée sur l’autel de la majorité. Excellence ! Préserver la République avant qu’il ne soit trop tard



L’installation d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale, malgré les interrogations juridiques sérieuses entourant son statut parlementaire, constituerait un précédent institutionnel extrêmement grave pour notre démocratie et pour l’avenir de l’État de droit au Sénégal.
 
Dans une République digne de ce nom, les institutions ne doivent jamais être soumises aux intérêts partisans, aux émotions politiques ou à la logique du rapport de force. La majorité parlementaire donne le pouvoir de gouverner, mais elle ne donne jamais le droit de contourner la Constitution.
 
C’est précisément dans les périodes de forte domination politique que les institutions doivent être le plus protégées. Car l’histoire des nations enseigne une vérité constante : les démocraties ne s’effondrent pas toujours par des coups d’État militaires ; elles peuvent aussi être fragilisées progressivement par l’affaiblissement silencieux des règles, des principes et des contre-pouvoirs.
 
Aujourd’hui, la question posée dépasse largement la personne d’Ousmane Sonko. Il ne s’agit pas d’un débat de sympathie ou d’antipathie politique. Il s’agit d’un débat fondamental sur le respect de la Constitution, sur la crédibilité de nos institutions et sur l’avenir du fonctionnement républicain de notre pays.
 
Si des doutes existent sur la compatibilité de certaines fonctions, sur la validité d’un mandat parlementaire ou sur les conséquences juridiques d’une démission officiellement annoncée, ces interrogations ne peuvent être balayées par une simple majorité mécanique à l’Assemblée nationale. La République ne peut fonctionner sur des interprétations opportunistes du droit.
 
Lorsqu’une situation institutionnelle comporte des zones d’ombre aussi importantes, le devoir des dirigeants responsables est d’éclairer juridiquement la nation et non d’imposer un passage en force susceptible de créer un précédent dangereux. Car aujourd’hui, le problème peut concerner un camp politique ; demain, ce précédent pourrait être utilisé contre les institutions elles-mêmes.
 
C’est pourquoi le Président de la République porte, dans cette situation, une responsabilité historique majeure.
 
La Constitution sénégalaise fait du Président de la République le garant du fonctionnement régulier des institutions. Il est la clef de voûte de l’architecture institutionnelle nationale. À ce titre, il ne peut rester silencieux ou passif face à une situation susceptible d’ouvrir une crise de légitimité institutionnelle. Son rôle n’est pas de protéger une majorité politique. Son rôle est de protéger la République.
 
Il lui appartient donc d’utiliser exclusivement les voies prévues par la Constitution et les lois de la République afin de préserver la stabilité institutionnelle du pays. Cela implique notamment la saisine des juridictions compétentes, l’intervention du Conseil constitutionnel pour clarifier les points litigieux, le respect strict du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, la transparence sur les actes administratifs et parlementaires posés et le recours permanent au droit plutôt qu’au rapport de force.
 
Dans une démocratie mature, les institutions ne doivent jamais devenir des instruments de conquête personnelle ou de domination partisane. L’Assemblée nationale est une institution de la République, non la propriété d’une majorité politique passagère.
 
Le Sénégal a longtemps été respecté en Afrique pour sa stabilité, sa culture démocratique et son attachement aux principes républicains. Ce capital institutionnel précieux ne doit pas être sacrifié au profit d’intérêts immédiats. Fragiliser les règles aujourd’hui, c’est préparer les crises de demain.
 
Lorsqu’un pays commence à considérer que la force politique peut remplacer la force du droit, alors les institutions cessent progressivement d’être des garanties collectives pour devenir de simples instruments de pouvoir. Aucune démocratie sérieuse ne peut prospérer durablement dans une telle logique.

Le Sénégal mérite mieux que des interprétations approximatives de la Constitution. Le peuple sénégalais mérite des institutions fortes, respectées et protégées contre toute tentative de banalisation des règles républicaines. Il est encore temps d’éviter une dérive institutionnelle. Mais cela exige du courage politique, du sens de l’État et une fidélité absolue à la Constitution. Car au-dessus des partis, au-dessus des majorités et au-dessus des ambitions personnelles, il y a une seule exigence supérieure : la préservation de la République.
 
Dr Ibrahima NDIAYE
Président de Conquête Citoyenne
 
 


Mardi 26 Mai 2026 - 16:35


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