Cadeau léonin pour des héros rentrés auréolés de gloire. Un soir de mi-janvier sur des terres chérifiennes, des Lions de la savane ont inscrit leur titre de rois sur les fronts nord et sud du Sahara. Et de ce côté-ci des sables, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a eu le geste à la hauteur de ce qui a fait vibrer toute la nation. Et encore de la terre, comme symbole de reconnaissance.
Généreux, le Chef de l’Etat l’a été avec les Lions du football, vainqueurs de la dernière Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc. Sur les traces de ses prédécesseurs et plus encore que Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall, le jeune président a promis une prime de soixante quinze millions CFA et un terrain de 1500 mètres carrés à chaque membre du groupe qui a conquis successivement Tanger, Rabat, le monde footballistique en Afrique et largement ailleurs. Les membres de la fédération n’ont pas été oubliés. Ils recevront également des parcelles, de 1000 mètres carrés.
En le faisant, le Chef de l’Etat veut incarner la nation reconnaissante envers ceux qui lui ont apporté la gloire, le prestige, avec la possibilité de retombées économiques pour le pays. La nation reconnaissante envers ceux qui ont apporté des émotions positives pour les populations, en ces temps difficiles pour tout le monde. Le Président de la République n’a fait que perpétuer une tradition instaurée depuis un cadeau aux Lionnes du Basket-ball en 1997.
Pour justifier son geste Abdou Diouf, repris d’ailleurs par Bassirou Diomaye Faye, avait proclamé « Ku def lu rey am lu rey » (récompense à la hauteur du mérite). Il s’adressait alors à l’équipe nationale féminine de basketball qui venait de remporter le titre continental. Son successeur, Maître Abdoulaye Wade, avait soutenu les Lions du football qui, une autre première pour le pays, participaient à la coupe du monde en Corée du Sud, en 2002, après une finale de CAN perdue à Bamako. Il tint parole pour payer les primes aux malheureux finalistes qui réussirent quand même une formidable campagne de Bamako.
Le son slogan « Le Sénégal qui gagne » entra dans l’espace public. Tombeurs de la France allée à Séoul avec le Titre de champion du monde en 1998, les Lions avaient arrêté leur parcours en quarts de finale, une première pour l’Afrique. Et pour les honorer, le Président les avait accueillis en grande pompe au Palais de la République. Après Bamako, Abdoulaye Wade avait alors été accusé de politisation du succès des Lions. « Je récupère ma mise », répondit-il en annonçant une prime de cinquante millions CFA pour chaque joueur..
Il y a eu ensuite Macky Sall qui a bien célébré et récompensé « Aliou Tactico Cissé » et ses joueurs. Ils venaient de rentrer avec, pour la première fois, pour le Sénégal, le titre de champion d’Afrique. On est en 2022.
Alors qu’on peut comprendre l’octroi de primes par l’Etat à ses héros, il faut tout de même s’interroger sur l’attribution de terrains ou de villas à nos sportifs méritants. L’approche est-elle soutenable à long terme ?
Le Sénégal a une très bonne équipe nationale de football, probablement la meilleure en Afrique en ce moment. Avec une moyenne d’âge de vingt-six ans. Elle peut parfaitement gagner les deux prochaines éditions de la Coupe d’Afrique des Nations, et même au-delà. Donnera-t-on chaque fois des parcelles de terrains toujours plus grandes à chaque joueur et à chaque membre de la fédération ? Certains anciens champions et membres des équipes techniques cumulent ces parcelles, avec celles octroyées en 2022. Est-ce équitable quand on sait que le citoyen moyen peine à trouver une parcelle de cent cinquante mètres carrés ? Jusqu’à quand le patrimoine foncier du Sénégal pourra-t-il être mis à contribution, à ce rythme ?
Restons dans l’équité pour parler des autres disciplines sportives que sont le basketball, le handball, le volleyball, le judo, la natation, l’athlétisme, etc. Elles sont certes moins populaires, moins mobilisatrices de foules que l’est le football ; leurs pratiquants ne fournissent pas moins d’efforts quand il s’agit de défendre les couleurs nationales. Puisque les récompenses servent également à motiver, il ne serait pas déplacé de se demander si les vainqueurs continentaux dans ces disciplines n’ont pas, elles et eux aussi, droit à la même considération.
Rappelons tout de même que le Président Abdou Diouf avait récompensé des basketteuses. Il avait également offert un terrain à El Hadj Dia Ba qui avait remporté une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1988.
Que dire des autres secteurs de la vie nationale ? Nos champions économiques vendent le label sénégalais en Afrique et dans le reste du monde. Nos écrivains, nos cinéastes, nos acteurs, nos musiciens, nos savants etc. nous rapportent de la gloire et du prestige dans le monde. La preuve, les médias ont réclamé une reconnaissance à la hauteur de leur contribution au succès à la coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025.
Ces interrogations ne visent pas à réduire le mérite des Lions, ni à remettre en cause le principe des faveurs qui leur sont accordées. Elles cherchent à rationnaliser l’approche. A défaut de faire voter une loi, le Président de la République pourrait prendre un décret codifiant ces faveurs.
Cette grille n’a pas la prétention d’être exhaustive. D’ailleurs le Ministre des Sports Youssou Ndiaye sous le régime d’Abdoulaye Wade avait pris un arrêté codifiant les récompenses des sportifs par l’Etat. La présente contribution vise donc à renouveler l’idée qu’il faut une méthode pour éviter que notre devoir de reconnaissance ne transfère le patrimoine foncier du Sénégal à une seule catégorie sociale.
Ibrahima Sané PhD, journaliste, ancien député
Généreux, le Chef de l’Etat l’a été avec les Lions du football, vainqueurs de la dernière Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc. Sur les traces de ses prédécesseurs et plus encore que Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall, le jeune président a promis une prime de soixante quinze millions CFA et un terrain de 1500 mètres carrés à chaque membre du groupe qui a conquis successivement Tanger, Rabat, le monde footballistique en Afrique et largement ailleurs. Les membres de la fédération n’ont pas été oubliés. Ils recevront également des parcelles, de 1000 mètres carrés.
En le faisant, le Chef de l’Etat veut incarner la nation reconnaissante envers ceux qui lui ont apporté la gloire, le prestige, avec la possibilité de retombées économiques pour le pays. La nation reconnaissante envers ceux qui ont apporté des émotions positives pour les populations, en ces temps difficiles pour tout le monde. Le Président de la République n’a fait que perpétuer une tradition instaurée depuis un cadeau aux Lionnes du Basket-ball en 1997.
Pour justifier son geste Abdou Diouf, repris d’ailleurs par Bassirou Diomaye Faye, avait proclamé « Ku def lu rey am lu rey » (récompense à la hauteur du mérite). Il s’adressait alors à l’équipe nationale féminine de basketball qui venait de remporter le titre continental. Son successeur, Maître Abdoulaye Wade, avait soutenu les Lions du football qui, une autre première pour le pays, participaient à la coupe du monde en Corée du Sud, en 2002, après une finale de CAN perdue à Bamako. Il tint parole pour payer les primes aux malheureux finalistes qui réussirent quand même une formidable campagne de Bamako.
Le son slogan « Le Sénégal qui gagne » entra dans l’espace public. Tombeurs de la France allée à Séoul avec le Titre de champion du monde en 1998, les Lions avaient arrêté leur parcours en quarts de finale, une première pour l’Afrique. Et pour les honorer, le Président les avait accueillis en grande pompe au Palais de la République. Après Bamako, Abdoulaye Wade avait alors été accusé de politisation du succès des Lions. « Je récupère ma mise », répondit-il en annonçant une prime de cinquante millions CFA pour chaque joueur..
Il y a eu ensuite Macky Sall qui a bien célébré et récompensé « Aliou Tactico Cissé » et ses joueurs. Ils venaient de rentrer avec, pour la première fois, pour le Sénégal, le titre de champion d’Afrique. On est en 2022.
Alors qu’on peut comprendre l’octroi de primes par l’Etat à ses héros, il faut tout de même s’interroger sur l’attribution de terrains ou de villas à nos sportifs méritants. L’approche est-elle soutenable à long terme ?
Le Sénégal a une très bonne équipe nationale de football, probablement la meilleure en Afrique en ce moment. Avec une moyenne d’âge de vingt-six ans. Elle peut parfaitement gagner les deux prochaines éditions de la Coupe d’Afrique des Nations, et même au-delà. Donnera-t-on chaque fois des parcelles de terrains toujours plus grandes à chaque joueur et à chaque membre de la fédération ? Certains anciens champions et membres des équipes techniques cumulent ces parcelles, avec celles octroyées en 2022. Est-ce équitable quand on sait que le citoyen moyen peine à trouver une parcelle de cent cinquante mètres carrés ? Jusqu’à quand le patrimoine foncier du Sénégal pourra-t-il être mis à contribution, à ce rythme ?
Restons dans l’équité pour parler des autres disciplines sportives que sont le basketball, le handball, le volleyball, le judo, la natation, l’athlétisme, etc. Elles sont certes moins populaires, moins mobilisatrices de foules que l’est le football ; leurs pratiquants ne fournissent pas moins d’efforts quand il s’agit de défendre les couleurs nationales. Puisque les récompenses servent également à motiver, il ne serait pas déplacé de se demander si les vainqueurs continentaux dans ces disciplines n’ont pas, elles et eux aussi, droit à la même considération.
Rappelons tout de même que le Président Abdou Diouf avait récompensé des basketteuses. Il avait également offert un terrain à El Hadj Dia Ba qui avait remporté une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1988.
Que dire des autres secteurs de la vie nationale ? Nos champions économiques vendent le label sénégalais en Afrique et dans le reste du monde. Nos écrivains, nos cinéastes, nos acteurs, nos musiciens, nos savants etc. nous rapportent de la gloire et du prestige dans le monde. La preuve, les médias ont réclamé une reconnaissance à la hauteur de leur contribution au succès à la coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025.
Ces interrogations ne visent pas à réduire le mérite des Lions, ni à remettre en cause le principe des faveurs qui leur sont accordées. Elles cherchent à rationnaliser l’approche. A défaut de faire voter une loi, le Président de la République pourrait prendre un décret codifiant ces faveurs.
- Quels sont les secteurs de la vie nationale concernés ?
- Qui y a droit ?
- Quelle est la nature des récompenses ?
- Quels barèmes ?
- Comment différencier les niveaux de récompenses selon les catégories, les compétitions (Exemple : Coupe d’Afrique des Nations et Coupe du Monde)
Cette grille n’a pas la prétention d’être exhaustive. D’ailleurs le Ministre des Sports Youssou Ndiaye sous le régime d’Abdoulaye Wade avait pris un arrêté codifiant les récompenses des sportifs par l’Etat. La présente contribution vise donc à renouveler l’idée qu’il faut une méthode pour éviter que notre devoir de reconnaissance ne transfère le patrimoine foncier du Sénégal à une seule catégorie sociale.
Ibrahima Sané PhD, journaliste, ancien député
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