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Les banques et les PME, un mariage impossible ? Par Abdou Aly kane



Les banques et les PME, un mariage impossible ? Par Abdou Aly kane
Les banques sont des acteurs essentiels pour le financement de l’économie. Leur activité principale est l’intermédiation financière entre les épargnants dont elles collectent les dépôts, et les entreprises et autres agents économiques à la recherche de ressources financières pour développer leurs activités. La croissance économique du PIB du Sénégal d’avant COVID — aux alentours de 4,4 % en 2019 —, est structurellement tirée par le secteur tertiaire qui participe pour 61 % au Produit Intérieur Brut (PIB). Les banques contribuent justement pour la moitié de cette part. C’est dire qu’elles jouent un rôle crucial dans la création de la richesse nationale.

Avec un bémol, toutefois : en contrepartie, elles sont quasi absentes du financement des Petites, Moyennes et Micro entreprises (PME) qui constituent près de 90 % des entreprises du pays. Cela tient d’abord à la faiblesse du « taux de bancarisation strict » du pays qui est de l’ordre de 19 %. Qu’est-ce à dire ? Eh bien, que sur 100 Sénégalais économiquement actifs et donc susceptibles d’avoir besoin d’un compte bancaire, seuls 19 en possèdent, ce qui réduit d’autant la part de cette population pouvant prétendre à un crédit en banque

. Elargi aux détenteurs de comptes dans les institutions de microfinance, ce taux de bancarisation passe à 51,9 %. Or, aujourd’hui, malgré les effets désastreux de la COVID 19 sur l’économie, nous sommes dans une période de relance qui nécessite d’importants concours financiers au profit d’entreprises financièrement exsangues. Sur le marché intérieur, la demande multisectorielle de biens de consommation est en retrait par rapport aux capacités productives, d’où des tensions de trésorerie au niveau des entreprises petites et moyennes pour couvrir les charges salariales et les autres besoins en fonds de roulement.

Les banques, censées faire l’appoint de trésorerie à ces entreprises en difficultés, n’ont ni la culture de financement des PME du fait de conditions de crédit, de procédures et d’exigences de garanties réelles inadaptées aux capacités de cette catégorie d’entreprise.

Lors de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, en juin 2012, un plan d’action pour le financement des économies de l’UEMOA a été adopté. Il prévoyait, au titre de l’axe stratégique traitant de l’amélioration de l’offre de services financiers, la mise en place d’un dispositif de soutien au financement des PME par les établissements de crédit. Un mandat a été confié à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest à cet égard. Sur cette base, consciente de l’inadaptation des banques généralistes au financement PME, la BCEAO a réalisé une enquête en 2014 auprès des établissements de crédit sur l’ensemble de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) pour en déterminer les raisons.

En substance, cette étude a fait le constat que les PME accèdent difficilement au financement, notamment aux crédits à moyen et long terme, indispensables pour la mise en place d’infrastructures de production et l’acquisition du matériel productif. Rappelons que, pour la BCEAO, sont des microentreprises, celles dont le chiffre d’affaires annuel hors taxes est inférieur ou égal à 30.000.000 FCFA ; les Petites entreprises sont celles dont le chiffre d’affaires annuel hors taxes est compris entre  30.000.000  FCFA  et  100.000.000 FCFA inclus) et les Moyennes entreprises, celles dont le chiffre  d’affaires  annuel hors taxes est compris entre 100.000.000 et 1.000.000.000 FCFA inclus.

Tenant compte des résultats de cette enquête, l’institution a décidé de mettre en place un Dispositif de soutien au financement des Petites et Moyennes Entreprises/Petites et Moyennes Industries (PME/PMI) ou « Dispositif PME » à l’échelle de l’UEMOA, de concert avec les établissements bancaires, adossé à un système de refinancement privilégié pour les crédits octroyés.

Selon la BCEAO, l’institution d’un tel dispositif était apparue nécessaire au regard du poids des PME dans le tissu économique des pays de l’Union où elles représentent, selon les Etats, entre 80 % et 95 % des entreprises recensées. Afin de tenir compte des observations des banques, la BCEAO a intégré dans son dispositif les conditions préalables pour faciliter l’accès des PME au financement bancaire, à savoir : être une entreprise autonome, productrice de biens et/ou services marchands immatriculée au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier avec un chiffre d’affaires hors taxes annuel n’excédant pas 1 milliard de FCFA, se conformer à l’obligation légale de produire des états financiers selon les dispositions en vigueur, et enfin être suivi par une structure d’appui et d’encadrement.

Pour accompagner les entreprises, elle implique, en amont, les structures d’encadrement d’entreprises pour la satisfaction des conditions d’éligibilité et, en aval, pour un suivi après la mise en place des crédits obtenus afin de limiter les risques d’impayés sur les échéances de remboursement. La BCEAO a par ailleurs attiré l’attention sur «l’impérieuse nécessité» d’une résolution accélérée des contentieux avec la clientèle, en vue de permettre au système bancaire d’assurer plus efficacement le rôle d’intermédiation financière qui lui est dévolu.

En retour, la BCEAO accorde aux banques des facilités de refinancement de ces crédits. Si les conditions de la BCEAO pour bénéficier du dispositif sont compréhensibles, il reste qu’elles sont difficiles à satisfaire pour les entreprises naissantes dépourvues de trésorerie et ne pouvant faire face aux charges s’y rapportant. En effet, produire des états financiers certifiés exige des moyens de payer les services de comptables (et non d’aides comptables) et experts comptables pour la certification des comptes, condition que seules les entreprises suivies par les structures d’encadrement (ADEPME, Bureau de Mise à niveau, incubateurs etc..) peuvent satisfaire.

De plus les structures d’encadrement sont faiblement outillées au plan technique pour accompagner les PME, leur encadrement étant davantage axé sur les aspects administratifs et comptables de l’activité de l’entreprise.

Pour la création d’institutions financières spécialisées dans le financement des MPME
Les PME, les microentreprises surtout, ont besoin d’un accompagnement global, en particulier technique. Il faudrait éventuellement en revenir aux années d’avant ajustement structurel où, dans le cadre de la promotion des petites et moyennes industries, l’ONUDI mettait à la disposition de la Société nationale d’études et de promotion industrielle (SONEPI), des experts retraités de tous profils et de tous pays pour les accompagner dans le choix de machines et de processus industriels, la formation de techniciens dans les secteurs d’activités les plus divers (tannerie, chaussures etc.) permettant de produire à un haut niveau standard pour le marché intérieur et sous régional.

Pour en revenir à la Banque Centrale, il faut dire que son initiative n’est pas isolée. En 2015, cette dernière a fait l’objet d’une concertation nationale sur le crédit en faveur des PME, organisée par la Direction de la Monnaie et du Crédit. A cette occasion, les banques avaient avancé diverses raisons pour expliquer leurs réticences à octroyer des crédits aux PME, à savoir, entre autres, leurs difficultés à participer au risque par la constitution de garanties réelles, l’absence d’états comptables et financiers fiables, la faiblesse de la gouvernance d’entreprise, la lenteur des décisions de justice en matière de contentieux bancaire (jugement et délivrance de décisions de justice), le déficit en ressources humaines dans les juridictions et.

L’étude réalisée à l’appui de cette concertation avait préconisé la création d’institutions financières spécialisées avec des lignes de crédit adaptées, plus au fait des secteurs d’activité des micro entreprises, en lieu et place des banques généralistes classiques, ne maîtrisant pas le risque « PME », et plus enclines à rechercher des produits de trésorerie dépourvues de risques. A notre sens, la création de ce type d’institution est du ressort des Etats de l’Union en relation avec les organisations professionnelles sectorielles et les chambres de commerce.

En accompagnement, la BCEAO devrait en examiner la faisabilité, et faciliter les agréments en relation avec la Commission bancaire. Le financement bancaire actuel, dans un contexte de stricte surveillance de l’évolution de la masse monétaire en circulation, est davantage orienté au niveau des banques vers les emplois de trésorerie (marché monétaire, souscription de bons du Trésor) plus sécures, créant une éviction des PME des destinataires du financement bancaire.

Malgré toute l’attractivité des mesures contenues dans le dispositif BCEAO, il faut convenir que les banques nous semblent peu intéressées par le risque « PME ». Il est vrai que, dans la pratique, elles ont comme interlocuteurs leurs clients, et non des catégories d’entreprises. En conséquence, elles ne considèrent pas avoir une mission de promotion d’entreprises à soutenir au démarrage, sur lesquelles elles n’ont pas la meilleure visibilité (historique de la relation insuffisant, comptes financiers fiables, qualité de la gouvernance d’entreprise, etc.).

Les microentreprises et les « start-up », surtout, sont largement défavorisées par les procédures d’octroi de crédits des banques généralistes. Il n’en demeure pas moins que les griefs des banques doivent être pris en compte. Des mesures complémentaires doivent être prises au niveau des instances judiciaires pour accélérer le traitement des dossiers bancaires contentieux.

La récente création du Tribunal de Commerce, pour désengorger les diverses juridictions, ne semblant pas régler la question des lenteurs dans les jugements et délivrances de décisions de justice, il faudrait éventuellement ouvrir davantage la voie à d’autres modes alternatifs de règlement des conflits comme la médiation et l’arbitrage à insérer dans les conventions de crédit entre banques et clients.

Par Abdou Aly Kane, économiste

AYOBA FAYE

Samedi 31 Juillet 2021 - 10:00


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