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Les passeurs d'ailleurs – Les semeurs de possibles : Ce que nos expériences peuvent transmettre d'un territoire à l'autre (Par Marie Barboza Mendy)



Les passeurs d'ailleurs – Les semeurs de possibles : Ce que nos expériences peuvent transmettre d'un territoire à l'autre (Par Marie Barboza Mendy)

Il existe des frontières que les cartes dessinent avec précision. Elles séparent des pays, des territoires, des villes. Pourtant, chaque jour, des femmes et des hommes les franchissent et emportent avec eux quelque chose que les cartes ne savent pas représenter : des idées, des expériences, des savoirs, des façons de faire et de regarder le monde.

 

Un jeune part étudier et revient avec une autre manière d'apprendre. Une entrepreneure découvre ailleurs une façon différente de travailler. Une enseignante observe une pratique pédagogique qui l'interpelle. Un professionnel rencontre, au cours d'une mission, une réponse originale à un problème que nous connaissons ici. Une famille s'installe dans un autre pays et, entre deux cultures, invente peu à peu sa propre manière de vivre.


Que deviennent toutes ces expériences lorsqu'elles franchissent à leur tour les frontières ? Elles peuvent rester des souvenirs. Mais elles peuvent aussi devenir des ressources, être racontées, discutées, adaptées et transformées. C'est cette circulation des expériences et des savoirs que nous voulons explorer aujourd'hui.


Nous vivons dans un monde de passeurs Pendant longtemps, les migrations ont surtout été racontées à travers les départs et les arrivées, les séparations et les retrouvailles, les opportunités et les difficultés. Mais les mobilités humaines produisent aussi un phénomène plus discret : la circulation des savoirs. Les personnes ne transportent pas seulement des biens matériels. Elles transportent des manières de penser, des pratiques professionnelles, des modèles d'organisation, des solutions, des innovations, des récits et parfois même des imaginaires. Elles deviennent ainsi, consciemment ou non, des passeurs entre plusieurs mondes.


La mondialisation peut alors être regardée autrement. Elle n'est pas seulement la circulation des capitaux, des marchandises et des informations. Elle peut aussi être la possibilité, pour des sociétés différentes, de mettre leurs expériences en conversation. Une société ne progresse pas uniquement lorsqu'elle invente. Elle progresse aussi lorsqu'elle sait observer, apprendre, adapter et transmettre. Mais une expérience n'a de valeur dans un nouveau contexte que si elle accepte de se transformer.


Ne pas copier. Traduire. C'est ici qu'il faut se méfier d'une illusion : l'ailleurs n'est pas nécessairement meilleur. Ce qui fonctionne à Bruxelles  ne fonctionnera pas forcément à Lagos. Une politique publique expérimentée au Québec  ne peut être transposée mécaniquement à Kigali. Une organisation observée à Amsterdam peut rencontrer d'autres contraintes à Tunis.


La véritable intelligence collective ne consiste donc pas à copier. Elle consiste à traduire. Comprendre ce qui peut être conservé. Ce qui doit être transformé. Ce qui doit être abandonné. Le rôle des passeurs est précisément là. Ils ne transportent pas des modèles tout faits. Ils créent des passerelles. Ils mettent en dialogue des réalités différentes et permettent à une idée née quelque part de rencontrer un autre territoire et, peut-être, de devenir autre chose. Le transfert n'est jamais une simple reproduction. Il est une transformation. Une innovation peut changer de sens lorsqu'elle change de lieu. Une pratique peut être enrichie lorsqu'elle rencontre une autre culture. Une solution peut devenir plus pertinente lorsqu'elle est réinterprétée par ceux qui vont l'utiliser.


Et si nos territoires apprenaient davantage les uns des autres ? Que pourrait apprendre Niamey de Marseille ? Rabat de Stockholm ? Praia  de Barcelone ? Que pourraient apprendre nos territoires de l'expérience de leurs diasporas ? Mais la question doit être posée dans les deux sens. Que pourraient apprendre Marseille, Rome, Barcelone ou Berlin de Conakry, Cotonou ou Bamako ? Car le véritable dialogue commence lorsque nous cessons de considérer certains territoires comme ceux qui savent et d'autres comme ceux qui doivent apprendre.


Il n'existe pas de centre permanent du savoir. Il existe des expériences, des contextes, des femmes et des hommes qui, quelque part, ont trouvé une manière intéressante de répondre à un problème. Et cette expérience peut, ailleurs, inspirer une nouvelle réponse. C'est cette horizontalité du savoir que nous aimerions faire vivre dans Regards Croisés.


Nous cherchons des passeurs Alors, aujourd'hui, nous lançons un appel. Pas seulement aux experts. Pas seulement aux universitaires, aux entrepreneurs ou aux chercheurs. Nous cherchons des passeurs. Des personnes qui ont vu quelque chose ailleurs et qui pensent que cette expérience mérite d'être connue ici.


Une méthode d'éducation. Une initiative écologique. Une manière originale d'organiser un quartier. Une réponse sociale. Une innovation technologique. Une expérience culturelle. Une solution pour la jeunesse. Une autre manière de penser l'entrepreneuriat. Une pratique de solidarité. Mais il peut aussi s'agir d'une petite idée, presque banale en apparence, qui pourrait produire un effet important dans un autre contexte.


Nous voulons également entendre celles et ceux qui pensent que ce qui se fait ici mérite d'être davantage connu ailleurs. Une association. Une entreprise. Une école. Un collectif. Un artisan. Une initiative citoyenne. Un savoir traditionnel. Une expérience locale. Une invention née avec peu de moyens. Tout cela peut contribuer au débat mondial. De la parole au possible Nous ne voulons pas simplement accumuler des témoignages. Nous voulons nous demander ce qu'ils peuvent produire.


Une chronique peut être un espace où l'on parle du monde. Mais elle peut aussi devenir un espace où des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées commencent à se parler. C'est pourquoi nous vous invitons à nous transmettre une expérience, une idée ou une pratique en répondant simplement à trois questions :

  • Qu'avez-vous découvert ?

  • Qu'est-ce qui pourrait être utile dans un autre contexte ?

  • Avec qui faudrait-il s'associer pour essayer de le faire vivre ?


La troisième question est peut-être la plus importante.

Car une bonne idée isolée reste une idée. Une idée partagée devient une discussion. Une discussion peut devenir une initiative. Et une initiative portée collectivement peut, parfois, devenir un projet. C'est ainsi que nous aimerions voir grandir Regards Croisés : non pas seulement comme une chronique consacrée à l'observation de nos sociétés, mais comme une communauté de personnes capables de faire circuler les expériences et de créer des rencontres. Des lecteurs du Sénégal et de la diaspora. Des lecteurs de France, du Cap Vert, de Côte d'Ivoire, du Maroc, du Portugal, de la Suisse,  d'Italie, du Canada, des États-Unis ou d'ailleurs. Des professionnels, des étudiants, des enseignants, des entrepreneurs, des associations, des artistes, des chercheurs, des collectivités, des jeunes et des citoyens.


Peu importe le lieu. Peu importe le statut. Ce qui compte, c'est ce que vous avez vu, ce que vous avez appris et ce que vous pensez pouvoir transmettre. Peut-être qu'un projet se cache dans votre expérience


Il y a quelque chose de fascinant dans la vie des idées : nous ne savons jamais exactement où elles vont nous conduire. Une conversation peut provoquer une rencontre. Une rencontre peut faire naître une intuition. Une intuition peut devenir une proposition. Une proposition peut réunir quelques personnes. Et quelques personnes peuvent parfois accomplir quelque chose que personne n'aurait pu réaliser seul. C'est cette chaîne que nous voulons explorer.


Parmi les contributions qui nous parviendront, certaines pourront être approfondies, d'autres pourront mettre en relation des personnes possédant des compétences complémentaires. Et peut-être que certaines deviendront le point de départ d'une expérimentation concrète.


Nous ne promettons pas de transformer chaque idée en projet. Mais nous voulons créer les conditions pour que les idées qui le méritent puissent rencontrer celles et ceux capables de leur donner une chance. Au fond, notre ambition tient peut-être en quatre mouvements :


De la rencontre à la transmission.
De la transmission au dialogue.
Du dialogue à la coopération.
Et, lorsque cela est possible, de la coopération à l'action.


Et si le prochain passeur, c'était vous ?


Dans une précédente réflexion de Regards Croisés, nous avions évoqué « La Valise Invisible » : cette valise symbolique dans laquelle nous rapportons de nos voyages des choses que personne ne voit — des idées, des expériences, des compétences, mais aussi des questions.


Aujourd'hui, nous voulons aller un peu plus loin. Car une idée ne vaut pas seulement par ce qu'elle contient. Elle vaut aussi par les chemins qu'elle emprunte et les personnes qu'elle rencontre.


La valise était invisible. Mais les passeurs, eux, sont bien réels. Ils sont parmi nous. Ils voyagent. Ils observent. Ils apprennent. Ils transmettent. Ils relient. Alors, où que vous soyez, nous vous posons deux questions : Quelle expérience avez-vous rencontrée ailleurs qui pourrait ouvrir une possibilité ici ? Et qu'est-ce que vous connaissez ici que vous aimeriez faire découvrir ailleurs ?


Écrivez-nous. Racontez-nous. Mettez-nous en relation, si vous le pouvez, avec celles et ceux qui portent ces initiatives. Parce que nous ne cherchons pas simplement des lecteurs. Nous cherchons des passeurs.


Et peut-être qu'à travers vos témoignages, vos idées et vos rencontres, Regards Croisés cessera progressivement d'être seulement le lieu où l'on raconte les passerelles pour devenir, lui-même, une passerelle entre des femmes, des hommes, des territoires et des possibles.



Marie Barboza MENDY
Regards Croisés d'une Franco-Sénégalaise
Mendymarie.b@gmail.com
Tél. 78 291 83 25
 

Moussa Ndongo

Mercredi 2 Septembre 2026 - 00:11


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