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Lettre aux députés qui voteront la loi des pleins pouvoirs à Macky Sall…(Amadou Gueye)



Lettre  aux députés qui voteront la loi des pleins pouvoirs à Macky Sall…(Amadou Gueye)
Honorables députés ;

Comme représentants du peuple, il vous échoit de voter ce lundi le projet de loi modifiant la loi sur l'État d’urgence et de siège que le gouvernement, encore une fois, essaie de vous faire entériner dans la précipitation et la confusion. Lorsque vous voterez ce projet de loi, vous donnerez à l’exécutif le pouvoir d’imposer la vaccination aux sénégalais, des vaccins qui sont tous à l’étape expérimentale. C’est principalement son plan de vaccination qui est au cœur de ce projet de loi.

En l’état actuel, aucun médecin, ni autorité publique ne peut imposer la vaccination à un citoyen. Pas même le chef de l’Etat, ni l’OMS. La vaccination est un acte médical qui ne peut être imposé à un citoyen. Notre corps nous appartient, il est sacré, inviolable. La constitution place cette liberté dans les droits fondamentaux protégés. Or, en donnant au président Macky Sall le pouvoir de décréter la vaccination comme mesure pour la protection de la population, vous enlevez ce droit à un citoyen. Ce projet de de loi n’est pas innocent comme l’exposé des motifs le prétend. Il vise à obtenir pour l’exécutif le pouvoir de vaccination générale.

Seriez-vous prêt à ce que le président décrète la vaccination de tous les députés sans votre consentement ?
C’est de cela qu’il s’agit pour les autres citoyens qui veulent attendre un vaccin sûr avant de le prendre.

Le président de la République a annoncé son intention d’aller vers la vaccination générale en commençant par les personnels de santé, de défense et de sécurité, les personnes âgées de 60 et ans plus et celles ayant des causes de morbidité.  Mais, puisqu’il sait aussi qu’il n’a pas le pouvoir légal d’imposer cette vaccination, ce projet de loi vise à lui en donner les moyens.  C’est pourquoi votre décision de voter  ce projet de loi est grave de conséquence et mérite que vous en preniez la pleine mesure.  

Peu de citoyens s’opposent au principe de bénéficier d’une protection vaccinale qui leur évitera de tomber malades de la covid 19 ou d’une autre maladie. Nous avons presque tous grandi en nous vaccinant et nous faisons vacciner nos enfants pour les protéger. Mais nous le faisons sans inquiétude parce que ces vaccins ont été développés en suivant le processus normal et scientifique requis. Tous les vaccins actuels de la covid sont à l’étape 3 de développement, une phase expérimentale. Toute personne qui prend un vaccin à l’étape 3 est un cobaye.

Il est compréhensible que des Etats qui subissent des milliers de morts par jour acceptent de prendre le vaccin à cette étape, sachant que les personnes qui les prennent sont des sujets cobayes et que les résultats de l’administration des vaccins covid seront utilisés pour améliorer le vaccin. Mais, nous n’en sommes pas encore à ce niveau pour aller vers une vaccination générale des populations.

Le président de la République en est conscient, lui qui  a bien nommé cobayes les personnes qui les prennent à cette étape-ci dans les pays occidentaux. Sa volonté de ne pas faire des sénégalais des cobayes sur ces vaccins a été aussi déclarée par le docteur Bousso. Il faut leur dire Bravo pour ces déclarations. Mais dans les faits, ce qu’ils disent ne correspond pas à ce qu’ils nous préparent pour mars. Quel que soit le vaccin qu’ils choisiront, ce sera les mêmes vaccins actuels.

Si nous ne voulons pas être des cobayes des occidentaux ou des cobayes comme eux, nous devons attendre les résultats de leurs expériences avant de décider de la pertinence de la stratégie de vaccination générale. Or, c’est déjà décidé que nous allons nous vacciner à partir de mars 2021. Le ministre Diouf Sarr a précisé les groupes qui seront visés avant de continuer avec le reste de la population. Mais tout cela ne peut se faire en enlevant aux sénégalais le libre consentement.  

Il y des citoyens prêts à se faire administrer les vaccins covid dès leur disponibilité. Mais ce n’est pas tout le monde. Le principe de libre consentement à un acte d’ordre médical doit être préservé des pouvoirs du président de la République. Il ne doit pas pouvoir décider de la vie d’un sénégalais au prétexte qu’il assure la protection de la population. Il faut lui fixer une limite dans les pouvoirs qu’il demande tout en lui permettant de disposer des moyens adaptés à la gestion de crises sanitaires et catastrophes naturels.

Chers députés, le président de la République n’est pas un médecin. C’est à un médecin de soigner et convaincre son patient qu’un acte médical est nécessaire. Chaque jour, des millions de sénégalais prennent les prescriptions des médecins. Nous devons laisser cette relation être le seul cadre approprié pour décider le citoyen à se faire vacciner ou non. Le président de la République ne peut s’ériger médecin de droit parce que nous sommes dans une crise sanitaire sérieuse.

Le ministre de la santé et le comité de gestion de la crise du ministère de la santé, n’ont pas aussi une fonction médicale. Ils ont pour fonction d’édicter des mesures de santé publique, mais pas d’établir une prescription médicale individuelle. Un sénégalais qui veut se vacciner devrait pouvoir le faire librement, sur la base de son rapport avec son médecin.

Le médecin ou l’infirmier aussi, ne doivent pas être obligés d’effectuer des actes médicaux par soumission aux décrets du président de la république, en dépit de leur  conscience professionnelle, de l’intérêt de leur patient et de son consentement.

En votant le projet de loi que le président a choisi de vous soumettre dans les termes les plus flous, vous allez contre le libre exercice de ces principes et droits.

Il vous dit dans l’exposé des motifs qu’il veut une procédure allégée qui lui permet de prendre en charge les urgences sanitaires et catastrophes naturels sans devoir passer par l'État d’urgence. Mais alors pourquoi demander des pouvoirs plus étendus que ceux accordés dans la loi sur l'État d’urgence et de siège à travers l’article 24. Cet article 24 dit qu’en cas d’urgence sanitaire (comme la crise actuelle de la covid ), il peut prendre les mesures pour assurer le fonctionnement des services publics et la protection des populations. Ce n’est pas raisonnable, même du point de vue  de la clarté et des règles de la légistique élémentaire pour une bonne écriture de la loi, d’avoir des termes aussi généraux et vagues pour attribuer des pouvoirs. Il lui suffira de décréter un plan de vaccination, invoquant la nécessité de protéger les populations ou une partie de la population pour imposer la vaccination aux personnes âgées, malades, policiers, militaires, députés, fonctionnaires de l’Etat, élèves et étudiants, etc.

Honorables députés, le président de la République peut vous soumettre à nouveau une loi ordinaire, non enchâssée dans la loi sur l'État d’urgence et de siège et précisant les pouvoirs dont il a besoin. Il  doit vous préciser les pouvoirs spécifiques dont il a besoin pour gérer une crise sanitaire ou catastrophe naturelle sans passer par la loi sur l’Etat d’urgence. Si l’exécutif ne peut vous dire précisément de quels pouvoirs spécifiques il a besoin, cela pose problème.

C’est toujours sous le prétexte de l’urgence et de la gravité que se font les pires choses. Il est donc nécessaire pour l’assemblée de préciser, réguler et contrôler.

Ne laissez pas le président de la République vous prendre ce pouvoir de contrôle.

Nous tous sénégalais, prions la grâce de Dieu pour qu’un vaccin sûr advienne. En attendant, Dieu ne nous a pas abandonné. Contre toute attente, nous bénéficions d’une relative immunité par rapport aux pays fortement touchés  malgré tous leurs moyens. Nous devons préserver cette chance et œuvrer à lutter encore avec les mesures barrières nécessaires et ne pas faire l’erreur de forcer une vaccination prématurée et susciter la résistance.

Suffit-il de rappeler que 300 personnes meurent chaque jour au Sénégal, que pendant des années nous avons perdu plus de 500 personnes par an avec la tuberculose, que 1812 personnes sont mortes du sida en 2018 et que pendant plus de 10 ans, le paludisme a tué en moyenne plus de 1000 personnes par an dans chacun des 54 pays africains.  Sur toutes ces maladies, nous avons lutté en gardant la mesure et progressons. Gardons encore la mesure. Pas d’affolement.

Messieurs les députés, renvoyez ce projet en commission, pour y mettre les toutes les dispositions très précises appropriées.

Par Amadou Gueye, Nouvelle République

AYOBA FAYE

Dimanche 10 Janvier 2021 - 17:51


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