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Litige foncier à Kebemer : Wade perd sa ferme

Douze d’entre eux ont passé trois mois en prison et le glaive de dame justice plane toujours au-dessus de leur tête. Ils ne bénéficient que d’une liberté provisoire. Mais leurs mésaventures n’ont fait que décupler leur détermination à retrouver leurs terres « injustement attribuées » à la ferme ‘’Mame Tolla’’, propriété de l’ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade. Signe de leur engagement, ces paysans des villages de Diokoul, Nguer-Nguer, Yadiana et Djiniakh, ont reconquis quasiment les 8/10ème des quelque 3 000 hectares de terres attribuées à l’ex-chef de l’Etat du Sénégal. Ils ont réalisé cette année de très bonnes récoltes sur ces superficies reconquises mais encore prisonnières des barbelés de « Mame Tolla ».



Litige foncier à Kebemer : Wade perd sa ferme
C’est l’histoire d’un bras de fer entre un chef d’Etat et des paysans, comme qui dirait un match opposant David contre Goliath et arbitré par le sort électoral. Le malheur ne venant jamais seul, a-t-on coutume de dire, après la perte du pouvoir et ses « privilèges » en mars 2012, le président Abdoulaye Wade est en passe de perdre les 8/10ème de sa ferme de quelque 3 000 hectares. Les populations des villages de Diokoul, Nguer-Nguer, Yadiana et Djiniakh qui disent avoir été victimes d’un coup de force du « Prince », avaient sonné la révolte en pleine campagne électorale de la présidentielle de 2012.

Le départ d’Abdoulaye Wade du pouvoir a donc été vécu comme une aubaine pour ces paysans. Avec beaucoup d’audace, ils ont quasiment reconquis les 8/10ème  des 3 000 hectares naguère définies comme l’étendue de la ferme, mais dont quelque 400 hectares furent aménagés et entourés de barbelés. Pour les habitants de Yadiana, bourgade de quelque 3 00 âmes qui fait face au portail de la propriété agricole de l’ancien chef de l’Etat, la splendeur de la ferme ‘’Mame Tolla’’ appartient au passé. Le nombre de vaches de la ferme diminue de jour en jour et les oiseaux, grands comme des veaux (c’est comme ça qu’une dame appelle les quelques autruches qui restent dans la ferme) commencent à être délocalisés. De quoi donner encore plus d’élan à la détermination des paysans de la localité décidés à retrouver toutes leurs terres. Par des entrées de fortune, ils pénètrent désormais dans la ferme « Mame Tolla ». Ils n’y sont pas employés ou venus donner un coup de main au maître des lieux. Ils cultivent une bonne partie de leurs propres champs retrouvés (provisoirement ? », après moult péripéties.

Arrêtés par la gendarmerie de Kébémer, ils sont déférés auprès du procureur de la République de Louga. Les prévenus sont accusés de « destruction de biens appartenant à autrui, association de malfaiteurs et pour l’un d’eux, menace de mort à l’encontre de BassirouMbacké, administrateur de la ferme.

Qui du haut Commandement de la gendarmerie nationale, de l’ancien président de la République Abdoulaye Wade ou de l’agronome  Serigne Bassirou Mbacké est le propriétaire de la ferme de quelques 3 000 hectares, sise dans la communauté rurale de Diokoul Diawrigne, dans le département de Kébémer ? Difficile de répondre avec précision à cette interrogation.

Un feuilleton judicaire qui n’en finit pas

Le chemin de croix des paysans de Diokoul , Nguer-Nguer, Yadiana et Djiniakh a commencé en 2005. Le Conseil rural de Diokoul sous la présidence de Modou Mbaye attribue alors 2070 hectares à la ferme dénommée ‘’ Mame Tolla ‘’ , du nom de la grand-mère paternelle de l’ancien chef de l’Etat. Le domaine cédé s’étale de la sortie de Gad Kébé, proche banlieue de Kébémer, à la sortie de Diokoul, sur la départementale qui relie Kébemer, la ville natale d’Abdoulaye Wade à Lompoul-Sur mer. La cession de ces plusieurs centaines d’hectares est entourée de zones d’ombre. Surtout que les paysans les exploitent depuis des générations.

Après une première manifestation pacifique, Me Abdoulaye Wade est venu survoler en hélicoptère la ferme. Il a fait plusieurs tours, raconte Mbaye Digne de Yadiana. Auparavant, il avait reçu une délégation de la communauté rurale au palais de la République. Selon une source ayant participé à l’audience, il leur a tenu ce langage : « je suis président de la République, je pouvais signer un décret et prendre tout mais je ne l’ai pas fait. J’ai choisi d’en discuter avec vous ». Personne ne s’était opposé séance tenante et la délégation avait bénéficié d’une enveloppe bien garnie que s’étaient partagé les membres de la délégation dont essentiellement des conseillers ruraux, renseigne la même source. Et Le président du collectif des paysans de relever que dans cette délégation, il n’y avait qu’un seul qui avait son champ englouti par la ferme et il était conseiller rural. Aussi, ont-ils renseigné : « Nous avons d’ailleurs profité des locales de 2009 pour  chasser cette équipe du conseil rural de l’époque », se délecte un membre du collectif des paysans.
 
Le Haut-commandement de la Gendarmerie aux manettes

Pour l’acquisition des terres, nulle trace du nom de Abdoulaye Wade. C’est le Haut-commandement de la gendarmerie nationale qui sert de bras au chef suprême des Armées d’alors. La demande transmise au Conseil rural par l’entremise de la brigade de gendarmerie de Kébémer passe comme lettre à la poste. Le procès-verbal d’attribution précise bien « sur demande du haut Commandement de la gendarmerie nationale ». Les paysans crient au scandale. Ce, d’autant plus qu’ils n’ont pas été informés. « Un beau matin, des gens débarquent pour faire des mesures sur nos champs », informe Ibrahima Dieng, président du Collectif des paysans spoliés.  Partis aux nouvelles, on leur dira que c’est pour les besoins d’un champ qui appartient au président de la République. Les promoteurs leur disent posséder tous les documents légaux. Eux n’en savent rien du tout. Le procès-verbal d’attribution n’est même pas affiché à la maison communautaire.  Pendant ce temps, le personnel dépêché sur le site de la ferme se met au travail. Les études pour trouver de l’eau douce pouvant approvisionner suffisamment la vaste propriété, cafouillent. Le site attribué ne peut satisfaire leurs exigences. Il faut trouver des terres complémentaires.

C’est ainsi qu’en novembre 2006, le Conseil rural de Diokoul délibère à nouveau pour mettre à la disposition de la ferme ‘’Mame Tolla’’ 900 autres hectares. C’est sur le nouveau site aménagé sur les terres des villages de Diokoul, Nguer-Nguer, Yadianna et Djiniakh, qu’est creusé le forage répondant aux normes. Aussi, quelque 400 hectares furent entourés de barbelés par les soins d’une entreprise sud-africaine. Pour autant, les 99 paysans dépossédés ne se sont pas restés les bras croisés. Ils ont contacté tour à tour, autorités administratives, chefs religieux ou encore Ong. De guerre lasse, ils ont engagé le bras de fer. Le 09 février 2012, profitant d’un séjour électoral du candidat Abdoulaye Wade, les paysans ont sévèrement endommagé la clôture de la ferme ‘’Mame Tolla’’, au cours d’une manifestation, en présence des caméras de télévision. C’est suite à cette expédition qu’une douzaine d’entre eux ont été arrêtés par la gendarmerie de Kébémer- celle-là même qui avait introduit la demande d’attribution des terres au nom de la ferme.

Ainsi va débuter un feuilleton judicaire et carcéral pour Moustapha Nguer, MatarNguer,Moussa Nguer, Pape Nguer, Mor Nguer, Samba Nguer, Samba Seye, ModouNdiaye, MakhoudiaSeye, NgagneSeye, Ndiamé DiaAbdoulaye Ndiaye. Défférés au tribunal régional de Louga, ils sont poursuivis pour destruction de biens appartenant à autrui et menaces de mort pour Moustapha Nguer. Informée de la situation, la Cicodev, une Ong spécialisée dans la lutte contre l’accaparement des terres est venue à leur secours en mettant à leur disposition des conseils pour leur défense.
La main lourde du Parquet
Après comparution devant un juge d’instruction du tribunal régional de Louga, les prévenus bénéficient d’une liberté provisoire.
 
Mais ils ne humeront pas l’air libre.  Le procureur s’oppose à leur libération. L’opposition du parquet fait atterrir le dossier à la Cour d’appel de Saint-Louis. Là-bas, le juge du siège suit son confrère de Louga en rendant un arrêt favorable à leur élargissement. Mais, nouveau coup de théâtre, le procureur de la Cour d’appel s’y oppose. Ainsi, c’est la chambre criminelle de la Cour de cassation  de Dakar qui leur a finalement octroyé cette liberté provisoire en mai 2012 après un pourvoi. Ils sont retournés sur leurs terres depuis mai 2012, juste un peu plus d’un mois après la défaite d’Abdoulaye Wade.
 
Cherche Propriétaire
 
Jusqu’à la défaite électorale de l’ex-chef de l’Etat, une interrogation taraudait l’esprit de bien des gens qui s’intéressaient à l’affaire. Qui du haut Commandement de la gendarmerie nationale, de l’ancien président de la République Abdoulaye Wade ou du marabout Serigne Bassirou Mbacké est le propriétaire de la ferme de quelque 3 000 hectares, sise dans la communauté rurale de Diokoul Diawrigne, dans le département de Kébémer ?
Après son départ du pouvoir, réagissant aux spéculations sur son patrimoine, Abdoulaye Wade a libéré tout le monde : « J’ai une ferme à l’entrée de Kébémer pour l’élevage de vaches et d’autruches.
 
Elle ne me rapporte pas un franc. Elle produit 3.000 litres de lait/jour que j’offre gratuitement aux talibés des écoles coraniques et aux élèves ». Serigne BassirouMbacké, chef religieux, mais aussi ingénieur agronome avant tout, chargé d’enseignement à l’université de Thiès, en est l’administrateur. M. Mbacké,a été  invité par Me Wade à rentrer au bercail alors qu’il résidait en Belgique dans le cadre d’études et de recherches. Interrogé par Sud quotidien, il conteste la version des paysans et dit être en possession de délibérations en bonne et due forme. Si les populations disent avoir reconquis elles-mêmes les terres, il réfute catégoriquement et dit être lui-même à l’origine de cela.
 
 Toutefois, l’administrateur parle de prêt  qu’il explique par le fait qu’en ce moment, « il a mis à disposition ces parcelles à l’intérieur du périmètre parce que cette partie de la ferme n’est pas encore exploitée. » Et le marabout d’ajouter qu’à cet instant, que seule une cinquantaine d’hectares sont aménagés sur un périmètre barbelé de 400 hectares. Sur le nombre de personnes dépossédées de leurs terres, il reste tout juste une vingtaine et non 99 comme le soutient Ibrahima Dieng, président du collectif des paysans. M. Mbacké précise en outre que lui-même a mis à disposition cette partie de la ferme aux paysans et réfute avoir cédé à une quelconque pression, contrairement à ce que clame le collectif. Serigne Bassirou Mbacké se dit ouvert et affirme s’en être déjà confié au président du Conseil rural pour un règlement à l’amiable par l’intermédiaire d’un protocole. Ce que confirme ce dernier. Toutefois, Moustapha Ba a vertement critiqué la délibération faite par l’équipe sortante : « comment a-t-on pu attribuer des terres que des paysans exploitent alors qu’il y avait d’autres vierges dans le périmètre de la communauté rurale », s’est-il  scandalisé. En revanche, le Pcr n’a pas voulu avancer plus loin sur une éventuelle désaffectation.  Les paysans quant à eux, campent sur leur position : « Nous avons repris une bonne partie de notre propriété, et nous avons une visée sur le reste occupée illégitimement»

En attendant la suite de leur affaire pendante devant la justice, ils se réjouissent des bonnes récoltes réalisées sur leurs terres reconquises, en cette année de pluviométrie exceptionnelle.            
 

Source : Sudonline


Mardi 13 Novembre 2012 - 09:55


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