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Macky Sall n’aime pas qu’on le traite d’anthropophage"

Pour avoir demandé au président sénégalais « de manger » les responsables libéraux souvent convoqués dans le cadre de l’enquête sur l’enrichissement illicite, Me Amadou Sall, ancien ministre de la Justice du Sénégal, a été arrêté par des éléments de la Brigade d’Intervention Polyvalente (BIP) mais il a été libéré 24 heures après. Une interpellation qui survient quelques jours après les menaces proférées par le président Sall à l’encontre de ceux qui seront tentés de porter atteinte à son honneur et à sa considération.



Macky Sall n’aime pas qu’on le traite d’anthropophage"
Les articles 80 et 254 du Code pénal sénégalais ont fait une première victime depuis l’arrivée de Macky Sall au pouvoir. Me Amadou Sall du Pds a appris à ses dépens qu’on ne peut pas tout dire sur un chef d’Etat fut-il un ancien camarade de parti.

L’ancien garde des Sceau de Wade avait accusé le Président Macky Sall d’obéir au fétiche qui lui aurait dit de ne convoquer Karim Wade que les jeudis et de ne le libérer que tard dans la nuit du jeudi au vendredi. Ses déclarations ont été très mal perçues par le président et ses proches. Ainsi, en présidant l’ouverture des Journées Républicaines organisées par ses jeunes, Macky Sall a menacé quiconque oserait porter atteinte à son honneur et à sa considération conformément aux dispositions des articles 80 et 254 du Code pénal.

Ainsi, Me Amadou Sall devient le premier opposant à faire les frais de ces articles tant décriés du temps de Wade.

« Anthropophagie et mysticisme »

L’arrestation de l’ancien ministre de la Justice, Me Amadou Sall, a très fortement déplu aux libéraux qui ont initié une réunion de leur comité directeur devant le Palais de Justice. Oumar Sarr, leur coordonnateur, soutient que Me Amadou Sall n’a fait que donner publiquement la position du Pds en tant que porte-parole du jour. Il a invité ses camarades à reprendre les déclarations qui ont valu son arrestation à l’avocat-politicien.

« Nous membres du comité directeur faisons nôtre les propos de Me Sall et disons tous à Macky Sall, s’il veut manger Me Sall qu’il le mange, s’il veut le tuer, qu’il le tue, s’il veut l’emprisonner qu’il l’emprisonne, le Pds sera toujours là, debout pour les populations et le pays. Macky Sall obéit aux féticheurs. On lui a dit de ne convoquer Karim Wade que les jeudis et de le libérer que la nuit du jeudi au vendredi. On ne peut pas gérer un pays avec des fétiches. Avec l’arrestation de Me Sall nous soupçonnons Macky Sall de suivre les recommandations de ses féticheurs, en choisissant d’interroger, le jour de Noël, date commémorant la naissance du Christ, un responsable du Pds ayant le même nom de famille que lui »,

Selon lui, le Pds se battra et récupérera le pouvoir de « ces incapables » qui nous dirigent aujourd’hui. Personne ne pourra nous manger jusqu’au dernier ».

Du côté du pouvoir ces déclarations jugées irrespectueuses ont fortement irrité car au Sénégal il n’y a pas plus grande offense que d’accuser quelqu’un d’être un « deum » (mangeur d’hommes en langue Wolof).

Le chef du Pôle de communication de la présidence de la République, Elhadji Hamidou Kassé, a estimé que ses déclarations sont excessives. Il considère que l’ancien garde des Sceaux a dépassé les limites avec ses propos. A ses yeux, Me Sall « est d’une vulgarité à la limite étonnante »car il est inacceptable que des gens « s’attaquent impunément à la personne et à l’honorabilité du Président de la République ».

"Dérives dictatoriales et régression démocratique"

L’ancien ministre d’Etat, directeur de cabinet du président Wade, Habib Sy, a soutenu que les propos pour lesquels Me Sall est convoqué ne sont pas de nature à offenser le chef de l’Etat et que son arrestation fait régresser la démocratie sénégalaise.

"Notre démocratie est en train de régresser. La démocratie est un processus long et compliqué qui repose sur un certain nombre de principes, sur un certain nombre de valeurs. Et nous, en tant que libéraux, nous sommes très attachés aux valeurs de la tolérance et de la liberté. Ce qui est en train d’être fait, c’est une remise en cause de tous ces principes ». A l’en croire, il faudrait davantage que ceux qui nous gouvernent comprennent que, pour que la démocratie soit consolidée, il faudrait que la liberté soit aussi respectée. Il estime, en outre, qu’aujourd’hui, la liberté ne semble plus respectée comme cela a été auparavant. Et il faudrait qu’on revienne à de meilleurs sentiments, pour que ce climat politique déjà poussiéreux et délétère ne s’empire"

Le journaliste Adama Gaye pense aussi que cette arrestation pour offense au chef de l’Etat n’augure rien de bon. A ses yeux ce sont les prémices d’une dictature.

"Parfois la dictature peut prendre l’orientation ou les habits qu’on ne lui soupçonne pas en se parant si besoin de la Constitution. Et on l’a déjà vu avec Abdoulaye Wade quand il a forcé sa candidature au peuple sénégalais en s’appuyant sur une Constitution qui avait été, comme tout le monde le sait, instrumentalisée à l’occasion avec le soutien de quelques individus dont la profession aurait dû être plus noble qu’elle ne l’a été. Autant la Constitution doit protéger et protège le chef de l’Etat, autant il faut éviter de créer des situations où le prétexte de la décence ou de la protection du chef de l’Etat ne soit en fait le masque à travers lequel des tentations autoritaires ne finissent par transformer et dénaturer la nature de la démocratie sénégalaise".



Ndeye Coumba LO (Blog SlateAfrique)

Mercredi 26 Décembre 2012 - 15:15


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