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JEUNES ET POLITIQUE : ENTRE MÉFIANCE, DÉSIR DE RUPTURE ET QUÊTE DE SENS (Par Marie Barboza MENDY - Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise)



On dit souvent que les jeunes ne s’intéressent plus à la politique. La phrase revient comme un refrain dans les débats publics, dans les salons feutrés, dans les éditoriaux pressés. Elle est répétée avec une telle assurance qu’elle finit par ressembler à une vérité établie. Pourtant, à y regarder de plus près, cette affirmation cache une réalité beaucoup plus complexe, presque paradoxale.

Les jeunes ne désertent pas la politique. Ils désertent une certaine manière de faire de la politique.
Car il suffit d’observer leurs conversations, leurs mobilisations spontanées, leurs engagements associatifs ou leurs prises de parole numériques pour comprendre que quelque chose bouillonne. Une énergie existe. Une impatience aussi. Parfois une colère. Mais surtout une interrogation profonde : à quoi sert la politique aujourd’hui et pour qui travaille-t-elle réellement ?

Dans l’imaginaire des générations précédentes, la politique passait par des partis, des meetings, des congrès, des cartes d’adhésion et des idéologies fortement structurées. C’était un univers de fidélités longues, de discours élaborés et de stratégies patiemment construites.
Pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, ces cadres apparaissent souvent lointains. Parfois figés. Parfois même déconnectés des urgences concrètes de leur quotidien.

Car la jeunesse vit dans un monde traversé par des incertitudes nouvelles. L’accès à l’emploi devient plus difficile. Les inégalités sociales restent visibles. Les crises climatiques, économiques et technologiques bouleversent les repères traditionnels. L’avenir, autrefois imaginé comme une promesse, se présente désormais comme une question.

Dans les universités, dans les quartiers, dans les espaces numériques, les jeunes parlent de justice, de dignité, d’opportunités. Ils parlent de leur futur avec une lucidité parfois brutale. Ils observent la société telle qu’elle est et s’interrogent sur ce qu’elle pourrait devenir.

Ce décalage entre leurs préoccupations et le langage politique traditionnel nourrit une forme de méfiance. Non pas une indifférence, mais une distance critique.
Beaucoup de jeunes regardent les institutions comme on observe un vieux mécanisme : avec respect parfois, mais aussi avec doute. Le Parlement, les partis, les campagnes électorales semblent appartenir à une grammaire politique héritée d’une autre époque.

Et pourtant, la jeunesse n’a jamais cessé d’être un moteur de transformation. L’histoire le rappelle avec constance. Des mouvements pour les droits civiques, aux grandes mobilisations étudiantes, des luttes pour la démocratie aux combats pour l’environnement, les jeunes ont souvent été les premiers à contester l’ordre établi.

Non parce qu’ils détiennent toutes les réponses, mais parce qu’ils posent les questions que les sociétés préfèrent parfois éviter.
Aujourd’hui, ces questions passent aussi par de nouveaux espaces. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les collectifs citoyens informels deviennent des terrains d’expression politique. Là où certains ne voient que du bruit ou de la superficialité, beaucoup de jeunes voient une possibilité : celle de contourner les hiérarchies traditionnelles et de faire entendre leur voix autrement.

Un message publié, une vidéo partagée, une mobilisation lancée en ligne peuvent désormais toucher des milliers de personnes en quelques heures. Cette nouvelle vitesse de circulation des idées, transforme profondément la manière dont la politique se construit et se discute.

Bien sûr, cet espace n’est pas exempt de dérives. La désinformation circule parfois aussi vite que les faits. Les opinions peuvent se radicaliser. Les débats se simplifient à l’extrême. Mais derrière ces excès, une réalité demeure : la jeunesse veut participer.

Elle ne veut plus seulement écouter. Elle veut comprendre, questionner, proposer, contester.
La vraie question n’est donc peut-être pas de savoir pourquoi les jeunes se détournent de la politique. La vraie question est plutôt celle-ci : la politique est-elle prête à accueillir les jeunes tels qu’ils sont aujourd’hui ?

Car la jeunesse ne réclame pas uniquement des discours. Elle réclame de la cohérence, de l’exemplarité et des résultats visibles. Elle observe attentivement les contradictions, les promesses non tenues, les pratiques qui contredisent les paroles.

Dans un monde saturé d’informations, l’autorité ne se décrète plus. Elle se construit par la crédibilité.
C’est peut-être là que se joue l’un des défis majeurs de notre époque. Comment réconcilier une jeunesse en quête de sens avec des institutions parfois perçues comme éloignées ?
Comment redonner à l’action publique sa capacité d’inspiration ?

*Car malgré les critiques, malgré la méfiance, beaucoup de jeunes continuent de croire à la possibilité de transformer la société. On les retrouve dans les associations, dans les initiatives locales, dans l’entrepreneuriat social, dans les projets culturels ou éducatifs.

Certains choisissent même de s’engager directement en politique, convaincus que les institutions ne changeront que si une nouvelle génération décide d’y entrer.
La jeunesse n’est pas apolitique. Elle est en quête d’une politique qui lui ressemble davantage. Peut-être que l’enjeu de notre époque est là : reconstruire un dialogue sincère entre générations, entre institutions et citoyens, entre pouvoir et espérance.

Car une démocratie qui n’écoute plus sa jeunesse risque de perdre son futur. Et inversement, une jeunesse qui retrouve confiance dans l’action publique peut devenir la plus grande force de transformation d’une nation.

Au fond, la question reste ouverte, presque suspendue : la politique saura-t-elle se réinventer assez vite pour rencontrer l’énergie, les exigences et les rêves de sa jeunesse ?
Peut-être que le véritable tournant ne viendra ni des discours solennels ni des promesses de campagne, mais de ce moment discret où une génération décidera de ne plus regarder la politique de loin.
Le jour où les jeunes cesseront seulement de commenter le monde pour commencer à l’écrire eux-mêmes, la politique changera de visage.

Et ce jour-là, la question ne sera plus de savoir si la jeunesse s’intéresse à la politique…
mais si la politique est enfin devenue digne de sa jeunesse.

Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
 mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
 


Mardi 17 Mars 2026 - 22:12


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