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Nous avions semé des mots Des lecteurs, des rencontres et une jeunesse au cœur d’une nouvelle aventure (Par Marie Barboza Mendy)



Nous avions semé des mots Des lecteurs, des rencontres et une jeunesse au cœur d’une nouvelle aventure (Par Marie Barboza Mendy)

À la fin de l’été, lorsque les rues retrouvent peu à peu leur rythme et que les enfants reprennent le chemin de l’école, une question revient avec une évidence nouvelle : que voulons-nous réellement transmettre à ceux qui arrivent après nous ? Depuis plusieurs semaines, Regards Croisés accompagne cette interrogation. Mais quelque chose a changé. Des mots sont partis dans toutes les directions et nous reviennent aujourd’hui sous forme de questions, d’idées, de propositions et parfois même d’envies d’agir. Une chronique peut-elle devenir le point de départ d’une œuvre collective ? Peut-être sommes-nous en train d’en faire l’expérience.

Nous avions semé des mots. Nous ne savions pas vraiment ce qu'ils deviendraient. Ils sont partis de Dakar, ont circulé au Sénégal, puis en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord, en France, en Belgique, en Suisse, dans plusieurs pays d'Europe et jusqu'au Canada.

Et, cet été, quelque chose nous est revenu. Des messages. Des encouragements. Mais surtout des questions. Comment imaginez-vous cette Académie ? Quels jeunes ? Quel budget ? Quels équipements ? Quelle pédagogie ? Quels professionnels ? Quelle organisation ? Quelle place pour l'intelligence artificielle ? Comment passer de l'idée à la réalité ?

Ces questions nous ont intéressés davantage que les compliments. Parce qu'elles signifient que le projet commence à être regardé non plus seulement comme une idée, mais comme une possibilité.

L'Académie des Jeunes Créateurs et Reporters est née de cette conversation silencieuse entre une chronique et ses lecteurs. Elle ne prétend pas remplacer l'école. Elle ne veut pas davantage devenir une structure de plus dans un paysage déjà riche d'initiatives. Elle cherche un autre espace. Celui où un jeune peut apprendre en faisant. Découvrir l'image, le son, l'écriture, le reportage, la photographie, l'audiovisuel, le numérique et l'intelligence artificielle, tout en apprenant quelque chose de plus difficile à transmettre : observer, vérifier, questionner, créer et assumer ce que l'on produit.

Car dans un monde où chacun peut désormais produire une image, une vidéo ou un texte en quelques secondes, la question n'est plus seulement de savoir utiliser un outil. Elle est de savoir pourquoi on l'utilise et ce que l'on veut en faire.

C'est là que l'éducation rejoint la responsabilité. Et c'est là aussi que notre petite idée commence à prendre une dimension qui dépasse Saly.

Un jeune Sénégalais pourrait demain dialoguer avec un professionnel installé à Montréal. Une expérience audiovisuelle menée ici pourrait être regardée en Belgique ou en Suisse. Un journaliste, un ingénieur, un cinéaste, un enseignant ou un entrepreneur vivant en France pourrait transmettre son expérience à distance. Les frontières existent toujours ; les savoirs, eux, peuvent les franchir.

Mais avant de penser à demain, il faut commencer aujourd'hui. La première étape envisagée est une phase pilote, dont le budget prévisionnel est de 15 millions de francs CFA. Cette enveloppe doit permettre de poser les premières bases : équipements audiovisuels et informatiques, outils numériques, aménagement pédagogique, accompagnement des jeunes, interventions de professionnels et conditions nécessaires à une première expérimentation sérieuse.

Ce montant donne une réalité au projet. Il ne résume pas le projet. Car une caméra ne transmet rien toute seule. Un ordinateur ne crée pas une vocation. Une intelligence artificielle ne remplace pas un éducateur. Derrière chaque équipement, il faut une compétence. Derrière chaque compétence, une personne. Et derrière chaque personne, une volonté de transmettre.

C'est pourquoi les réactions reçues depuis plusieurs semaines prennent aujourd'hui une importance particulière. Certains lecteurs ont proposé leur expertise. D'autres leurs réseaux. Certains ont évoqué des équipements disponibles. D'autres ont pensé à des possibilités de financement ou de mécénat. Des professionnels se sont interrogés sur la manière de participer à la conception pédagogique, à l'encadrement ou au développement du projet.

Toutes ces contributions seront les bienvenues : équipements, financement, conseils, expertise technique, accompagnement managérial ou pédagogique, mise en réseau, participation à des ateliers ou à des rencontres.

Il ne s’agit pas de demander à chacun de donner. Il s’agit simplement de laisser ouverte la porte à celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, souhaiteraient toquer à la porte et mettre la main à la pâte. Car un projet destiné à la jeunesse ne peut être porté durablement par une seule personne. Il a besoin de compétences, d’expériences, d’idées, de rencontres et de bonnes volontés qui, chacune à leur manière, peuvent contribuer à lui donner vie.

Il doit rencontrer des compétences. Des institutions. Des entreprises. Des enseignants. Des professionnels. Des créateurs. Des associations. La diaspora. Des mécènes. Et surtout, des jeunes capables de nous dire eux-mêmes ce qu'ils attendent du monde dans lequel ils vont vivre. Peut-être est-ce cela, finalement, la vraie nouveauté de cette aventure. Nous avions commencé par écrire sur l'avenir. Nous commençons maintenant à réfléchir avec ceux qui auront à le vivre.

À la fin de l’été, tandis que les cartables reprennent leur place et que les salles de classe se remplissent à nouveau, une autre rentrée s’annonce : celle d’une idée. Pas encore une institution, pas encore un modèle achevé, encore moins une promesse. Simplement une première étape, portée par un territoire, une jeunesse, une ambition et un budget pilote de 15 millions de francs CFA. Le reste se construira avec le temps, avec les rencontres et avec toutes les volontés qui accepteront de lui donner vie.

Car une idée, comme un être vivant, ne peut avancer sans ses organes vitaux. Ces organes, ce sont celles et ceux qui transmettent, accompagnent, éclairent et construisent : les professeurs, les journalistes, les maîtres de conférences, les chercheurs, les artistes, les techniciens et les professionnels de tous les corps de métiers qui accepteront de partager leurs savoirs, leurs expériences et leur passion avec cette jeunesse. Ils seront le cœur battant, le souffle, les poumons et l’énergie de cette Académie. Vous êtes tout cela à la fois. Et sans vous, sans vos connaissances, votre engagement et votre confiance, nous ne pourrons pas avancer. Une Académie ne se construit pas seulement avec des murs et des équipements : elle se construit avec des femmes et des hommes qui acceptent de transmettre une part d’eux-mêmes pour aider une génération à inventer demain.

Nous avions semé des mots. À présent, il nous faut prendre soin de ce qui commence à pousser.

Regards Croisés — parce que certaines idées ne demandent pas seulement à être racontées. Elles demandent à devenir.


Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
 mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
 

Moussa Ndongo

Mercredi 23 Septembre 2026 - 00:15


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