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Sommet de Paris: un économiste émet des doutes sur la capacité de la France de définir la politique économique des pays africains

Une quinzaine de dirigeants africains, des hauts responsables européens et représentants d'organisations internationales se réunissent ce mardi à Paris pour discuter des questions économiques. Ce sommet vise à « mobiliser des initiatives et mécanismes innovants », en soutien aux efforts de relance des économies africaines. Y seront également discutés des thèmes relatifs au traitement de la dette, à l’allocation de droits de tirages spéciaux, aux partenariats publics-privés, au financement des infrastructures et autres secteurs clefs de l’économie. Dans ce contexte de crise sanitaire qui a frappé l’occident plus que l’Afrique, il y a lieu de se poser un certain nombre de questions sur les avantages et les inconvénients de cette rencontre pour l’Afrique. Que peuvent espérer ces pays au sortir de cette rencontre ? L’annulation de la dette africaine peut-elle aider les pays à se développer ? Comment relancer l’économie africaine alors que le continent dispose des plus grandes réserves en matière de ressources naturelles, sans compter le poids démographique de la jeunesse ? Réponse de l’économiste Ndongo Mané Kébé.



Sommet de Paris: un économiste émet des doutes sur la capacité de la France de définir la politique économique des pays africains
Les cinq (5) zones de l’Afrique sont présentes ce mardi à Paris pour discuter notamment de relance économique : le nord avec la Tunisie et l’Egypte, l’ouest avec le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana, le Mali, le Nigeria, la Mauritanie et le Sénégal, l’est avec le Soudan et l’Ethiopie, l’Afrique centrale avec la République démocratique du Congo et le Rwanda, et l’Afrique australe avec l’Angola et le Mozambique. Mais, le continent africain a jusqu’ici été relativement épargné par la pandémie de Covid-19,  engendrant officiellement quelque 130 000 morts au total, sans commune mesure avec les bilans funestes parmi les populations américaines (Etats-Unis : 584 000 morts, Brésil : 430 000 morts), européennes (France : 107 000 morts et Royaume-Uni : 127 000 morts) et maintenant asiatiques (Inde : 262 000 morts).  

Ce sommet est comme une opportunité pour trouver une solution à la crise économique des pays africains, en se basant notamment sur l’annulation de la dette africaine. Aux yeux du Docteur Ndongo Mané Kébé, la France définira difficilement la politique économique de ces pays. Et l’annulation de la dette africaine n’est pas forcément une solution à la relance de l’économie du continent.

« La relance des économies africaines dépend des politiques adéquates élaborées et menées dans ce sens par ces pays. Ces derniers sont supposés souverains et de ce point de vue la France ne peut aucunement définir leurs politiques à leur place,  même si elle peut appuyer la mise en œuvre », a soutenu Dr Kébé, joint par PressAfik. 

L'annulation de la dette n’est pas forcément une solution à la relance de l'économique

Une annulation des dettes africaines est au menu du programme. Sauf que ce recours qui n’a jamais fait ses preuves si on sait que des pays africains ont déjà vu leurs dettes annulées en 1989, 1996 et 2005. Ce n’est pas ce qui a permis de relancer la croissance. Contrairement.

Dr Kébé s’est également inscrit dans cette logique, estimant que l’annulation de la dette n’est pas forcément une solution à la relance. « Cette question suppose que les fonds issus de l'annulation de la dette puissent être orientés dans le sens de la relance. Si c'est le cas et que chaque pays africain dispose déjà d'une stratégie efficace de relance de son économie, alors on peut estimer que l'annulation de la dette pourra contribuer à la relance. Il faut noter qu'autant la dette publique est un instrument d'exécution de la politique publique, autant l'annulation de la dette peut l'être ».

Malheureusement, a poursuivi notre économiste, ce qui fait défaut à beaucoup de pays africains c'est le « manque de stratégie cohérente et globale de prise en charge des problématiques de développement ». Les dirigeants africains, pour des raisons politiciennes, sont plutôt  « bornés » à faire croire que des sommes de programmes et de projets font la stratégie, ce qui explique « l'échec constaté » dans la mise en œuvre de beaucoup politiques publiques, après avoir englouti des milliards.


Des ressources naturelles sont exportées à l'état brut et nous reviennent plus chères

Pour que l'exploitation des ressources naturelles puisse bénéficier aux pays africains, il faudrait avoir une « véritable industrie » de ces ressources dans ces pays. Autrement dit une chaîne de valeur. Dr Kébé explique que « c'est désolant de constater que ces ressources sont exportées à l'état brut et nous reviennent plus chères en produits finis ou semi-finis ».

Encore que, ce ne sont pas des nationaux qui les exploitent d'où les fuites de capitaux qui en découlent, hélas. « Je pense que le cadre juridique et réglementaire relatif à l'exploitation de ces ressources dans beaucoup de pays africains doit être révisé et encadré en faveur des nationaux. Ce qui devrait être favorable à la mobilisation des ressources internes, qui doit être le fondement des stratégies d'endettement de ces pays », a-t-il proposé.

Sommet de Paris: un économiste émet des doutes sur la capacité de la France de définir la politique économique des pays africains
Plaidoyer du Président Macky Sall

Présent à ce sommet, le Président sénégalais, Macky Sall, qui a lancé l’initiative pour l’annulation de la dette africaine, a lancé « un appel aux pays du G20, qui recevront plus de 2/3 des nouvelles allocations de DTS, afin qu’ils réallouent leurs quotas en appui aux efforts de relance des pays africains, sous forme de dons, de prêts concessionnels et semi-concessionnels à longue maturité. »   
 
Par souci d’efficacité et de diligence, il a souhaité que les réallocations se fassent via des institutions internationales et africaines appropriées. Mais au-delà des solutions conjoncturelles, l’Afrique, selon lui,  a surtout besoin d’une « réforme de la gouvernance économique et financière mondiale, avec des mécanismes innovants, (lui) permettant d’accéder aux marchés de capitaux à des coûts soutenables et selon des maturités adaptées aux actifs à financer ».
 
« Un avion prêt à décoller »
Evoquant le développement de l’Afrique, Macky Sall le compare à l’image d’un avion prêt à décoller, qui met plein gaz. « Nous devons mobiliser toutes les ressources disponibles pour amorcer l’émergence. Partout en Afrique, les besoins sont nombreux et urgents, et l’Etat doit encore beaucoup faire, surtout en matière d’infrastructures de base, exploitables sur le long terme, et qui demandent des financements lourds ».

S’y ajoutent les dépenses « incompressibles en matière de sécurité et d’adaptation au changement climatique, parce qu’il faut faire face au péril pressant du terrorisme, mais également prendre en charge la transition énergétique pour ne pas emprunter les mêmes schémas pollueurs que les pays industrialisés, conformément à l’Accord de Paris sur le climat », a expliqué le président Sall, devant le chef de l’Etat français. 

Trois obstacles majeurs plombent les efforts des pays africains

Toujours dans son allocution, le Président Sall a évoqué ce qu’il appelle les trois obstacles majeurs plombent tous leurs efforts. Il s’agit du plafonnement de l’endettement (à 70% du PIB pour les pays membres de l’UEMOA), du seuil de 3% du déficit budgétaire à ne pas dépasser, et du coût élevé des primes d’assurance, à cause d’une perception exagérée du risque d’investir en Afrique, alors même que pour nombre de pays africains, ce risque n’est guère plus élevé qu’ailleurs. 

Sur ces trois points, il a continué de plaider pour une « réforme urgente des règles, notamment celles de l’OCDE sur les conditions d’octroi des crédits export », ajoutant qu’ « on ne peut pas appliquer les mêmes standards à des pays à forces et besoins inégaux ».

Il a réitéré son combat pour un « assouplissement des règles de plafonnement de l’endettement et du déficit budgétaire », et plaidé pour « une correction de la perception du risque d’investissement en Afrique, pour une notation plus juste, et donc des coûts de primes d’assurance moins élevés ». 
  
« C’est ce paquet de réformes qui facilitera l’accès de nos pays aux ressources nécessaires au financement de leurs efforts de relance et d’émergence », a lancé le Président sénégalais. 
 
 

Salif SAKHANOKHO

Mardi 18 Mai 2021 - 19:47


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