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Suicide au Sénégal: 12 cas depuis juin, 10 morts, des causes souvent inconnues et une grande négligence envers les personnes dépressives

Au regard de la mortalité générale dans le monde, le suicide reste une cause importante avec un taux de 6,1 % pour 100.000 habitants, selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), en 2019. Au Sénégal, on assiste aujourd'hui à une recrudescence de ce phénomène. Douze (12) cas de suicide ont été répertoriés entre juin et août 2020 dont 10 ont abouti à la mort. Sous diverses formes, des Sénégalais ont mis ou tenté de mettre un terme à leur vie ici-bas. De l’empoisonnement volontaire à la pendaison, en passant par le fait de se jeter dans un puits ou dans la mer...
Une analyse des données collectées depuis juin, par PressAfrik, a également permis de constater que les hommes se suicident plus fréquemment que les femmes (7 sur les 12 cas de suicide). Les victimes résident le plus souvent en zone périurbaine. Et la pendaison reste le moyen le plus utilisé.
PressAfrik, qui a tenté d'en savoir plus, a d'abord répertorié les cas de suicide durant ces trois derniers mois avant de donner la parole à un psychologue, Khalifa Diagne, pour plus de détails.



Suicide au Sénégal: 12 cas depuis juin, 10 morts, des causes souvent inconnues et une grande négligence envers les  personnes dépressives
Situation des 12 cas de suicide et tentatives de suicide enregistrés entre juin et août 2020 

Douze (12) individus ont tenté de se suicider au Sénégal depuis juin. Les dix (10) sont morts. Les deux autres ont pu être sauvés de justesse par le personnel médical du pays. Il s'agit d'un vieil homme de 70 ans qui a attenté à sa vie en se tranchant la gorge et d'une jeune fille âgée de 19 ans qui a voulu mettre fin à ses jours en buvant de l'eau de javel.

Les "victimes" répertoriées depuis juin sont âgées entre 17 et 70 ans. Les causes pour lesquelles certaines d’entre elles ont décidé de mettre un terme à leur vie, restent jusqu’à présent inconnues. Dans d’autres cas, les familles des défunts écartent la thèse du suicide et relèvent des zones d’ombre. 

3 cas de suicide en juin 

Un Sénégalais du nom de Ahmed Coly, est mort au Maroc par immolation. Il s’est donné la mort le samedi 27 juin dans son appartement, selon les informations recueillies. Les raisons du suicide de ce natif du département de Rufisque ne sont pas pour le moment, élucidées.

Le mercredi 10 juin, le corps sans vie d’un homme âgé de 18 ans a été retrouvé, pendu dans le village de Keur Gamou dans la commune de Darou Salam, département de Nioro (centre du Sénégal). Il s’agit du dénommé Aliou Bakhoum qui a mis fin à ses jours par pendaison à l’aide d’une corde.

À Podor, plus précisément au village de Fediobé, dans la commune de Mboula, une fille âgée de 13 ans y a été retrouvée morte pendue à un arbre à l’aide d’une corde. La victime répondant au nom d'Adama Kâ était élève en classe de 6e. Le drame s'est produit dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juin vers minuit. Dans cette histoire, Khardiata Ka, grand-mère de la défunte, a été arrêtée. Elle est poursuivie pour avoir donné sa petite-fille mineure en mariage à un individu du même village.

Un décès et une tentative de suicide non aboutie enregistrés en juillet

Le mois de juillet a été moins mortel avec 2 décès et une tentative de suicide. Les victimes sont deux hommes âgés de 70 et 63 ans. 

Le mardi 7 juillet, un vieux âgé de 70 ans environ a tenté de mettre fin à ses jours à l’aide d’un couteau. S.M. Ndiaye, comme c’est de lui qu’il s’agit, a pratiquement tranché sa gorge, vers les coups de 13 heures. Mais il a été finalement sauvé de la mort. Les faits ont eu lieu au quartier Tally bu Bess à Touba (Est du Sénégal). 

Un autre drame a frappé la ville sainte de Touba le mardi 14 juillet. Selon L'AS, un homme de 63 ans, répondant au nom de Ndiaye Diop s'est donné la mort. Le drame est survenu à Touba-Ndindy où le défunt a été retrouvé pendu.
 
6 décès et une tentative de suicide qui n'a pas abouti en août 

Les cas de décès par suicide ont connu une hausse au cours du mois d’août. Sept (7) personnes, 4 femmes et 3 hommes, ont tenté de mettre fin à leur vie. Six (6) sont mortes et une autre sauvée. Si pour certains de ces suicidés, les raisons ont été plus ou moins connues comme le cas de Nicolas Mané, directeur de l’école élémentaire de Kounayang (Sédhiou) qui s’est suicidé pour mettre fin à sa souffrance suite à une maladie qui l’a cloué au lit pendant trois ans. Pour les autres, les causes de leurs actes désespérés restent un mystère.

Au village de Wassou Massel, à Potou, dans la région de Louga, un drame s'est produit dans la nuit du 1er au 2 août. S. K., fraîchement mariée, elle a mis fin à ses jours, en se jetant dans la mer. Elle était âgée d’une vingtaine d’années.

Le 17 août, une dame du nom de M. Ndione, établie au village de Ndolor (sur les bergers du fleuve Saloum) s’est donnée la mort en se jetant nuitamment dans un puits. Après des heures de recherche, ses parents ont aperçu ses sandales devant ledit puits. Les sapeurs-pompiers de Mbour ont repêché le corps sans vie de la dame qui laisse deux enfants orphelins. 

Dans la même zone, une fille de 14 ans, O. K. B. Diallo, s’est suicidée le 19 août, à l’aide des rideaux de sa chambre à Saly Station, à Mbour. Selon nos confrères de Seneweb, la victime était une élève en classe de 4ème et vivait avec sa mère. 

À Tivaouane, dans la région de Thiès, trois (3) membres de la famille Kane ont été retrouvés morts le dimanche 23 août. Cheikh Kane, la vingtaine, a tué sa femme, Penda Ba et leur fille de moins de deux ans, avant de se suicider par pendaison. 

À Dakar, Mame Sémou Diouf, agent de police en service à la direction de la Police des étrangers et des Titres de voyage, a mis fin à ses jours. Il s’est tiré une balle à la tête le 26 août. 

Des zones d’ombres ont été relevées autour des conditions de la mort du policier. Sa famille, qui soutient que le défunt n’avait aucune raison de mettre un terme à sa vie, écarte la thèse du suicide. 

Nicolas Mané, directeur de l’école élémentaire de Kounayang, située dans la commune de Djibanar (département de Goudomp, région de Sédhiou) a été retrouvé pendu et mort, samedi 29 août, au domicile de ses parents, sis à Tiléne, dans la région de Ziguinchor. Cet homme d’une quarantaine d’années, natif de Simbandi Balante, a laissé une lettre d’adieu qui a été trouvée sur les lieux de ce qu’il est convenu d’appeler un suicide, en attendant les conclusions de l’enquête ouverte par la gendarmerie. 

Mame M. D., 19 ans, a tenté de mettre fin à ses jours. Elle a voulu se suicider en buvant de l’eau de javel. Selon Les Échos qui vend la mèche, les faits remontent à la nuit du Tamkharit (28 août) et ont eu lieu au rond-point de Gadaye (Dakar). Elle a été sauvée de justesse.

Suicide au Sénégal: 12 cas depuis juin, 10 morts, des causes souvent inconnues et une grande négligence envers les  personnes dépressives
800.000 personnes se suicident chaque année dans le monde, selon l’Oms

Le suicide, devenu une urgence sanitaire mondiale depuis plus d’une décennie, a poussé l'OMS à le retenir comme thème de la Journée Mondiale de la Santé Mentale le 10 octobre 2019. Huit cent mille (800.000) personnes se suicident chaque année dans le monde, soit 1 décès toutes les 40 secondes, selon les études de l'OMS.

Joint par PressAfrik, le psychologue Khalifa Diagne informe que « le suicide est la seconde cause de mortalité chez les 15- 29 ans en 2012 dans le monde. Ce taux est de 4.1 pour 100.000 habitants au Sénégal en 2016 ».
« Chez les 30-49 ans, ce taux est de 6.9 pour 100.000 habitants en 2016 », a-t-il ajouté donnant l’exemple de France Telecom où « près de 30 agents s'étaient suicidés il y a 15 ans ».
Il y a une grande négligence de la maladie mentale au Sénégal

S’agissant de la recrudescence des cas de suicide notée ces derniers temps Sénégal, avec 12 cas entre juin et août, M. Diagne est d’avis qu’ « il y a lieu de soutenir que ces faits relatés ne seraient pas étrangers à des problèmes comportementaux. Lesquels problèmes sont exacerbés par une grande négligence de la maladie mentale au Sénégal. Il suffit tout simplement de visiter les hôpitaux psychiatriques au Sénégal pour s'en rendre compte ».

Les gens font recours au suicide pour diverses raisons, si l’on en croit au psychologue qui emprunte la pensée de l’ancien président sénégalais, Léopold Sédar Senghor pour expliquer un tel acte. « Senghor disait que le suicide, c'est l'exigence dernière de l'honneur. C'est pour dire que le suicide comme acte peut avoir un soubassement sociétal. Un déshonneur avec lequel on ne peut plus vivre, une situation qu'on ne peut pas supporter, une déception sur une question dont l'enjeu pour le sujet était une question de vie ou de mort... », a soutenu M. Diagne. Avant d'indiquer que « tout ça doit être relié à l'état psychologique fragile de la personne. Il est par exemple fréquent de soupçonner des tendances suicidaires chez les patients qui souffrent de dépression ».
Les signes annonciateurs peuvent être verbaux ou gestuels en termes d'agressivité

Des signes peuvent être apparents chez une personne qui a l’intention de se suicider. Ils peuvent être verbaux ou gestuels, « en termes d'agressivité, d'isolement ou de distanciation sociale, ce qui n'a rien à voir avec celle préconisée dans la lutte contre la Covid-19 », a déclaré notre interlocuteur qui les relie pour la plupart « à certaines pathologies mentales comme la dépression ». 

 

Suicide au Sénégal: 12 cas depuis juin, 10 morts, des causes souvent inconnues et une grande négligence envers les  personnes dépressives
Eviter de stigmatiser les personnes dépressives

Les tentatives de suicide mettent en danger la vie des personnes qui souffrent de dépression. Il s’agit d’une blessure auto-infligée ayant pour but d’affaiblir le corps et ses capacités de résistance. Ces personnes peuvent être aidées selon M. Diagne. Pour ce faire, il nécessite « un traitement et un suivi psychiatrique à temps suivi ». 

« Le patient, une fois en situation de relative stabilité psychologique, doit bénéficier d'une psychothérapie de soutien, être amené à comprendre et vivre avec sa maladie. Car un peu partout dans le monde, des personnes insoupçonnées de toutes les catégories socioprofessionnelles qui bénéficient d'un suivi médical approprié vit avec leur maladie mentale», a informé notre interlocuteur.

Khalifa Diagne invite l’entourage ou la famille de personne dépressive à éviter la stigmatisation ». « L'essentiel, c'est de bien suivre son traitement et de respecter ses rendez-vous. Pour ce faire, le soutien de l'entourage familial est capital. Mais dans cet accompagnement, la stigmatisation doit être évitée », a-t-il conclu.

Selon l’OMS cité par Africa Check, la dépression constitue un trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, le sentiment de culpabilité ou de faible estime de soi, les troubles du sommeil ou de l’appétit, la sensation de fatigue, le manque de concentration, ainsi que la perte d’intérêt ou de plaisir. La dépression est également une affection courante dans le monde et touche 300 millions de personnes.

PressAfrik est entré en contact avec des familles dont un membre s'est suicidé. Mais les stigmates de la douleur sont toujours présents dans l'esprit et le coeur des parents et proches. Par exemple, le frère de Nicolas Mané, ce directeur de l’école élémentaire de Kounayang, qui s’est donné la mort samedi 29 août, a prétexté le deuil récent pour différer son témoignage sur le sujet. « Cela n’a pas encore fait une semaine. Pour le moment, je suis encore en deuil. Je pourrais vous parler mais pas tout de suite ».

Aminata Diouf

Mercredi 9 Septembre 2020 - 14:01


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