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Surpêche, Brèche et Emigration: Saint-Louis, une vieille ville endeuillée, frustrée et terrifiée (REPORTAGE)

Situé à l'embouchure du Fleuve Sénégal à 264 kilomètres au Nord de Dakar, Saint-Louis est sans doute la ville la plus touchée par la recrudescence de l'émigration clandestine. Ce coin, qui attire des milliers de touristes, ne fait plus rêver ses jeunes, qui prennent les pirogues, bravent la mer et la mort, en quête d'une meilleure destinée en Europe.

Ville essentiellement peuplée de pêcheurs, Saint-Louis ressent fortement les contrecoups de l'envahissement de ses eaux par les navires de pêche industrielle. Ce n'est pas tout, ici les pêcheurs doivent également négocier quotidiennement avec les cruels caprices de la brèche pour espérer aller jeter leurs filets en haute mer. Et cela, souvent au prix de leur vie.

À cela, il faut encore ajouter les nombreux accrochages avec les garde-côtes mauritaniens qui ne se font pas prier pour mener la vie dure à ces acteurs incontournables de la vie économique de la vieille ville. La Sempiternelle question des Licences de Pêche et les accords signés entre les deux Etats (Mauritanie et Sénégal) sont perçus par les populations de Guet Ndar comme des chaînes attachées à leur cou.

La vieille ville compte aujourd'hui des dizaines de familles endeuillées. Des orphelins, des veuves, des papas et des mamans qui n'ont plus que l'argument immuable de la volonté divine pour leur éviter de craquer et d'éclater en sanglots, malgré une douleur perceptible à cent mille lieues.



Surpêche, Brèche et Emigration: Saint-Louis, une vieille ville endeuillée, frustrée et terrifiée (REPORTAGE)
Le phénomène de l'émigration clandestine n'a peut-être jamais connu une ampleur aussi tragique au Sénégal depuis les années 90 où les premières "pirogues de la mort" sont arrivées dans Les Canaries. Des centaines de disparus sont annoncées par les organisations internationales comme l'OIM (rattachée à l'ONU) et Alarm Phone. Et même si les autorités sénégalaises contestent les chiffres, il n'en demeure pas moins qu'entre Mbour, Dakar et Saint-Louis et bien d'autres localités du pays, plusieurs familles sont touchées par les récents drames en mer entre octobre et novembre. 

En se rendant dans la première capitale du Sénégal, PressAfrik a pu découvrir que le phénomène qui est en train de décimer la jeunesse sénégalaise a plusieurs soubassements, même s'il est parti des villages de pêcheurs. En effet, selon des sources établies dans Les Canaries rapportées par la presse, la majeure partie des migrants qui débarquent en Espagne par les pirogues sont des pêcheurs. Ces derniers, qui éprouvent d'énormes difficultés dans leur secteur d'activité, ont entraîné dans leurs dangereux périples d'autres jeunes qui s'activaient dans d'autres secteurs ou qui n'avaient aucun emploi.

Au quartier Pikine de Saint-Louis, par exemple, notre équipe a rencontré la veuve d'un certain Omar Sow, qui fait partie des 150 migrants dont la pirogue avait explosé en pleine mer. Elle confie que son mari porté disparu était livreur et s'en sortait pas mal. 

Dans une autre demeure endeuillée de la même localité, les parents d'une des victimes de l'émigration clandestine nous sont confiés que leur fils était un tailleur réputé qui avait fini de faire ses preuves jusqu'en Mauritanie. Ils ont d'ailleurs été surpris de l'annonce de son décès par l'émigration clandestine.

Le problème des Licences de pêche et la terreur de la Brèche
Les Licences de pêche octroyées aux navires industriels, les accords signés avec la Mauritanie et la Brèches sont les maux qui empêchent les Saint-Louisiens de dormir. Tous les acteurs de la Pêche interrogés sur la question de l'émigration clandestine ont évoqué ces trois problèmes comme étant les causes de la ruée des jeunes vers les "pirogues de la mort".
Selon le président de l'Association des pêcheurs de Guet Ndar, "rien que la brèche a tué au moins 400 pêcheurs depuis 2013".

Rencontrés juste après avoir débarqué d'une campagne en mer, de jeunes pêcheurs qui sont revenus avec un butin très insignifiant ont fustigé la présence des navires industriels et la persécution dont ils font l'objet de la part des gardes côtes mauritaniens. Quant aux notables de ce quartier de pêcheurs, ils n'apprécient guère qu'un officier et agent mauritanien installe ses bureaux dans leur quai de pêche pour ensuite leur dicter sa loi. 

C'est donc une ville endeuillée par l'émigration clandestine, frustrée par la surpêche des navires industriels, la persécution des gardes côtes mauritaniens et terrifiée par la Brèche qui fait de nombreuses victimes. Suivez ce reportage !


AYOBA FAYE & BABOYE DIA

Samedi 21 Novembre 2020 - 09:33


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