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Tchad: Abdoulaye Miskine condamné à 15 ans de prison ferme



Le verdict est tombé dans le procès d'Abdoulaye Miskine : l'ancien chef de guerre a été condamné mercredi 9 septembre 2026 à 15 ans de prison ferme. Ses trois coaccusés écopent, eux, de 10 ans et tous sont également condamnés à payer solidairement 30 millions de francs CFA à chacune des parties civiles.

Au Tchad, la cour criminelle du palais de justice de Ndjamena déclare le général Miskine coupable d’association de malfaiteurs, de sévices graves, de torture et d’assassinat et ses coaccusés sont reconnus complices de toutes ces infractions. Les trois co-accusés écopent de 10 ans de prison ferme et sont également condamnés à payer solidairement 30 millions de CFA à chacune des parties civiles, soit moins 1 milliard au total.
 
Ce procès, portant sur des faits commis en 2002 et 2003, est intimement lié à l’histoire récente des relations entre le Tchad et la Centrafrique. Il soulève des questions sur le rôle des parties civiles et l’influence du monde politique.
 
La procédure trouve son origine dans une plainte portée notamment par la Coordination des associations de la société civile et de défense des droits de l'homme (CASCIDHO), qui s’est constituée partie civile. Selon le chercheur Remadji Hoinathy, cette association de défense des droits humains est « alignée sur les positions de l’État ». Selon lui, elle permet au gouvernement de montrer qu’il « agit en faveur des droits de l’homme ».
 
Les accusés n'ont pas été jugés pour « crimes contre l'humanité »

Les parties civiles se réjouissent de voir Abdoulaye Miskine condamné et reconnu coupable. Ils se disent « soulagés » et prêts désormais à faire leur deuil. En revanche, leur avocat, Me Ahmat Adberhamane, est déçu de la somme qui sera versée aux victimes. Les avocats des parties civiles avaient demandé 25 milliards de dommages et intérêts, et la Cour ne leur accorde donc qu’un milliard.

Un autre point de frustration pour Me Ahmat Adberhamane : les accusés n’ont pas été jugés pour crimes contre l’humanité par une cour pourtant compétente en la matière, selon lui. « Cela ne signifie pas que les faits reprochés à Abdoulaye Miskine sont inexistants, mais ce procès aurait dû établir la responsabilité d’un accusé pour chaque infraction poursuivie », affirme un défenseur des droits de l’homme tchadien.
 
Une autre interrogation subsiste : pourquoi Abdoulaye Miskine est-il resté détenu près de sept ans au Tchad avant d’être jugé ? La circulation et, parfois, l’utilisation politique de chefs de guerre entre le Tchad et la Centrafrique ne sont pas nouvelles, ajoute Remadji Honaithy. Depuis l’apaisement des relations entre les deux pays, un transfert de prisonniers ou une remise aux autorités centrafricaines sont devenus envisageables, explique-t-il.
 
L'affaire sera portée devant la Cour suprême

Du côté des avocats d’Abdoulaye Miskine, Me Benjamin Mamgo Dibaye se dit « triste et déçu » par le verdict, puisqu'il estime que la loi tchadienne n’a pas été appliquée. Pour lui, malgré un dossier vide, « les juges n’ont pas été courageux et ils ont fait le jeu de la politique ».
 
Abdoulaye Miskine a déjà donné son accord pour porter l’affaire face à la Cour suprême. Me Benjamin Mamgo Dibaye annonce déposer le recours contre cette décision dès ce jeudi 10 septembre dans la matinée.

RFI

Jeudi 10 Septembre 2026 - 11:00


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