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Transport: les chauffeurs de «7 places» rejettent les nouveaux minibus de l’Etat

​Les chauffeurs de voitures « 7 places » n’accueillent pas favorablement la décision de l’Etat de remplacer leurs voitures par des minibus déjà réceptionnés par le président de la République, Macky Sall, le 30 septembre dernier. A la gare des Baux Maraichers, les avis sont unanimes. Ces chauffeurs demandent à l’Etat de les laisser continuer avec leurs voitures qui leur permettent d’assurer quelques charges familiales. Ces conducteurs de véhicules antédiluviens disent rencontrer beaucoup de difficultés sur les routes notamment une concurrence déloyale de voitures particulières se livrant au transport public de voyageurs sans que leurs propriétaires ne soient en règle sur le plan administratif.



Faire en sorte que les voitures dites 7 places disparaissent de la circulation à partir de 2022. Telle est la volonté de l’Etat. C’est dans ce cadre que le président de la République avait réceptionné, le 30 septembre, un premier lot de 300 minibus (voitures climatisées de quinze places, avec un confort aux normes) qui vont remplacer les vieux ’’7 places’’ assurant depuis des décennies le transport interurbain de passagers. Hélas, cette idée pourtant géniale du gouvernement de vouloir moderniser ce moyen de transport n’est pas bien accueillie par les chauffeurs de voitures « 7 places ».

A la gare des Baux Maraichers, la plus grande de la capitale, ces conducteurs affichent leurs plaintes et complaintes. Ils se gaussent d’abord de la manière « unilatérale », selon eux, dont l’Etat aurait procédé pour introduire ces minibus sans s’être concerté avec eux au préalable. Le vieux chauffeur Mor Diouf Wade s’active dans ce métier depuis 1968. Comme la plupart de ses collègues rencontrés, il soutient avoir entendu la nouvelle par voie de presse. « Je crois qu’il aurait fallu  pour  le  gouvernement  se  concerter avec  les acteurs concernés avant de prendre  la  décision  d’enlever  les  voitures  7 places des gares  et  les remplacer par  des minibus.  On n’a plus revu et entendu le ministre des Transports terrestres et des Infrastructures  routiers,  Oumar  Youm, depuis  qu’il  était      dans  cette  gare  pour nous  promettre  une aide alimentaire dans le cadre de  la covid-19. Depuis lors, on n’a reçu  ni  riz  encore  moins  un    quelconque soutien du ministre » se désole le chauffeur Mor Diouf Wade.

Face à la concurrence déloyale des voitures particulières sans règle !
Ces chauffeurs de voitures dites « 7places » disent rencontrer d’énormes difficultés dans leur métier. Notamment la concurrence déloyale des voitures particulières ne disposant pas des papiers requis pour se livrer au transport public de voyageurs. Des véhicules qui stationnent aux abords des routes et des gares routières officiellement et bradent les prix de transport. Leurs conducteurs interceptent ceux qui désirent voyager, ce qui fait que les clients se font rares dans les gares routières officielles. L’image est bien perceptible à la gare des Baux Maraichers, la plus grande de la capitale.

Dans la partie réservée aux voitures 7 places, le client se fait désirer. Conséquences : leurs conducteurs peinent à remplir leurs voitures. Si, en temps normal, une telle opération prenait quelques heures, voire des minutes pour certaines destinations très courues, depuis l’apparition des « Allô Saint-Louis », « Allô Kaolack », « Allô Thiès » et autres, il n’est pas rare que les chauffeurs de « sept places » passent des journées entières assis sur les bancs installés dans leur parking sans effectuer un seul voyage. « Nous rencontrons beaucoup de difficultés dans ce métier. Les voitures particulières sans papiers nous livrent une concurrence déloyale sur les routes. Et l’Etat ne fait rien pour  arrêter  cela.  Nous  qui  sommes  en règle,  les forces de l’ordre nous rendent la  vie  difficile  lors  des  navettes.  Chaque voiture  qui    quitte  cette  gare  doit  payer une quittance, selon la destination. Si c’est pour Mbour, tu paies 700F. Nous payons également des frais d’assurance. Déjà, ce secteur  rencontre  d’énormes  difficultés. L’arrivée des minibus ne fera qu’empirer les choses.  Car  nous  savons  très  bien    que nous ne les recevrons pas gratuitement. Or, avec  nos  propres  voitures  7  places,  on  est quand-même assuré d’avoir quelque chose. Pourquoi l’Etat veut-il nous rendre la vie difficile en voulant nous imposer par la force ces minibus d’ici 2 ans ? On veut nous imposer des minibus à travers une sorte de prêt   pour lequel  on sera obligé de verser une somme chaque fin du mois. Ça sera très difficile pour nous, chauffeurs et pères de famille. Ce  d’autant  plus  que  nous  avons    beaucoup  de charges à assurer. Par exemple, si on n’arrive même pas à avoir 100 000 F par mois et que l’Etat nous impose de payer 200 000 francs, comment va-t-on se débrouiller pour payer cette somme ? Qu’on nous laisse avec nos 7 places, c’est mieux ! » estime le vieux Mor Diouf Wade.

L’Etat appelé à faire marche arrière sur sa décision !
Déthié Dieng conduit lui aussi un « 7 places ». Visage crispé, le jeune homme, âgé d’une trentaine d’années, jette des regards dans tous les coins de la gare en quête de clients. Il reste encore quatre places à pourvoir dans son véhicule pour le départ sur Mbour. A l’en croire, l’Etat veut leur ôter du pain de la bouche en enlevant leurs voitures 7 places de la circulation. « On risque d’aller en  chômage    avec  ce  renouvellement  des « sept places ». J’ai   vu  ces minibus à la télé. Certes, il y a du confort, mais on risque de payer très  cher pour les avoir. Déjà certains avancent  des sommes de 15 à 45 millions qu’il faut décaisser pour avoir un de ces bus. Vous vous rendez compte,  c’est énorme ça ! Un chauffeur qui reste des jours sans travailler comment il va trouver cet argent ? Il faut que les autorités revoient cette idée de vouloir nous imposer ces minibus. On rencontre d’énormes  difficultés  dans ce métier. Quand votre véhicule est en panne, vous pouvez rester des jours sans pouvoir le réparer faute d’argent. Ceci n’est que l’une des difficultés auxquelles nous faisons face parfois. Les policiers nous mènent la vie dure  sur les routes. Qu’on nous laisse continuer avec nos propres voitures 7 places. C’est mieux »!   déclare de son côté Déthié Dieng.

Effectuant régulièrement le trajet Dakar-Mbour, le chauffeur Abdoulaye Diop soutient rester parfois deux jours sans pouvoir remplir son véhicule. « Il fallait se concerter avec les chauffeurs avant de décider subitement  de remplacer les voitures 7 places par de nouveaux minibus. Dans presque toutes les gares routières du pays, les chauffeurs ne travaillent  plus.  Je  conduis  sur  l’itinéraire Dakar-Mbour et Dakar-Saint Louis. Souvent, on  peine  à  avoir  nombre de places requis. Et si vous prenez le prix du carburant, il  ne nous restera pratiquement rien sans compter la restauration. Ceci  est  dû  au  nombre  pléthorique  de clandos dans le pays. Et maintenant,  on veut nous donner des minibus que   nous devons rembourser.  Les  voitures    particulières  qui nous concurrencent sont stationnées un peu partout  à  Bountou  Pikine,  au  croisement Camberène  et à   la  Patte d’oie. Donc, si on laisse de côté  tous ces facteurs dans  le secteur  du  transport  pour vouloir changer les voitures 7 places  qui coûteront  une fortune aux chauffeurs, ça sera très très compliqué pour nous » soutient Abdoulaye Diop.

A propos de ce renouvellement des voitures sept places pour lequel les chauffeurs émettent des réserves, nos tentatives d’’entrer en contact avec le ministère des Transports terrestres, notamment le directeur des Transports routiers, Cheikh Oumar Guèye, ont été vaines. Ce dernier, après plusieurs appels infructueux n’a cessé d’envoyer des messages pour dire qu’il est très occupé « par mes réunions ». On ne désespère pas de pouvoir recueillir son point de vue !

Le Témoin

AYOBA FAYE

Mardi 20 Octobre 2020 - 12:09


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