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Accusations de complot en Jordanie : le populaire prince Hamza au cœur d'une affaire trouble

Le roi Abdallah II a indiqué, mercredi, que l'affaire qui a secoué la Jordanie ces derniers jours, celle d'un complot présumé, dont le protagoniste serait l'ancien prince héritier Hamza, était résolue. Mais si son demi-frère est rentré dans le rang en lui jurant "fidélité", il n'a pas pour autant renié ses critiques contre le pouvoir. Décryptage.



La monarchie jordanienne a semble-t-il réussi à éteindre l'incendie provoqué ces derniers jours par cette tentative de "déstabilisation du pays" dans laquelle le pouvoir accuse le prince Hamza, demi-frère du roi Abdallah II, d'être impliqué.
 
Le monarque l'a assuré, mercredi 7 avril, en affirmant que la crise qui a ébranlé le royaume était "terminée". "Je vous assure que la sédition a été étouffée dans l’œuf", a-t-il indiqué dans un message lu en son nom par un présentateur de la télévision publique. "Le défi de ces derniers jours n'a pas été le plus dangereux pour la stabilité du pays, mais il a été le plus douloureux pour moi car les parties impliquées dans cette sédition étaient de notre maison et de l'extérieur", a-t-il souligné.
 
En début de semaine, à la suite d'une réunion familiale organisée par le prince Hassan, frère de l'ex-roi Hussein et oncle de l'actuel souverain hachémite, le prince Hamza a de son côté prêté allégeance à la couronne dans une lettre, diffusée lundi par le palais, dans laquelle il promettait de "toujours soutenir le roi et le prince héritier".
 
Mais l’affaire semble loin d’être close en raison de ses nombreuses zones d'ombre et des interrogations qu’elle laisse en suspens, notamment à propos de l’implication du prince Hamza qui, selon la version officielle, est toujours le personnage central du "complot" présumé. Il reste très difficile de comprendre ce qu’il s’est réellement passé en Jordanie, d’autant plus que la justice a interdit la publication de toute information sur l'affaire "par souci de respecter le secret de l'enquête des services de sécurité concernant le prince Hamza et d'autres".
 
"Cette affaire sera toujours l’objet de doutes tant que les informations concernant les acteurs jordaniens et étrangers du complot mentionnés par le gouvernement et la vérité sur le rôle joué par le prince Hamza n’auront pas été dévoilés", confie à France 24 l'analyste Oraib Al-Rantaoui, directeur d'Al-Qods Center for Policy Studies, un think-tank basé à Amman.
 
Pour les observateurs jordaniens, il est peu probable qu’un "coup d'État" était réellement en préparation. Et pour cause : selon Oraib Al-Rantaoui, tous les appareils sécuritaires et militaires, sans lesquels aucun putsch ne peut avoir lieu, sont loyaux et sous le contrôle du roi Abdallah II, lui-même très populaire dans le pays.
 
"Il s’agit sans doute de dissensions dans la famille royale qui ont été étalées au grand jour et il semble qu’il y a eu une escalade du côté du prince Hamza à laquelle l’État a répondu par une escalade", poursuit-il.
 
Oraib Al-Rantaoui estime que la médiation familiale et la lettre d’allégeance signée par le prince Hamza ont permis d’éviter un envenimement de la crise et de sauvegarder la stabilité et l’image de la monarchie. "Sachant qu’au final il n’y avait que deux solutions pour y mettre un terme : soit le prince Hamza acceptait de régler le conflit au sein de la famille, soit il allait devoir répondre d’accusations très graves devant les tribunaux", dit-il.
 
Un prince héritier déchu mais très populaire
 
Le prince Hamza, qui a été un temps, entre 1999 et 2004, prince héritier de Jordanie, était programmé pour régner après son demi-frère Abdallah II, jusqu’à ce que ce dernier, désireux de consolider son pouvoir et d’assurer l’avenir de sa lignée, ne le remplace par son fils aîné, prénommé Hussein.
 
Âgé de 41 ans et formé à l'académie militaire de Sandhurst, en Grande-Bretagne, le prince Hamza, né de l’union du roi Hussein et de la reine Noor, avait une place privilégiée dans le cœur de son père, figure tutélaire des Jordaniens. Ce dernier n'avait pas fait mystère de son désir de voir un jour son dernier fils, qui est physiquement sa copie conforme, monter sur le trône. Mais, pour nommer Hamza prince héritier, le monarque aurait dû modifier la Constitution jordanienne, puisque celle-ci ne permet de choisir qu'entre le fils aîné du souverain et l'un de ses frères. Ce qu’il a renoncé à faire au crépuscule de sa vie.
 
S'il avait pu être frustré par la perte de son rang dans l’ordre de succession, le prince Hamza n’avait pas fait, publiquement du moins, de vague à l’époque. Très apprécié par les Jordaniens, il a toujours eu du crédit en Jordanie où, même sans aucune fonction politique, il reste actif sur la scène publique et entretient, comme son défunt père, des relations privilégiées avec les plus influentes tribus jordaniennes.
 
Diabolisé par le gouvernement qui l’a mis en cause dans cette affaire de complot, son prestige a été écorné. Mais il a calmement nié les allégations à son encontre et a accusé en retour le pouvoir de "corruption" et d'"incompétence", dans des vidéos diffusées dans les médias avant la médiation familiale, vidéos qui lui ont valu de nombreux messages de soutien sur les réseaux sociaux. Il a également dénoncé l’intensification de la répression politique dans le pays, où le 24 mars, plusieurs dizaines d’opposants ont été arrêtés au cours de rassemblements commémorant l’anniversaire du Printemps arabe.
 
"Ce n'est pas moi qui suis responsable de l'effondrement de la gouvernance, de la corruption et de l'incompétence qui sont omniprésentes dans les structures dirigeantes de ce pays depuis ces 15 à 20 dernières années", avait-il déclaré dans une de ses vidéos. "On est arrivé au point que plus personne n'est autorisé à parler ou à exprimer une opinion sur quelque sujet que ce soit, sans être intimidé, arrêté, harcelé ou menacé", a-t-il encore asséné, dans une cinglante attaque contre le pouvoir.
 
"Des positions proches de l'opposition"
 
"Si le prince Hamza a accepté de signer une lettre d’allégeance au roi et au prince héritier, cette signature ne met pas un terme à l’affaire puisqu’il a clairement exprimé son point de vue politique dans les vidéos qui ont été publiées depuis quelques jours", indique Alaa al-Faraa, un activiste politique jordanien en exil en France, joint par France 24. Il est vrai que le prince Hamza n'a toujours pas fait, jusqu'ici, amende honorable pour ses critiques contre le pouvoir.
 
Le roi Abdallah II a-t-il considéré comme une attaque personnelle la liberté de ton et les griefs énoncés ces derniers temps par son demi-frère, qui a également reconnu avoir été présent à des meetings où le pouvoir a été critiqué ? Le prince Hamza "jouait depuis un certain temps sa propre partition politique et affichait des positions proches de l'opposition", indique Oraib Al-Rantaoui.
 
Interrogé par l’AFP, le politologue Labib Kamhawi rappelle de son côté que "le prince Hamza bénéficie d'une grande popularité parmi la jeunesse et les tribus auxquelles il rendait régulièrement visite. Cela a été interprété par le palais comme une tentative de capter la base du régime, mettant en danger (...) la stabilité" du trône.
 
Reste à savoir si cette interprétation a conduit le gouvernement à accuser le jeune prince de complot visant à déstabiliser le pays avec la complicité d'une puissance étrangère. "Les Jordaniens se demandent encore pourquoi, s’il s’agissait d’un différend familial au final rapidement réglé par une médiation interne, cette affaire a pris de telles proportions au point d’évoquer un danger imminent pour la Jordanie et des ingérences étrangères", s'interroge Alaa al-Faraa.
 
Selon cet opposant, l’objectif de toute cette affaire était "de porter atteinte à la popularité et au capital sympathie du prince Hamza" qui avait récemment critiqué "les politiques menées par le gouvernement et le niveau de corruption dans le pays, ce que dénonce aussi une partie de la population".
 
En attendant que le black-out médiatique sur cet épisode de l’histoire hachémite soit levé, et que les enquêteurs en disent plus, il n’en reste pas moins que le scandale qui a éclaté au grand jour risque de laisser des traces en Jordanie, où cette affaire est un évènement sans précédent, rappelle Oraib Al-Rantaoui. "Alors même que les rivalités et les différends ont toujours existé au sein de la famille royale, ils ont toujours été réglés par le dialogue, discrètement à l’intérieur de la famille, sans médiatisation ni violence", précise-t-il.
 
Une affaire de complot et de sédition qui tombe au plus mal alors que la Jordanie est sur le point de fêter, le 11 avril, le centième anniversaire du royaume hachémite, et qu'elle se targue d’être le pays arabe le plus stable du Proche-Orient.

France24

Jeudi 8 Avril 2021 - 09:33


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