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Chronique: Empreintes indélébiles



Le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade initiateur du FESMAN et d'autres grands projets pour la postérité
Le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade initiateur du FESMAN et d'autres grands projets pour la postérité
Tout d’abord cette remarque assez renversante d’un ami sur la polémique autour du report ou non du Festival mondial des arts nègres (FESMAN) jusqu’en 2011. Il dit ceci : « Si c’est le ministre de l’Information qui a démenti, c’est donc vrai que le Fesman sera reporté ». Pris au premier degré, ce commentaire prête à sourire, mais il est aussi révélateur de cette propension que nos officiels ont à nous servir des démentis qui se révèlent être en fait des confirmations à retardement. On se rappelle encore la sortie du prédécesseur de Moustapha Guirassy, Aziz Sow, sur les émeutes de Kédougou.

C’est dire donc que c’est le flou artistique (c’est sans jeu de mots avec le Fesman) qui est entretenu au sujet de la tenue de ce grand évènement culturel en décembre. A moins que Me Wade, qui a suggéré le report, par un lapsus forcément révélateur, ne soit en train de chercher le bon moment et le bon prétexte pour annoncer la décision de renvoyer le Fesman jusqu’en 2011. Au cas échéant, ce sera le quatrième renvoi d’un évènement culturel, présenté comme grandiose et que les Sénégalais ont du mal à s’approprier. Le chef de l’Etat lui-même en avait fait la remarque aux organisateurs lors d’un Conseil interministériel le 9 juin dernier. Mais les Sénégalais ont-ils vraiment la tête à faire la fête en ce moment? Entre la hausse des factures d’une électricité qu’ils ont à peine consommée, les inondations, la crise chronique dans le secteur de l’éducation, ils ont certainement mieux à faire. Et puis à quoi va vraiment servir un Festival mondial des arts nègres dans un pays où la culture est en hibernation. Le pays ne compte plus de salles de cinéma fonctionnelles, la dernière rencontre cinématographique tenue à Dakar remonte à au moins 10 ans, les écrivains ont même oublié quand est-ce qu’a été attribué pour la dernière fois le Grand Prix du chef de l’Etat pour les Lettres, itou pour celui pour les Arts. Il n’y a, en réalité, plus aucune infrastructure culturelle digne de ce nom au Sénégal. La musique, les arts plastiques, le théâtre, entre autres, sont tous dans un état indigne d’un pays qui fut jadis une référence dans tous ces domaines. Si le Fesman doit permettre de raviver la culture sénégalaise, alors tant mieux. Mais encore faudrait-il réussir le pari de l’organisation. Et la polémique qui est née entre les artistes en ce qui concerne le Fesman Tour, qui vise à détecter les jeunes talents qui doivent participer au festival (à 5 mois de l’évènement ?) ne rassure guère.

Cela dit, l’idée du report n’est pas une simple vue de l’esprit et cela fait même plusieurs semaines maintenant qu’elle est agitée. Mais tant que ce n’était que des acteurs culturels, comme Ely Charles Moreau, qui le demandaient par presse interposée, on pouvait penser qu’il s’agit de quelques mécontents, frustrés de ne pas se sentir suffisamment impliqués dans l’organisation de ce qui se veut un grand rendez-vous culturel de l’Afrique et de sa Diaspora. Mais quand c’est l’architecte conseil du Président de la République, Pierre Goudiaby Atépa, en personne qui enfonce le clou mettant même en doute la capacité, des personnes à qui on a confié l’organisation du Fesman, à mettre en œuvre un évènement d’une telle envergure, on se dit que la messe est dite. Pour Pierre Goudiaby, en effet, Wade ne peut se permettre de rater son festival, et le reporter à 2011, c’est se donner plus de temps et plus de chance d’en faire un succès éclatant, pour permettre à Me Wade, qui doit quitter le pouvoir en 2012 (C’est Atépa qui le dit dans une interview accordée au journal Le Quotidien), de partir par la grande porte. Un argument qui a sans nul doute convaincu le Président de la République. Me Abdoulaye Wade sait qu’il ne restera pas à la tête du Sénégal aussi longtemps que Senghor et Diouf, qui ont chacun fait 20 ans. Alors, il ne lui reste plus qu’à laisser à la postérité des traces de son passage. D’où toutes ses œuvres que le temps aura du mal à effacer. La Porte du Millénaire, le Monument de la Renaissance africaine, la statue Demba et Dupont, l’Aéroport international Blaise Diagne, projets grandioses, parfois fantaisistes, tout le temps controversés et qui sont autant d’empreintes indélébiles que Wade entend laisser à la postérité comme preuve de son passage à la tête du pays mais aussi comme symbole d’une présidence qui n’est pas et qui ne sera jamais comme les autres.
Samba Jalimpa Badji
Rédacteur en Chef de la Radio Océan FM

Samba Jalimpa Badji

Jeudi 16 Juillet 2009 - 14:04


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