Connectez-vous S'inscrire
PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)


PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)



Chronique: la révolte des vieux



Le président de l'IAAF, Lamine Diack
Le président de l'IAAF, Lamine Diack
Le président de la Fédération internationale d’athlétisme est devenu la nouvelle coqueluche de la presse. Les journalistes épient ses moindres déclarations qui sont aussitôt reprises dans leurs organes. La dernière interview que Lamine Diack a accordée à la chaîne de télévision 2sTv a ainsi fait l’effet d’un buzz, puisqu’ayant fait les choux gras de toute la presse sénégalaise le lendemain. Dans l’entretien, le président de l’Iaaf a abordé beaucoup de sujet, dont le sport naturellement puisque c’est son élément. Pourtant ce n’est pas ce qui a le plus intéressé les journalistes, qui ont plutôt porté leur choix sur d’autres déclarations de Lamine Diack qui avaient plus de relents politiques.

Il faut nous comprendre nous les journalistes, nous raffolons des déclarations fortes et des phrases chocs. Et c’est le cas de le dire, il a mis les pieds dans le plat, Lamine Diack, et jeté un gros pavé dans la marre d’Abdoulaye Wade. Par exemple sur la volonté prêtée au chef de l’Etat de se faire succéder par son fils Karim Wade, Lamine Diack dit ceci : « C’est une plaisanterie que de penser à la dévolution monarchique du pouvoir. Cela ne passera pas. Nous avons un régime présidentiel avec un président qui fait ce qu’il veut mais, la royauté c’est fini ! » Il y a un peu plus d’un an, celui qui fut maire de Dakar tenait exactement les mêmes propos, soulignant que jamais les gens de sa génération (presque la même que Me Wade) n’accepteront une telle forfaiture.

Cela sonne comme une révolte. Une révolte de gens, dont la plupart sont à la retraite ou en ont l’âge et qui depuis 2000 préféraient une posture de spectateurs à celle d’acteur de la vie sociopolitique. Ils étaient en tout très en retrait de la vie active sénégalaise. Et voilà que tout d’un coup, ils montent de plus en plus au créneau pour donner leur opinion sur la marche du pays, et n’hésite pas à occuper donc le devant de la scène médiatique. C’est le cas d’Amadou Makhtar Mbow, qui est sorti d’une longue réserve pour aller présider les Assises nationales. Ce qui lui vaut aujourd’hui un procès d’intention injuste et de basses attaques qu’il ne mérite pas, vu ce qu’il continue de représenter dans ce pays. En tout cas, cette révolte des vieux, toute passionnante qu’elle est, intrigue. D’autant qu’il vient de gens qu’ont croyaient à la retraite ou tout au moins en retrait de la vie politique active. Pourquoi subitement se rappeler au bon souvenir des Sénégalais, en prenant de plus en plus position pour dénoncer ce qui apparait à leurs yeux, et à ceux de beaucoup de Sénégalais, comme des dérives du pouvoir.

Leur montée au front, et particulièrement celle de Lamine Diack, parce que c’est lui qui est le plus en vue ces derniers temps, ne peuvent pas être gratuites et ne doivent pas être prises à la légère. Ces « vieux » ne sont pas n’importe qui. Ils ont occupé de très hautes fonctions dans ce pays. Ce qui les rend d’ailleurs comptables du bilan des 40 ans de gestion du régime socialiste, mais ne les disqualifie pas non plus pour parler de la marche du pays et dénoncer ce qu’ils croient être des erreurs, fautes ou échecs. Mais pourquoi, depuis 2000, c’est seulement maintenant qu’ils sortent de leur réserve ?

Considèrent-ils que le pays soit arrivé à un point de rupture, un point de non retour ? Au point que se taire serait coupable. On peut donc considérer que ces anciens ont décidé de réagir et d’agir pour éviter que le pays ne connaisse le même destin tragique que certains de nos voisins de la sous-région. Ils auraient forcé quelque chose à se reprocher pour n’avoir rien fait et rien dit. Et à y regarder de plus près, ils sont peut-être les seuls à pouvoir arrêter Me Wade ou en tout cas à se faire écouter de lui. Ils sont tous de sa génération, beaucoup d’entre eux n’attendent absolument rien de lui en terme d’avantages matériels ou de strapontins, ils sont au moins aussi diplômés que lui et certains occupent encore (ou ont déjà occupé) de hautes fonctions dans les plus grandes instances internationales et leur promotion ne dépend pas de lui. Et Wade éprouverait, peut-être quelque gène à les persécuter. Ce qui fait d’eux les personnes les mieux placées pour pouvoir dire, sans réserve, certaines choses au chef de l’Etat.
L’autre hypothèse qui peut être utilisée pour expliquer cette révolte des vieux par du constat qu’ils sont presque tous d’anciens caciques du parti socialiste, ces vieux qui se révoltent et qu’ils viennent prêter main forte à leurs jeunes frères dans l’opposition, qui tiennent difficilement tête à Abdoulaye Wade.

C’est sans nul doute ce raccourci dans l’analyse qui est privilégié par des libéraux, comme le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, le ministre de la jeunesse et des sports Mamadou Lamine Keïta et tout récemment le ministre de l’Habitat Oumar Sarr, qui ont pris leur plume et élevé la voix pour s’en prendre à Amadou Makhtar Mbow, de manière peu honorable pour eux, pour avoir accepté de présider les Assises nationales. Les Assises d’ailleurs, qui selon le chef du gouvernement ne sont que les retrouvailles d’anciens socialistes éclatés dans plusieurs partis politiques de l’opposition. Tout laisse donc croire que ces vieux n’inspirent pas confiance aux tenants du pouvoir actuel. Ils leur inspirent peut-être de la peur. Abdou Diouf ayant perdu la présidentielle 2000 grâce à une mobilisation exceptionnelle de la jeunesse, ils se disent certainement que leur pouvoir pourrait chanceler avec ces vieux qui sonnent la révolte.

Et puis ce constat anodin à première et qui pourtant intrigue : on a beau y regarder de près, on ne voit pas dans l’entourage du Président de la République quelqu’un de la même génération que lui. Aussi bien l’Assemblée nationale, le Sénat que le Conseil économique et social, plus récemment, sont dirigés par des hommes qui peuvent être ses enfants. Idem pour ses ministres et ses conseillers. Son parti, n’en parlons pas. Alors qui pour le regarder dans les yeux et lui dire certaines vérités ?
Samba Dialimpa BADJI
Rédacteur en Chef
Océan FM
www.oceanfm.sn

Samba Jalimpa Badji

Vendredi 14 Août 2009 - 01:53


div id="taboola-below-article-thumbnails">

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter