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Cinéma: «Father’s Day» au Rwanda, quel rôle pour les hommes, les pères, les génocidaires?

Un film très pudique sur les conséquences néfastes du génocide contre les Tutsis par rapport au rôle des hommes d’aujourd’hui. Avec « Father’s Day », présenté ce jeudi 23 juin en avant-première au Centre Pompidou-Paris, le réalisateur rwandais Kivu Ruhorahoza questionne la crise de la paternité dans son pays d’origine.



Cinéma: «Father’s Day» au Rwanda, quel rôle pour les hommes, les pères, les génocidaires?
« Pour qui écrit-on ? Je voulais faire un film 100 % made in Rwanda », explique avec fierté Kivu Ruhorahoza. Avec un budget de 50 000 dollars, soutenu par Gaël Faye, Dida Nibagwire et Iyugi Prods pour la production, le cinéaste a réussi à faire bouger des montagnes pour rendre l’impossible possible, tourner en kinyarwanda, la langue locale, un film sur l’écroulement des valeurs liées au patriarcat après le génocide de 1994.  
 
« J’ai choisi des acteurs rwandais qui travaillent souvent dans des séries télé ou sur YouTube. Je voulais voir ces stars locales sur grand écran. C’est un film, une histoire pour les Rwandais. Les dialogues n’ont pas été écrits en anglais pour être traduits en kinyarwanda, comme nous le faisons malheureusement souvent. La plupart des cinéastes africains le font, pour demander des fonds étrangers pour la coproduction. Je voulais avoir un film le plus authentique possible. Et cela veut dire de s’éloigner le plus possible des sources d’aliénation. »
 
« Un film sur le présent »
Après la première mondiale en février à la prestigieuse Berlinale, suivi d’un accueil au Museum of Modern Arts et au Lincoln Center à New York, ainsi du Prix Silver Lady Arimaguada au LPA Film Festival, Father’s Day continue sa tournée d’avant-premières aujourd’hui au Centre Pompidou-Paris, accompagné d’un échange en ligne avec Kivu Ruhorahoza.
 
« Ce n’est pas un film sur le passé. Au contraire, c’est un film sur le présent, sur le quotidien des Rwandais aujourd’hui. Mais ce passé traumatisant reste toujours en filigrane, c’est toujours un arrière-plan. C’est comme une musique de fond - qui n’est pas perturbante aujourd’hui -, mais qui nous rappelle nos difficultés et nos traumatismes qui trouvent leurs origines dans un passé pas très lointain. Je n’ai pas voulu être didactique avec notre passé qui s’invite souvent dans nos actions et nos relations actuelles, mais c’est beaucoup plus un film sur le présent et les jeunes d’aujourd’hui au Rwanda. »
 
Les traumatismes d'une société
Comme dans ses précédents films, Ruhorahoza explore les traumatismes d’une société. En 2011, Grey Matter, son premier long métrage et l’un des tout premiers longs métrages écrit et réalisé par un Rwandais, suit un cinéaste africain qui se bat pour réaliser son premier film, Le cycle du cafard, dans un pays encore traumatisé par la guerre. En 2019, dans Europa, « Based On A True Story », Ruhorahoza pointe les tensions sociales et la xénophobie montante au Royaume-Uni et en Europe. Dans Father’s Day, il raconte avec beaucoup de retenue la déflagration des valeurs côté hommes. Car la majorité absolue des actes de violence et des meurtres pendant le génocide ont été commis par des hommes, obligés après de fuir le pays ou aller en prison.
 
Mais, au lieu d’aborder frontalement le sujet, Ruhorahoza a écrit un scénario qui fait apparaître de façon énigmatique trois types de pères très différents : le premier n’a jamais accepté le rôle de père pour le fils de sa femme. Le deuxième, né dans la rue, s’avère trop violent et incompétent pour transmettre de véritables valeurs à son fils. Et le troisième père est rejeté par sa fille à cause de son passé sanglant et meurtrier.
 
Trois types de pères
« C’est un père d’un certain âge. Il était forcément là pendant les nombreux épisodes qui nous ont amenés à la grande tragédie de 1994. C’est un passé avec lequel il faut faire avec. Il faut savoir passer à autre chose. Elle ne doit peut-être pas tuer – symboliquement – le père, mais le laisser mourir et faire sa vie. Au Rwanda, nous vivons dans une société où il y a beaucoup de personnes qui sont passées par la case prison avec des peines de vingt ans. Après, il faut construire la société, aussi avec des gens avec un passé plus que trouble. D’autres n’étaient jamais en prison, faute de preuves suffisamment établies. Ce genre de père est très présent dans notre société. »
 
Dans ce pays marqué aujourd’hui par une paternité remise en question, voire absente, ce sont les femmes qui ont souvent pris la place pour bâtir une société plus juste et viable. C’est donc sans surprise que ce sont elles qui tiennent le rôle central dans ce film pourtant consacré aux pères : « Je voulais faire un portrait sincère, sans de grands discours sur les femmes dans la société rwandaise. Je voulais faire quelque chose d’authentique et d’assez ordinaire. »


RFI

Jeudi 23 Juin 2022 - 09:41


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