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Contribution de Paap Meissa DIENG, sur la crise écologique au Sénégal



Contribution de Paap Meissa DIENG, sur la crise écologique au Sénégal
La crise écologique va obliger à des choix de société si drastiques que les régimes démocratiques risquent de ne pas résister longtemps face aux solutions autoritaires ». Le recours à une « tyrannie bienveillante » pour faire face aux défis écologiques, peut assombrir l’avenir. Nous ne devons pas, pour autant, céder à l’autoritarisme ou même au fatalisme du « On n’a pas le choix ».

Il n’a pas de changement possible sans changement de paradigme : il nous faut aujourd’hui procéder à un saut qualitatif vers le meilleur pour notre société et pour les équilibres respectés de la planète grâce à ce salutaire passage à échelle  qui consiste à sortir de la logique du capital et de la concurrence libre et non faussée pour nous inscrire dans la seule alternative qui vaille : la  logique de résilience, des communs, de la solidarité et du « bien vivre ensemble ».

L’alternative que voilà est la seule qui nous permet à cette fatidique question : comment être un peuple avec une volonté commune, et partagée face à une sédimentation des effets pervers du fiasco sociopolitique, avec son corollaire de misères économiques et déshérences sociales et culturelles?

UN DÉBAT DIFFICILE … SANS DÉBAT !
Agir concrètement dans l’économie ? Responsabilité sociale des Entreprises ? Croissance qualitative ? Green business ? Impact sociétal ? ...Des efforts importants ont, certes, été initiés par le gouvernement actuel du Sénégal, mais ils  ne sont, toujours pas, à la hauteur de l’urgence climatique. 

Et ces efforts seront sans conséquences positives durables et ils risquent même d’être annihilés, si ils ne sont pas soutenus pour une volonté collective et franche de toutes et de tous, à l’échelle de la planète, de sortir du modèle pernicieux de consommation qui continue de faire de la combustion de l’énergie fossile produisant du dioxyde de carbone et du protoxyde d'azote aux conséquences désastreuses et inégalement réparties.

Au-delà des bouleversements environnementaux (fonte des glaces, perte biodiversité, inondations et sécheresse, phénomènes météo extrêmes…), le changement climatique accentue avec des situations précaires de tout ordre pour les populations les plus démunies, et il va encore renforcer les phénomènes migratoires et la fracture sociale et économique entre le Nord et le Sud.
Nos institutions démocratiques ont l’obligation de relever le défi politique que constitue la mise en œuvre des politiques écologiquement identifiées.

Le concept d’“inversion des raretés” utilisé par les environnementalistes, traduit en acte de gouvernement, permet de répondre aux nouvelles exigences écologiques et de caractériser institutionnellement le monde qui va advenir de la transition écologique réussie. La mise en œuvre politique du concept d’“inversion des raretés” est la seule possibilité, à nous,  donnée d’appréhender autrement les défis originaux du gouvernement représentatif. C’est à dire de ces trois grands défis majeurs relatifs à la territorialité, à la temporalité, et à la gouvernance de la technoscience.

 Relativement à la territorialité, nous devons nous demander, si le cadre de l’Etat, naguère de la philosophie du contrat (selon lequel il convient de permettre à chacun de produire et de consommer le plus possible), est encore apte à abriter le nouvel équilibre, à inventer entre les droits de l’individu, les biens publics en question, et plus largement l’intérêt collectif ?

Pour l’observance de cette nouvelle conception de l’intérêt collectif et pour son existence future qui ne sont plus seulement menacées par d’autres États, la confiance en l’État est incontournable.
Mais par le pouvoir que l’humanité a acquis sur la biosphère et ses mécanismes régulateurs, la forme de cet État doit rester démocratique. La territorialité garantit certes le développement de normes requérant des changements dont les bénéfices n’iront pas aux populations situées en dehors de leur district électoral. 
Cependant, les problèmes environnementaux ont, comme le changement climatique, la caractéristique de ne pas être territorialement contenus.
  Dans cette quête de légitimation, le défi temporel interpelle à la fois le présent et le passé que l’on retrouve dans la conception institutionnelle, de Benjamin Constant lorsqu’il fait la distinction entre les deux chambres, l’une représentant l’opinion actuelle par une assemblée d’élus, l’autre représentant, la continuité et le long terme grâce à une assemblée héréditaire.
Dans les faits, les chambres hautes ont plutôt résisté à l’innovation au nom de la propriété,
de la tradition, de la continuité et de la liberté, qu’elles auraient dû anticiper sur des changements originaux. 
La massive prégnance du phénomène du changement climatique a montré toutes les limites de ce qu’un défaut ou un déficit d’anticipationcomme celle-là peut engendrer comme conséquences parmi les plus dommageables. Pour dire combien sont pertinentes et bien fondées ces questions de prédiction, de précaution et d’innovation et de créativité écocitoyenne, parmi tant d’autres, agitées par l’écologie politique et les militants ( les vrais) aux quatre coins du globe qui les portent.
Confrontés à ces défis, les  dirigeants des pays modernes ont à faire des choix difficiles, parfois politiquement impossibles, surtout devant le gouvernement de la technoscience.

Le gouvernement de la technoscience, en ne fournissant que des faits et des outils qui risquent d’orienter le jugement des représentants en faveur de ses propres orientations, offre un modèle de représentation qui s’est accommodé de cette révolution en ne changeant que marginalement le mode opératoire de représentation classique.
La technoscience constitue en effet, simultanément une part importante de la crise environnementale, celle des causes, et une part nécessaire mais non suffisante, de la solution. 

 Comme le fut l’approche moderne transgressive et transformatrice du monde qui avait subverti la cosmologie antique, et avec elle, la conception antique de la liberté, une conception écologiquement informée de la nature, considère les limites, l’incertitude et la prudence, et fait appel à de nouvelles relations entre la science et la volonté populaire.

       Il y a donc un conflit entre réponses au défi écologique et prémisses organisationnelles et éthiques du gouvernement représentatif moderne.

 En réponse à ces nouveaux contours institutionnels, de territorialité, de temporalité, et de gouvernance de la technoscience, l’aggravation des problèmes environnementaux globaux comme le changement climatique, crée de nouvelles pratiques et de nouvelles tensions favorisant la réglementation supranationale. 
L’accroissement des accords internationaux, et de la législation environnementale régionale prouvent que la prévention des dommages environnementaux exige de transcender les territoires et la compétence territoriale sur lesquels, la représentation moderne s’est construite. 

Cependant, dans un avenir prévisible, et quelles que soient les formes que prendront les institutions internationales, la représentation moderne, même si elle a déjà commencé à se métamorphoser, ne va pas disparaître. Elle coexistera – et nécessairement de façon concurrentielle – avec les institutions internationales. 

Dans ce contexte, deux voies s’offrent à nous : La poursuite du développement d’institutions supranationales représentatives et, la démocratie écologique.

Mais, en vérité, ce modèle de représentation supranational met peut-être plus en lumière les difficultés à reconstruire la représentation que ses perspectives positives. Il ne présume pas la création d’une conscience civique transnationale.

La voie de la démocratie écologique, introduit systématiquement des organisations non gouvernementales, que des politistes appellent des « représentants auto-investis » ou « les nouvelles figures de la légitimité démocratique », dans les institutions délibératives.

Les ONG environnementales, en tant que vecteurs de démocratie écologique peuvent promouvoir une éthique activiste dans laquelle et les politiques publiques et les modes de consommation sont soumis à une critique écologiquement bien informée.

La démocratie délibérative implique un dialogue dans lequel les participants échangent et tentent de se persuader les uns les autres par la force de leurs arguments. 

Ce chemin vers la démocratie écologique engendre de nouveaux défis et des difficultés originales, telle la question de la représentation des générations futures. 

Paradoxalement, l’application littérale du modèle moderne de représentation aux générations à venir débouche sur une sorte de dictature de l’avenir, et non sur une extension de la démocratie. 

Pour ces raisons, on ne saurait représenter les générations futures et leurs intérêts de manière analogue à la représentation politique classique.

La démocratie écologique répondrait ainsi, à la fois aux défauts de la représentation moderne en ce qui concerne les générations futures et, à la nécessité d’une plus grande participation populaire dans l’évaluation des innovations technoscientifiques par rapport à une nouvelle philosophie de la participation.

La politique n´est pas une affaire de compétences, mais d´opinions éclairées. Toutes les opinions ne se valent pas sur la scène publique : celles qui sont débattues, contredites et affinées doivent être privilégiées dans l´éclairage des décisions politiques. Le Dialogue politique initié par les autorités sénégalaises, devrait en offrir la tribune.

Comme l’écrivait Robert Foucault en 1975, c’est aux citoyens, de mettre en marche des alternatives à leurs choix technocratiques. 

 
Pr Paap Meissa DIENG
Secrétaire général
De la convergence des Ecologistes
Du Sénégal

Salif SAKHANOKHO

Lundi 20 Janvier 2020 - 19:01



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