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Covid-19 : en Suède, pas de confinement mais une "amplification de l'épidémie"

La Suède est l'un des rares pays qui a choisi de ne pas confiner sa population pour enrayer la propagation du coronavirus. Et avec le recul, le nombre de morts par million est finalement bien plus élevé en Suède que chez ses voisins nordiques. Beaucoup de spécialistes estiment donc que la méthode suédoise est un échec.



Covid-19 : en Suède, pas de confinement mais une "amplification de l'épidémie"
Alors que ces dernières semaines, à travers le monde, de nombreux pays ont levé les mesures de confinement prises contre la propagation du Covid-19, la Suède se démarque. Elle n'avait en effet jamais imposé de telles mesures, et ce depuis le début de l'épidémie. Cette gestion de la crise est aujourd'hui dénoncée par plusieurs spécialistes suédois, qui pointent de nombreux dysfonctionnements.
 
Tandis que des milliards de personnes, confinées, tenaient bon dans le monde entier à la fin du mois de mars, en Suède, les bars, restaurants, salons de coiffure, salles de sport et même les écoles primaires et les collèges sont restés ouverts.
 
Avec toutefois quelques exceptions : les lycées et les musées ont été fermés, les rencontres sportives annulées et les rassemblements de plus de 50 personnes interdits. Les Suédois âgés de plus de 70 ans ou dans un état fragiles ont été invités à rester chez eux.
 
 
Le respect des règles de distanciation physique a également été exigé dans les lieux publics. Jeudi dernier, le gouvernement a de plus demandé aux Suédois d'éviter les voyages internationaux non nécessaires et de limiter leurs déplacements en voiture à deux heures, à l'intérieur du pays.
 
Mais même ces obligations - minimes comparées à la norme dans de nombreux autres pays - n'ont pas été rigoureusement appliquées. Les policiers ne peuvent en effet pas infliger d'amende en cas de non-respect des mesures de distanciation physique, mais seulement demander d'obtempérer.
 
"Inaccessibles" face au Covid-19
 
Aux États-Unis, l'approche suédoise a séduit, et reçu des éloges de la part de figures de la droite. Tucker Carlson, présentateur sur la chaîne américaine Fox News, a par exemple érigé la méthode au rang de modèle à suivre pour les États-Unis.
 
En plaidant en faveur de sa politique non conformiste, Stockholm met en avant le niveau élevé de confiance au sein de la société suédoise, soutenant que l'on peut attendre de la population qu'elle prenne ses précautions sans qu'on lui impose de le faire.
 
Une vision que ne partage pas Elisabeth Asbrink, auteure et journaliste indépendante suédoise connue pour sa position critique vis-à-vis de la stratégie de son pays. "Il y a des gens qui sont vraiment assidus et qui font exactement ce qu'ils doivent faire, mais il y en a aussi trop qui ne le font pas", affirme-t-elle.
 
Dans certains quartiers de Stockholm, "les gens font tout ce qu'ils font habituellement comme s'il n'y avait pas besoin de garder ses distances", poursuit-elle. "Je suis aussi allée à Malmo [troisième ville suédoise] et là-bas beaucoup pensent en quelque sorte qu'ils ne peuvent pas mourir. Ils pensent qu'ils sont invulnérables face à cette maladie."
 
Selon le site d'analyse de données Statista, le nombre total de cas confirmés de Covid-19 en Suède a augmenté régulièrement depuis le début du mois d'avril. Désormais, le pays a franchi la barre des 30 000 contaminations.
 
Un nombre de décès par million plus élevé qu'aux États-Unis
 
Les statistiques montrent que la Suède a obtenu de mauvais résultats en comparaison avec ses voisins scandinaves qui, eux, ont imposé un confinement strict à leur population. Les pays nordiques sont en effet les plus pertinents pour établir des comparaison avec la Suède, car leurs systèmes de santé sont similaires, tout comme leurs cultures sociales et politiques.
 
Selon le quotidien britannique The Financial Times, le nombre de décès dus au coronavirus par million d'habitants s'élève à 367,5. C'est plus qu'aux États-Unis, pays durement touché par le virus, où l'on dénombre 266,1 morts par million d'habitants.
 
Nicolas Nassim Taleb, professeur d'ingénierie des risques à l'université de New York, auteur du livre sur la probabilité et l'incertitude "The Black Swan", a tweeté : "Arrêtez les conneries. La Suède a été HORRIBLE par rapport à la Norvège, au Danemark et à la Finlande".
 
Beaucoup de spécialistes suédois se sont d'ailleurs opposés à la stratégie du gouvernement face à la pandémie. Vingt-deux médecins et scientifiques ont ainsi demandé un changement de méthode, via une tribune publiée dans journal Dagens Nyheter le 14 avril. "L'approche doit changer radicalement et rapidement", réclament-ils. "Puisque le virus se répand, nous devons renforcer la distanciation physique. Les dirigeants politiques doivent intervenir. Il n'y a pas d'alternative."
 
Le problème des maisons de retraite
 
Comme dans de nombreux pays, les maisons de retraite sont une forte source d'angoisse. Bien que les visites aient été interdites le 31 mars, la moitié des plus de 70 ans décédés des suites du Covid-19 vivaient dans des maisons de retraite, selon des chiffres publiés à la fin du mois d'avril. Le personnel de ces établissements s'était d'ailleurs plaint d'un manque d'équipements de protection.
 
"Ils n'ont pas le temps de s'occuper de ma mère", s'est plaint auprès de l'AFP un habitant de Stockholm qui affirme qu'elle est décédée à la suite de négligences dans une maison de retraite, où plus d'un tiers de ses résidents ont succombé au virus.
 
 
"Il y a des choses qui pourraient être faites, et qui devraient être faites, qui changeraient radicalement la donne", estime la virologiste suédoise Lena Einhorn. Si la Suède avait mis en place "une vaste campagne de tests en particulier dédiée à la prise en charge des personnes âgées", poursuit-elle, les autorités auraient pu "savoir qui est infecté et maintenant, grâce aux tests sérologiques, qui a été infecté".
 
Pour Lena Einhorn, deux autres politiques auraient pu faire la différence, sans pour autant nécessiter un confinement strict. "Si la Suède avait imposé une quarantaine de 14 jours à tous les membres d'un foyer qui compte un malade du Covid-19, nous n'aurions pas connu ce résultat". D'autre part, si le pays "fermait les restaurants, il y aurait moins de possibilité de transmission du virus par aérosol (transmission par voie aérienne)", affirme-t-elle.
 
L'immunité collective jugée "pertinente"
 
Le gouvernement suédois a déclaré que ses politiques sont effectivement décidées par des responsables scientifiques tels que l'épidémiologiste Anders Tegnell, devenu une figure connue et populaire dans le pays depuis le début de la pandémie.
 
Mais Elisabeth Asbrink estime que ce fonctionnement a un effet négatif sur le débat politique en Suède. "Les décisions qu'ils prennent sont évidemment politiques - ils font des choix. Je pense que c'est un problème que les personnalités politiques suédoises n'aient pas eu de responsabilité visible dans cette stratégie, comme c'est le cas dans les autres pays nordiques."
 
Le but de la stratégie du pays a fait l'objet de nombreux débats. "Nous n'avons pas une stratégie d'immunité collective" (qui survient quand une forte proportion d'une population contracte un maladie et donc s'immunise elle-même), a assuré début mai à France 24 Ann Linde, ministre suédois des Affaires étrangères. "Nous ne voulons pas arrêter toutes les transmissions. Nous voulons aplanir la courbe", a-t-il poursuivi.
 
Des déclarations qui laissent Lena Eirhorn perplexe. "Ils ne l'admettent pas mais, à voix basse, ils approuvent" selon elle cette stratégie d'immunité collective. Anders Tegnell dans une interview au journal Aftonbladet en mars, avait d'ailleurs affirmé que l'immunité collective est "probablement en train de devenir de plus en plus pertinente à mesure que nous connaissons ce virus".

France24

Vendredi 22 Mai 2020 - 09:45



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