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En Afrique, «le virus s'est retrouvé au contact d'une population déjà immunisée»

Et si beaucoup d'Africains étaient immunisés contre le Covid-19 grâce aux anticorps qu'ils développent depuis des années pour lutter contre d'autres coronavirus ? C'est la thèse du médecin sénégalais Massamba Sassoum Diop, qui constate que, pour l'instant, l'Afrique est beaucoup moins impactée que d'autres continents et qui en cherche la cause. Ce médecin, qui exerce à la fois à Dakar et à Paris, préside SOS Médecins Sénégal et la Société sénégalaise d'anesthésie, de réanimation et de médecine d'urgence.



En Afrique, «le virus s'est retrouvé au contact d'une population déjà immunisée»
RFI : Est-ce que vous confirmez que l’Afrique subsaharienne est beaucoup moins touchée par le Covid que d’autres continents ?
 
Massamba Sassoum Diop : Oui. Et justement particulièrement l’Afrique subsaharienne qui a, lorsqu’on prend les chiffres ramenés à la population, on a l’impression qu’on a quasiment un facteur 100 en termes d’amoindrissement, en fait surtout de la mortalité.
 
Qu’est-ce que vous appelez un « facteur 100 » ?
 
C’est-à-dire que lorsque l’on prend, par exemple, la population du Sénégal, 16 millions d’habitants, et qu’on se met sur le modèle de Wuhan en Chine, si nous nous projetons de cette façon-là, et on l’a retrouvé un petit peu partout, on aurait dû avoir 1,6 million comme personnes touchées, on aurait dû avoir près de 80 000 personnes en réanimation et 40 000 décès. Cela veut dire qu’on aurait dû être sur des chiffres de plusieurs dizaines de milliers de morts alors qu’aujourd’hui, nous arrivons tout juste à 300 décès.
 
Ce qui veut dire que, dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme le Sénégal, il y a 100 fois moins de morts que dans les pays européens ou en Chine, c’est cela ?
 
Exactement, ramenés à la population. Et il faut comprendre qu’en plus, nous n’avons pas confiné alors qu’en Europe il y a eu un confinement.
 
Alors qu’il y a eu dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne de grands rassemblements populaires à l’occasion par exemple de la fête de la Tabaski…
 
À la fête de la Tabaski qui a eu lieu début août, tout le monde craignait qu’il y ait une très forte augmentation. Or, on a eu une augmentation effectivement, dans les 15 jours qui ont suivi, du nombre de cas graves et du nombre de décès, une répartition sur l’ensemble du territoire, mais qui n’a pas été si importante que cela. Et surtout, le nombre de cas graves et le nombre de décès, depuis un peu plus d’un mois, descendent extrêmement rapidement. Et c’est probablement lié au fait que le virus s’est retrouvé au contact d’une population qui est déjà immunisée contre le Covid-19 en nombre assez important, ce qui est effectivement très en faveur d’une forme en tout cas d’immunité collective. Peut-être que l’Afrique va démontrer cette immunité collective. Par ailleurs il y a aussi probablement une immunité préexistante, car on constate dans nos statistiques au niveau de SOS qu’il y a trois épidémies de grippe, dont deux, celle de mai-juin et celle de septembre, liées à l’utilisation des climatiseurs. Et ensuite, on a cet effet un peu chaud-froid, rhinites et éventuellement allergiques, qui fait rentrer dans le rhinopharynx un virus, et entre autre, quand vous discutez avec l’institut Pasteur, plus de 70% de ces virus sont des coronavirus. Cela veut dire que finalement, nous avons deux grandes périodes de l’année où circule du coronavirus en Afrique aujourd’hui, et entre autres, par exemple au Sénégal. C’est le fait d’habiter en Afrique qui semble protéger l’ensemble des communautés qui y habitent.
 
Est-ce à dire qu’avec les trois grippes saisonnières qui arrivent tous les ans en Afrique, notamment en janvier, en mai et en septembre, il y a des coronavirus qui circulent sur le contient depuis des années et qui créent une immunité ?
 
Exactement. C’est-à-dire que celle de janvier, c’est la grippe classique. Mai, juin et septembre, selon les biologistes, c’est effectivement des coronavirus et c’est pour cela que c’est extrêmement important.
 
Voulez-vous dire que les habitants du continent africain sont confrontés au coronavirus depuis des années et peut-être sans le savoir ?
 
Exactement. C’est une évidence aujourd’hui. On peut le prouver même sur le plan biologique. Mais la chose est de savoir : est-ce qu’il n’y a que le continent africain qui est dans ce cadre-là ? On peut se poser des questions sur l’Inde qui a quand même un facteur 10 par rapport à l’Europe, non pas un facteur 100 mais un facteur 10. Mais oui, tout à fait.
 
Mais ce n’est peut-être pas le même coronavirus que le fameux Covid-19 ?
 
Oui, c’est exactement cela. Il ne s’agit pas du Covid-19. Il s’agit de 4 autres sérotypes qui circulent dans la population.
 
Et qui permettent aux personnes habitant en Afrique d’être peut-être immunisées ?
 
Avec effectivement, la discussion de cette immunité croisée. Elle a été évoquée pour les enfants. Ce sont des pistes de recherche, ce ne sont pas des affirmations que je suis en train de faire. Il faut toujours rester modestes. Devant ce constat, il faut qu’on trouve les raisons.
 
Qu’est-ce que vous appelez une « immunité croisée » ?
 
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C’est-à-dire qu’en fait, les anticorps développés pour lutter contre les autres types de coronavirus permettent aussi de neutraliser le Covid-19.
 
Alors il y a des exceptions malgré tout. C’est notamment l’Afrique du Sud où 15 000 personnes sont décédées depuis le mois de mars 2020 pour une population de plus de 50 millions d’habitants…
 
Oui. L’Afrique du Sud est rentrée dans l’hiver. Et c’est probablement ce qui a permis une plus grande progression de la maladie.
 
Il y a deux fois moins de morts en Afrique du Sud qu’en France, mais il y a quand même beaucoup de morts…
 
Oui, complètement. Quel est l’élément en Afrique du Sud, est-ce que c’est le fait qu’on était en hiver, donc le fait d’avoir des écarts de température chauds froids qui permettent au virus de rentrer plus facilement au niveau du rhinopharynx ? On l’a vu lorsqu’on a eu des clusters dans les boucheries industrielles. En Chine, en France, en Allemagne, au printemps, les clusters étaient dans ces abattoirs qui étaient aux alentours de 8 degrés. Donc, cela prouve bien que le virus aime l’écart de température, aller du froid au chaud ou aller du chaud au froid, pour probablement pénétrer au niveau de la muqueuse au niveau du rhinopharynx. Mais ce n’est qu’une hypothèse encore !
 

RFI

Vendredi 18 Septembre 2020 - 09:10



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