L’universitaire sénégalais Alioune Badara Fall a analysé, ce mardi 21 avril 2026, l'instabilité institutionnelle en Afrique lors du 10e Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité. Le constitutionnaliste a dénoncé la « suspension récurrente » du temps constitutionnel, un phénomène qu'il observe lorsque des dirigeants outrepassent la limite des mandats ou que des accords politiques se substituent aux textes fondamentaux.
Selon le professeur Fall, ces pratiques vident la norme juridique de sa substance au profit d'arrangements « bizarres » qui émergent en dehors du cadre légal. Il a également souligné que l'insécurité grandissante, où des portions de territoires échappent au contrôle des États, rend caduque l'application des normes régionales sur les changements de gouvernement.
L'universitaire a particulièrement mis en garde contre ce qu'il qualifie de « dérive intellectuelle » au sein d'une partie de la doctrine universitaire africaine. « Aujourd’hui, des universitaires pensent que le coup d’État constitue un nouveau mode de gouvernement, par opposition à la démocratie rejetée comme un mode occidental », a-t-il déploré. S'il reconnaît que les populations soutiennent parfois ces putschs par rejet de régimes verrouillés, il a rappelé que la prolongation indéfinie des transitions, comme l'abolition des partis politiques au Mali, trahit l'essence même du concept : « Quand les putschistes pensent qu’ils peuvent garder le pouvoir, c’est là où ils se trompent. Ce n’est plus une transition. »
Pour Alioune Badara Fall, le continent souffre d'un décalage entre la connaissance des faits politiques et l'absence de « culture démocratique ». Selon lui, si les citoyens maîtrisent l'histoire de leur pays, ils ignorent souvent le fonctionnement technique des institutions. « Les gens connaissent les faits politiques. Mais il n’y a pas de culture démocratique. Ils ne savent pas ce qu’est une séparation des pouvoirs, un Parlement, un exécutif », a-t-il précisé, plaidant pour une éducation civique renforcée.
En conclusion, l'universitaire a situé la crise actuelle dans un contexte de remise en question mondiale de la démocratie représentative. Estimant que « le modèle qu’on nous a enseigné depuis l’enfance n’existe plus en Europe », il a exhorté les Africains à puiser dans leurs propres ressources culturelles et philosophiques pour bâtir un modèle de gouvernance endogène, tout en restant ouverts aux expériences extérieures.
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