Il arrive un moment où l’on ne peut plus seulement constater. Ni déplorer. Ni même analyser avec la distance confortable de l’observateur. Après le monde sans arbitre, où les règles se dissolvent, après le monde traversé par l’injustice, où les déséquilibres deviennent la norme, vient nécessairement le temps de la question la plus inconfortable — celle que l’on contourne, que l’on dilue, que l’on renvoie à d’autres : celle de la responsabilité.
Car au fond, que reste-t-il d’une société lorsque plus personne ne répond de rien ?
L’effondrement moral ne se décrète pas du jour au lendemain. Il s’installe lentement, presque poliment. Il avance masqué, sous les habits de la modernité, du pragmatisme ou de la survie individuelle. Il commence lorsque l’on justifie l’injustifiable, lorsque l’on banalise l’inacceptable, lorsque l’on préfère comprendre plutôt que juger, expliquer plutôt qu’assumer.
Dans un monde sans arbitre, les repères se brouillent. Dans un monde injuste, les frustrations s’accumulent. Mais dans un monde sans responsabilité, tout devient possible — et donc dangereux.
La responsabilité n’est pas seulement une affaire d’institutions. Bien sûr, l’État vacille parfois, les structures se fissurent, les élites faillissent. Mais il serait trop facile de s’arrêter là. Trop commode d’accuser les sommets pour absoudre les profondeurs. Car la vérité, plus dérangeante, est que la démission est souvent collective.
Elle est dans le silence de ceux qui savent mais ne disent pas.
Elle est dans l’indifférence de ceux qui voient mais ne réagissent pas.
Elle est dans les compromis quotidiens, ces petites entorses à l’éthique que l’on s’accorde au nom de la nécessité, de l’habitude ou du désenchantement.
Peu à peu, la responsabilité se fragmente. Elle se disperse. Elle devient une notion abstraite, presque théorique, que chacun reconnaît mais que personne ne revendique pleinement. Et dans cette dilution générale, naît une illusion dangereuse : celle que personne n’est vraiment coupable, donc que tout le monde est, en quelque sorte, innocent.
Mais une société ne tient pas sur des illusions.
Elle tient sur des hommes et des femmes capables de dire « je », capables de répondre de leurs actes, capables d’assumer leurs choix, même lorsque le contexte est défavorable, même lorsque les règles sont floues, même lorsque l’injustice semble triompher.
Car c’est là que réside le dernier rempart : non pas dans la perfection des systèmes, mais dans la droiture des consciences.
La responsabilité individuelle est exigeante. Elle ne se négocie pas. Elle ne dépend ni des circonstances ni des autres. Elle impose une vigilance intérieure, une forme de rigueur morale qui refuse la facilité du mimétisme ou de la résignation. Elle demande de rester debout quand tout incite à s’asseoir, de parler quand tout encourage le silence, d’agir quand l’inaction devient confortable.
Mais elle ne suffit pas.
Car l’individu seul, aussi lucide soit-il, ne peut porter le poids d’un monde déséquilibré. Il faut une responsabilité collective, une conscience partagée, une volonté commune de redonner du sens à ce qui en manque. Une société ne se répare pas uniquement par des prises de conscience isolées, mais par une réactivation du lien, du devoir mutuel, de l’idée même de communauté.
Cela suppose de sortir du repli. De refuser l’indifférence. De réapprendre à se sentir concerné.
Car l’indifférence est peut-être le symptôme le plus grave de notre époque. Elle est douce, presque rassurante. Elle protège de la fatigue morale, de l’engagement, du conflit. Mais elle est aussi le terreau sur lequel prospèrent toutes les dérives. Là où plus rien n’indigne, tout devient acceptable.
Alors la responsabilité, aujourd’hui, est un acte de résistance.
Résister à la facilité du désengagement.
Résister à la tentation de l’excuse permanente.
Résister à cette idée insidieuse que « cela ne dépend pas de moi ».
Car cela dépend toujours, au moins en partie, de chacun.
Il ne s’agit pas d’héroïsme. Il ne s’agit pas de perfection. Il s’agit d’une exigence simple et radicale : être à la hauteur de sa propre conscience. Refuser de participer, même passivement, à ce que l’on sait être injuste. Choisir, autant que possible, la cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait.
C’est peut-être là que commence la reconstruction.
Non pas dans de grandes proclamations, mais dans des gestes concrets.
Non pas dans des systèmes idéaux, mais dans des attitudes justes.
Non pas dans l’attente d’un arbitre extérieur, mais dans l’émergence d’une responsabilité intérieure.
Un monde sans arbitre nous a montré la fragilité des règles.
Un monde traversé par l’injustice nous a révélé la violence des déséquilibres.
Un monde en quête de responsabilité nous oblige, désormais, à nous regarder en face.
Et à répondre, enfin, à cette question essentielle : que faisons-nous, chacun, de la part de monde qui nous revient ?
Car au bout du compte, une société n’est rien d’autre que la somme de ses renoncements — ou de ses engagements.
Et c’est peut-être dans ce choix, intime et collectif, que se joue encore l’avenir de notre humanité.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Car au fond, que reste-t-il d’une société lorsque plus personne ne répond de rien ?
L’effondrement moral ne se décrète pas du jour au lendemain. Il s’installe lentement, presque poliment. Il avance masqué, sous les habits de la modernité, du pragmatisme ou de la survie individuelle. Il commence lorsque l’on justifie l’injustifiable, lorsque l’on banalise l’inacceptable, lorsque l’on préfère comprendre plutôt que juger, expliquer plutôt qu’assumer.
Dans un monde sans arbitre, les repères se brouillent. Dans un monde injuste, les frustrations s’accumulent. Mais dans un monde sans responsabilité, tout devient possible — et donc dangereux.
La responsabilité n’est pas seulement une affaire d’institutions. Bien sûr, l’État vacille parfois, les structures se fissurent, les élites faillissent. Mais il serait trop facile de s’arrêter là. Trop commode d’accuser les sommets pour absoudre les profondeurs. Car la vérité, plus dérangeante, est que la démission est souvent collective.
Elle est dans le silence de ceux qui savent mais ne disent pas.
Elle est dans l’indifférence de ceux qui voient mais ne réagissent pas.
Elle est dans les compromis quotidiens, ces petites entorses à l’éthique que l’on s’accorde au nom de la nécessité, de l’habitude ou du désenchantement.
Peu à peu, la responsabilité se fragmente. Elle se disperse. Elle devient une notion abstraite, presque théorique, que chacun reconnaît mais que personne ne revendique pleinement. Et dans cette dilution générale, naît une illusion dangereuse : celle que personne n’est vraiment coupable, donc que tout le monde est, en quelque sorte, innocent.
Mais une société ne tient pas sur des illusions.
Elle tient sur des hommes et des femmes capables de dire « je », capables de répondre de leurs actes, capables d’assumer leurs choix, même lorsque le contexte est défavorable, même lorsque les règles sont floues, même lorsque l’injustice semble triompher.
Car c’est là que réside le dernier rempart : non pas dans la perfection des systèmes, mais dans la droiture des consciences.
La responsabilité individuelle est exigeante. Elle ne se négocie pas. Elle ne dépend ni des circonstances ni des autres. Elle impose une vigilance intérieure, une forme de rigueur morale qui refuse la facilité du mimétisme ou de la résignation. Elle demande de rester debout quand tout incite à s’asseoir, de parler quand tout encourage le silence, d’agir quand l’inaction devient confortable.
Mais elle ne suffit pas.
Car l’individu seul, aussi lucide soit-il, ne peut porter le poids d’un monde déséquilibré. Il faut une responsabilité collective, une conscience partagée, une volonté commune de redonner du sens à ce qui en manque. Une société ne se répare pas uniquement par des prises de conscience isolées, mais par une réactivation du lien, du devoir mutuel, de l’idée même de communauté.
Cela suppose de sortir du repli. De refuser l’indifférence. De réapprendre à se sentir concerné.
Car l’indifférence est peut-être le symptôme le plus grave de notre époque. Elle est douce, presque rassurante. Elle protège de la fatigue morale, de l’engagement, du conflit. Mais elle est aussi le terreau sur lequel prospèrent toutes les dérives. Là où plus rien n’indigne, tout devient acceptable.
Alors la responsabilité, aujourd’hui, est un acte de résistance.
Résister à la facilité du désengagement.
Résister à la tentation de l’excuse permanente.
Résister à cette idée insidieuse que « cela ne dépend pas de moi ».
Car cela dépend toujours, au moins en partie, de chacun.
Il ne s’agit pas d’héroïsme. Il ne s’agit pas de perfection. Il s’agit d’une exigence simple et radicale : être à la hauteur de sa propre conscience. Refuser de participer, même passivement, à ce que l’on sait être injuste. Choisir, autant que possible, la cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait.
C’est peut-être là que commence la reconstruction.
Non pas dans de grandes proclamations, mais dans des gestes concrets.
Non pas dans des systèmes idéaux, mais dans des attitudes justes.
Non pas dans l’attente d’un arbitre extérieur, mais dans l’émergence d’une responsabilité intérieure.
Un monde sans arbitre nous a montré la fragilité des règles.
Un monde traversé par l’injustice nous a révélé la violence des déséquilibres.
Un monde en quête de responsabilité nous oblige, désormais, à nous regarder en face.
Et à répondre, enfin, à cette question essentielle : que faisons-nous, chacun, de la part de monde qui nous revient ?
Car au bout du compte, une société n’est rien d’autre que la somme de ses renoncements — ou de ses engagements.
Et c’est peut-être dans ce choix, intime et collectif, que se joue encore l’avenir de notre humanité.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
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