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La triche : le premier diplôme de l'échec Par Marie Barboza MENDY - Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise



La triche : le premier diplôme de l'échec Par Marie Barboza MENDY - Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise

Ils ont été surpris en flagrant délit. Téléphones dissimulés, oreillettes invisibles, réponses transmises par messagerie, intelligence artificielle, complices à l'extérieur des centres d'examen… Les nombreux cas de tricherie enregistrés cette année au baccalauréat ont choqué l'opinion. Pourtant, le véritable sujet n'est peut-être pas celui que nous croyons. Car derrière ces candidats pris la main dans le sac se cache une réalité beaucoup plus inquiétante : la triche n'est plus seulement un comportement scolaire, elle est devenue un mode de fonctionnement qui gangrène progressivement nos sociétés. De l'école aux plus hautes sphères du pouvoir, des terrains de sport aux laboratoires de recherche, des entreprises aux administrations, elle traverse les frontières, les cultures et les générations. Cette semaine, je ne veux pas parler uniquement des fraudeurs du baccalauréat. Je veux parler d'un fléau mondial qui menace silencieusement la confiance, le mérite et l'avenir de nos nations.

Chaque année, le même scénario se répète.

Des candidats au baccalauréat sont surpris en train de tricher. Téléphones miniatures. Oreillettes invisibles. Intelligence artificielle. Réseaux organisés. Messages codés. Faux sujets. Complicités. Et parfois, des élèves qui n'ont même pas encore commencé leur épreuve sont déjà prêts à frauder. Les images circulent. Les indignations aussi. Puis tout s'arrête. Jusqu'à l'année suivante.


Mais cette fois, refusons de nous tromper de débat. Le véritable scandale n'est pas la tricherie au baccalauréat. Le véritable scandale est que nous continuons à croire qu'elle commence au baccalauréat. La triche est devenue l'une des plus grandes pandémies morales de notre époque. Elle ne vit pas seulement dans les salles d'examen. Elle circule dans les bureaux, les administrations, les entreprises, les marchés publics, les compétitions sportives, les universités, les concours, les réseaux sociaux, la politique, le commerce, la recherche scientifique, les médias, les institutions internationales. Elle est partout. Elle a simplement changé de visage.


L'enfant qui copie aujourd'hui deviendra peut-être demain le fonctionnaire qui falsifie un dossier. L'étudiant qui fraude à l'université deviendra peut-être l'ingénieur qui valide un pont qu'il n'a jamais correctement calculé. Le médecin qui obtient son diplôme grâce à la fraude fera peut-être demain une erreur irréversible au bloc opératoire. Le magistrat qui a triché pendant ses études rendra peut-être une justice bancale. Le journaliste qui invente ses sources trahira le droit du public à la vérité. Le chercheur qui manipule ses résultats ralentira le progrès scientifique. Le sportif dopé volera des années de travail à des adversaires honnêtes. Le dirigeant qui truque les chiffres conduira tout un pays dans l'illusion.
 

La triche n'est jamais un raccourci. Elle est toujours une dette. Une dette que la société finit toujours par payer. Au prix fort.

 Les Nations qui inspirent aujourd'hui le monde ne sont pas devenues puissantes parce qu'elles trichaient mieux. Elles ont construit leur crédibilité sur la compétence, la rigueur, la confiance et le mérite. À l'inverse, partout où la fraude devient une habitude, l'économie ralentit, les investisseurs s'éloignent, les talents s'exilent, la confiance disparaît. Car une société qui accepte la triche ne détruit pas seulement ses examens. Elle détruit la valeur même de l'effort.


Pourtant, ne nous racontons pas d'histoires. Les élèves ne vivent pas dans une bulle. Ils regardent les adultes. Ils apprennent davantage de ce que nous faisons que de ce que nous leur disons.


Comment convaincre un enfant que tricher est honteux lorsqu'il voit des adultes contourner les règles, acheter des consciences, obtenir des marchés par favoritisme, falsifier des diplômes, manipuler les concours, frauder le fisc, mentir sur leurs compétences ou transformer les relations en passe-droits ?


L'école ne fabrique pas la triche. Elle révèle souvent celle que la société enseigne déjà.


Le plus inquiétant n'est peut-être même plus la fraude. C'est sa banalisation. On ne demande plus : « Est-ce honnête ? ». On demande : « Est-ce que je risque de me faire prendre ? ». Voilà la véritable catastrophe. Lorsque la peur du gendarme remplace la voix de la conscience, c'est toute une civilisation qui commence à vaciller.

Le numérique et l'intelligence artificielle ajoutent aujourd'hui une dimension nouvelle. Jamais il n'a été aussi facile de copier. Jamais il n'a été aussi facile de fabriquer un faux document, une fausse image, une fausse recherche, une fausse compétence. Mais une technologie ne crée jamais une crise morale. Elle révèle simplement celle qui existait déjà.


Le vrai défi du XXIᵉ siècle n'est donc pas de fabriquer des outils plus intelligents. C'est de former des êtres humains plus intègres. Nous parlons beaucoup de l'excellence. Nous parlons rarement de l'honnêteté.


Pourtant, une société peut survivre avec quelques génies en moins. Elle ne survit jamais longtemps avec trop de tricheurs. Le baccalauréat n'est finalement qu'un miroir. Ce que nous avons vu cette semaine dans les salles d'examen est le reflet de ce que nous acceptons parfois, en silence, dans nos familles, nos entreprises, nos administrations, nos institutions et jusque dans nos comportements quotidiens. Chaque fraude scolaire est une question que la jeunesse adresse aux adultes : « Pourquoi serais-je honnête si ceux qui réussissent autour de moi ne le sont pas toujours ? »


Nous devrions avoir le courage d'y répondre. Sans détour. Sans hypocrisie. Car une nation ne s'effondre pas le jour où quelques élèves trichent. Elle commence à s'effondrer le jour où la triche cesse de choquer. Et ce jour-là, ce ne sont plus les copies qui sont falsifiées. C'est l'avenir lui-même.


Au fond, la question n'est pas de savoir combien d'élèves ont triché cette année. La véritable question est de savoir combien d'entre nous acceptent encore, chaque jour, de fermer les yeux sur les petites et les grandes tricheries qui minent notre société. Car une nation ne meurt jamais d'un manque de diplômes. Elle meurt lorsque les diplômes ne garantissent plus les compétences. Elle ne meurt pas parce que quelques élèves ont copié. Elle meurt lorsque le mérite cesse d'être une valeur et que la fraude devient une stratégie de réussite.  Le plus grand danger n'est donc pas la tricherie. Le plus grand danger, c'est l'habitude. Le jour où la fraude ne provoquera plus l'indignation mais un simple haussement d'épaules, nous aurons franchi une frontière invisible : celle où l'on cesse de construire une société de confiance pour entrer dans une société de suspicion permanente.


Et une société qui ne croit plus au mérite finit toujours par ne plus croire en elle-même. Voilà pourquoi la lutte contre la triche ne commence ni dans une salle d'examen ni devant un surveillant. Elle commence dans le miroir. Parce que l'intégrité n'est pas une matière enseignée à l'école. C'est un choix quotidien. Et c'est sans doute le plus difficile des examens. Le seul, surtout, où personne ne peut tricher.




Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25



 


Moussa Ndongo

Mercredi 8 Juillet 2026 - 00:35


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