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Les abus coloniaux hantent le débat sur le racisme en France



Les abus coloniaux hantent le débat sur le racisme en France
Deux hommes morts sont devenus les visages du débat actuel sur le racisme en France.

Adama Traoré, un jeune homme noir de la banlieue parisienne, mort en garde à vue il y a quatre ans, et Jean-Baptiste Colbert, un aristocrate blanc du XVIIe siècle qui gérait les finances du pays sous le roi Louis XIV.

On se souvient aujourd'hui de l'un lors des manifestations contre les brutalités policières ; l'autre a sa statue de marbre devant l'Assemblée nationale.

"Nous nous battons ici en France depuis quatre ans", nous a dit Assa Traoré, la soeur d'Adama. "Le cas de mon frère est [bien] connu, mais c'est la mort de George Floyd qui va vraiment révéler ce qui se passe ici en France".

Adama Traoré avait 24 ans lorsqu'il a été arrêté par la police après avoir sa fuite lors d'un contrôle d'identité en dehors de Paris. Il est mort dans un poste de police quelques heures plus tard. La cause de sa mort a été l'objet d'une polémique et plusieurs enquêtes ont donné des résultats contradictoires.

Des dizaines de milliers de personnes ont participé ce mois-ci aux manifestations organisées en sa mémoire, renforcées par l'impact des événements aux États-Unis.

"Nous importons des idées des États-Unis", déclare l'historienne Sandrine Le Maire, spécialiste du colonialisme français.

"Les décès d'Adama Traoré et de George Floyd se sont produits dans des circonstances similaires, mais notre bagage historique n'est pas le même. Il n'y a pas eu de lynchage ici, ni de lois raciales.

"Il y a des stéréotypes, hérités de la colonisation, mais le racisme n'est jamais entré dans notre législation", soutient-elle.

Aux États-Unis, où les données nationales officielles ne sont pas disponibles, le Washington Post a recensé plus de 1 000 décès dus aux seules fusillades de la police au cours de l'année écoulée. Il affirme qu'un nombre disproportionné de victimes étaient noires.

La police française dit ne pas avoir de chiffres pour tous les décès en garde à vue. Ils disent que 19 personnes sont mortes l'année dernière lors d'interventions de police, mais il n'y a pas de données sur leur origine ethnique car il est illégal de collecter ces informations en France.

L'égalité pour tous ?
Le concept d'identité nationale de la France est basé sur l'unité et l'égalité de ses citoyens. Les politiques de l'État qui isolent un groupe particulier - sur la base de l'origine ethnique, par exemple - sont considérées comme préjudiciables.

Mais de nombreuses personnes issues des minorités ethniques de France affirment que cet idéal d'égalité est maintenu en théorie au détriment de la réalité, et que le racisme - dans la police, à l'école ou sur le marché du travail - est impossible à combattre s'il ne peut être quantifié.

Le week-end dernier, la propre porte-parole du président Emmanuel Macron, Sibeth Ndiaye, a joint sa voix à celles qui réclament un nouveau débat sur les données ethniques.

Mme Ndiaye, d'origine sénégalaise, a déclaré dans une lettre ouverte que, pour que la vision nationale de la France prospère face aux récits extrémistes des deux côtés, il était nécessaire de "mesurer et de regarder la réalité telle qu'elle est".

"Osons débattre publiquement de sujets devenus tabous", dit-elle.

Sa suggestion a été immédiatement rejetée par les ministres de haut rang - blancs - du gouvernement.

La France exige de ses citoyens immigrés qu'ils adoptent l'histoire, la culture et le récit de la République. "Le multiculturalisme", m'a dit un historien, "est un vilain mot ici".

Mais à qui est cette histoire ?

Et ainsi à Jean-Baptiste Colbert, qui est assis avec ses longues boucles de marbre et ses parures devant l'Assemblée nationale.


La statue est à peine remarquée par la plupart des conducteurs qui klaxonnent en passant devant lui le long de la rive gauche de la Seine, mais c'est une cible pour ceux qui disent qu'il est temps de revoir ce genre d'histoire publique en France.

Colbert, célèbre pour avoir géré les finances de la France sous le Roi-Soleil, Louis XIV, était aussi le cerveau de son fameux "Code noir", un ensemble de règles sur la façon dont les esclaves noirs seraient traités dans ses colonies.

Inspirés par les scènes de manifestants à Bristol, de l'autre côté de la Manche, jetant la statue d'Edward Colston dans le fleuve de la ville, cer-tains en France demandent maintenant que Colbert soit destitué de sa po-sition éminente. Il a également une pièce portant son nom à l'intérieur du bâtiment de l'assemblée.

L'ancien Premier ministre français Jean-Marc Ayrault, aujourd'hui président du Mémorial pour l'abolition de l'esclavage à Nantes, estime que la salle Colbert devrait être rebaptisée, mais il s'oppose à déboulonne-ment des statues ou au changement des noms de rues.

"Nous sommes dans une nouvelle étape avec la mort de George Floyd et les mouvements de jeunesse à travers la France", a-t-il déclaré.

Il a suggéré que la France revisite ses monuments et les noms des rues, pour donner plus d'explications et de contexte, comme une alternative à leur simple suppression. "Nous devons faire le travail de mémoire", dit-il.

"On ne peut pas effacer l'histoire", a expliqué Sandrine Le Maire. "Sinon, on va commencer à tout effacer et n'importe quoi : les châteaux, les palais, les monarchies. Nous avons besoin de symboles, même s'ils nous choquent. Les personnages historiques ont de multiples facettes : Pétain a été un héros de la Première Guerre mondiale pendant 20 ans avant d'être rejeté comme collaborateur [pendant la Seconde Guerre mondiale]".

Le président Macron, s'adressant à la nation la semaine dernière, a con-venu : "la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son his-toire", a-t-il déclaré. "Elle n'enlèvera aucune statue."
Donc, pas de revue des statues ou des noms de rue en France - du moins, pas encore. M. Macron n'aime pas être contraint de prendre des décisions par les événements.

Mais il s'est montré plus franc que la plupart des dirigeants français sur le passé du pays, en suscitant l'indignation avant son élection en disant que la France avait commis des "crimes contre l'humanité" contre son ancienne colonie, l'Algérie.

Et c'est l'histoire de la France - et non ses statues - qui détient la réponse, dit Jean-Francois Mbaye, un député français noir, né au Sénégal.

"Sommes-nous prêts à enseigner l'histoire de l'esclavage français, de la colonisation française ? demande-t-il. "Les anciennes colonies de la France connaissent leur histoire, mais je ne pense pas que notre peuple, notre jeunesse, la connaisse", dit-il.

"Il peut être gratifiant d'enlever une statue et de la jeter dans le fleuve", m'a-t-il dit. "Mais alors quoi ?"

Assa Traoré estime que si la statue de Colbert doit rester devant l'Assemblée nationale, ses actes "devraient être écrits sur la plaque de la statue par un homme noir. Qu'un noir nous dise qui était Colbert et ce que signifiait le Code noir, pas un blanc".

D'autres noms, reflétant les histoires des citoyens français non blancs, devraient être ajoutés dans les rues du pays, dit-elle, et d'autres statues devraient être érigées à l'extérieur des bâtiments.

Black Lives Matter est un slogan qui résonne ici, mais les vies noires - que ce soit dans les données ou dans les monuments - sont parfois difficiles à voir dans l'histoire officielle de la France.

BBC

Dimanche 21 Juin 2020 - 17:32



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