Nous avons crié, dénoncé, alerté. Nous avons pointé du doigt une réalité qui gangrène lentement la vie des étudiants, particulièrement ceux qui, loin de chez eux, luttent pour concilier survie et ambition. Mais aujourd’hui, quelqu’un est passé à l’acte. Un jeune homme a mis fin à ses jours, emporté par un poids devenu trop lourd à porter. Son geste est une tragédie, un drame humain, mais surtout, un symptôme d’une faille profonde dans notre société.
Je ne citerai pas son nom, par respect pour sa mémoire. Il a laissé derrière lui des mots lourds de sens, un cri du cœur que nous ne pouvons ignorer. Dans sa lettre, il a écrit que le jugement appartient au Miséricordieux. Ce n’est pas à nous de juger. Ce n’est pas notre rôle de questionner son choix ou d’émettre des opinions sur son acte. Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est comprendre, écouter, et surtout agir pour que plus jamais un étudiant ne se retrouve face au même désespoir.
Ce que nous redoutions est arrivé. Pourtant, nous n’avons pas manqué de mots pour dire que les étudiants, au Sénégal comme à l’étranger, souffrent dans le silence. Nous avons tenté d’attirer l’attention sur le poids de l’isolement, la pression académique, les difficultés financières, les attentes irréalistes des familles, les sacrifices invisibles qui finissent par ronger l’âme. Nous avons parlé de cette fatigue émotionnelle qui, jour après jour, épuise l’étudiant jusqu’à ce qu’il ne voie plus d’issue. Mais la parole seule ne suffit plus, elle doit être suivie d’actions.
Ce drame illustre ce qu’Émile Durkheim, dans son ouvrage Le Suicide (1897), qualifie de “suicide égoïste” : un suicide qui survient lorsque l’individu est faiblement intégré dans son groupe social. Selon Durkheim, “Plus la société se désagrège, moins elle exerce sur l’individu cette action modératrice et plus il dépend de lui-même.” Comme tant d’autres étudiants, il a souffert d’un manque d’intégration sociale et d’un isolement accru qui l’ont plongé dans une détresse insurmontable. Loin de son cadre familial, il s’est retrouvé seul face aux exigences académiques et aux attentes sociales pesantes. À cette pression s’ajoutait un regard collectif qui, loin de lui tendre la main, l’a jugé et exclu.
Son geste témoigne aussi de ce que Durkheim appelle le “suicide anomique”, qui survient lorsque l’individu est confronté à une absence de repères et de régulation sociale. L’université, censée être un espace d’apprentissage et d’épanouissement, devient parfois un lieu de désillusion. Les règles du jeu changent constamment, la pression académique et financière s’intensifie, et les étudiants se retrouvent pris au piège d’un système qui ne leur offre que peu de soutien. Comme l’explique Durkheim, “L’homme ne peut se passer d’une autorité régulatrice ; mais il faut qu’elle n’enchaîne pas trop étroitement son action.” Il a subi une double pression – l’isolement et l’absence de régulation adaptée – qui l’ont mené au désespoir.
Nous devons arrêter de réagir uniquement après coup. Chaque suicide est une alerte de trop, un cri que personne n’a entendu à temps. Lorsqu’un étudiant quitte son cadre familial pour poursuivre ses études, il se retrouve confronté à une réalité souvent plus dure que celle qu’il imaginait. La distance crée une séparation invisible mais profonde entre lui et ses proches. Loin du regard parental, loin du soutien quotidien, il doit faire face seul aux pressions académiques, aux incertitudes de l’avenir et aux épreuves de la vie. Pourtant, cette solitude n’est pas toujours perçue comme un danger. Les familles, prises dans l’idéal du succès scolaire, n’imaginent pas toujours à quel point l’éloignement peut fragiliser un étudiant, comment le silence et l’absence d’un cadre affectif peuvent peser lourdement sur son moral. Il ne s’agit pas seulement d’envoyer un enfant à l’université, mais de s’assurer qu’il reste connecté, soutenu et compris. Il est impératif que nous brisions cette culture du silence et du jugement qui isole ceux qui ont le plus besoin d’être entourés. Un appel, un mot bienveillant, une écoute sans pression peuvent parfois suffire à empêcher un esprit en détresse de sombrer.
Il est insupportable de voir un jeune perdre espoir au point de choisir la mort. Ce n’est pas à eux de s’adapter à un monde qui les écrase. C’est à nous d’offrir un environnement où ils peuvent respirer, parler et trouver une main tendue. Nous avons alerté, mais le silence a pris une vie. Ne laissons pas un autre jeune emprunter le même chemin. Le moment d’agir, c’est maintenant.
Par Khady SAMB journaliste et étudiante au doctorat en anthropologie médicale
Universitaire Laval Québec.
Je ne citerai pas son nom, par respect pour sa mémoire. Il a laissé derrière lui des mots lourds de sens, un cri du cœur que nous ne pouvons ignorer. Dans sa lettre, il a écrit que le jugement appartient au Miséricordieux. Ce n’est pas à nous de juger. Ce n’est pas notre rôle de questionner son choix ou d’émettre des opinions sur son acte. Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est comprendre, écouter, et surtout agir pour que plus jamais un étudiant ne se retrouve face au même désespoir.
Ce que nous redoutions est arrivé. Pourtant, nous n’avons pas manqué de mots pour dire que les étudiants, au Sénégal comme à l’étranger, souffrent dans le silence. Nous avons tenté d’attirer l’attention sur le poids de l’isolement, la pression académique, les difficultés financières, les attentes irréalistes des familles, les sacrifices invisibles qui finissent par ronger l’âme. Nous avons parlé de cette fatigue émotionnelle qui, jour après jour, épuise l’étudiant jusqu’à ce qu’il ne voie plus d’issue. Mais la parole seule ne suffit plus, elle doit être suivie d’actions.
Ce drame illustre ce qu’Émile Durkheim, dans son ouvrage Le Suicide (1897), qualifie de “suicide égoïste” : un suicide qui survient lorsque l’individu est faiblement intégré dans son groupe social. Selon Durkheim, “Plus la société se désagrège, moins elle exerce sur l’individu cette action modératrice et plus il dépend de lui-même.” Comme tant d’autres étudiants, il a souffert d’un manque d’intégration sociale et d’un isolement accru qui l’ont plongé dans une détresse insurmontable. Loin de son cadre familial, il s’est retrouvé seul face aux exigences académiques et aux attentes sociales pesantes. À cette pression s’ajoutait un regard collectif qui, loin de lui tendre la main, l’a jugé et exclu.
Son geste témoigne aussi de ce que Durkheim appelle le “suicide anomique”, qui survient lorsque l’individu est confronté à une absence de repères et de régulation sociale. L’université, censée être un espace d’apprentissage et d’épanouissement, devient parfois un lieu de désillusion. Les règles du jeu changent constamment, la pression académique et financière s’intensifie, et les étudiants se retrouvent pris au piège d’un système qui ne leur offre que peu de soutien. Comme l’explique Durkheim, “L’homme ne peut se passer d’une autorité régulatrice ; mais il faut qu’elle n’enchaîne pas trop étroitement son action.” Il a subi une double pression – l’isolement et l’absence de régulation adaptée – qui l’ont mené au désespoir.
Nous devons arrêter de réagir uniquement après coup. Chaque suicide est une alerte de trop, un cri que personne n’a entendu à temps. Lorsqu’un étudiant quitte son cadre familial pour poursuivre ses études, il se retrouve confronté à une réalité souvent plus dure que celle qu’il imaginait. La distance crée une séparation invisible mais profonde entre lui et ses proches. Loin du regard parental, loin du soutien quotidien, il doit faire face seul aux pressions académiques, aux incertitudes de l’avenir et aux épreuves de la vie. Pourtant, cette solitude n’est pas toujours perçue comme un danger. Les familles, prises dans l’idéal du succès scolaire, n’imaginent pas toujours à quel point l’éloignement peut fragiliser un étudiant, comment le silence et l’absence d’un cadre affectif peuvent peser lourdement sur son moral. Il ne s’agit pas seulement d’envoyer un enfant à l’université, mais de s’assurer qu’il reste connecté, soutenu et compris. Il est impératif que nous brisions cette culture du silence et du jugement qui isole ceux qui ont le plus besoin d’être entourés. Un appel, un mot bienveillant, une écoute sans pression peuvent parfois suffire à empêcher un esprit en détresse de sombrer.
Il est insupportable de voir un jeune perdre espoir au point de choisir la mort. Ce n’est pas à eux de s’adapter à un monde qui les écrase. C’est à nous d’offrir un environnement où ils peuvent respirer, parler et trouver une main tendue. Nous avons alerté, mais le silence a pris une vie. Ne laissons pas un autre jeune emprunter le même chemin. Le moment d’agir, c’est maintenant.
Par Khady SAMB journaliste et étudiante au doctorat en anthropologie médicale
Universitaire Laval Québec.
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