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Pérou: une élection présidentielle sans favori

Quelque 25 millions de Péruviens sont appelés à désigner un nouveau président et à renouveler le Congrès dimanche 11 avril. Le pays est l’un des plus durement touchés par la pandémie. Il est aussi très instable sur le plan politique et ces élections ne devraient rien changer.



Les derniers sondages montrent un seul grand favori : le vote blanc ou nul. Il tourne autour de 20-25%. À quelques jours du scrutin, les Péruviens ne savent pas encore pour qui voter, ce qui est assez habituel. Ce qui l’est moins, c’est qu’aucun des 18 candidats à la présidentielle ne se détache pour le moment. « La dernière enquête d’Ipsos Pérou montre que trois candidats dépassent les 10%, mais avec la marge d’erreur, ils pourraient très bien être en dessous des 10%. Il n’y a pas beaucoup d’écart entre les candidats et aucun ne domine largement les intentions de vote », note Arthur Morenas, chercheur en Sciences politiques associé à l’Institut français d’études andines (IFEA) et à l’Institut des Amériques.
 
Corruption et pandémie
Ce faible engouement peut d’abord s’expliquer par les multiples scandales de corruption, notamment l’affaire Odebrecht, qui ont touché le pays ces dernières années et miné la confiance des Péruviens. « Toute la classe politique, de droite à gauche, a touché des pots-de-vin », rappelle Alberto Vergara, professeur du département de Sciences sociales et sciences politiques à l’université du Pacifique, à Lima. Tous les anciens présidents sont poursuivis ou sont en prison. Six des candidats à la présidentielle et 134 candidats au Congrès, qui sera entièrement renouvelé le dimanche 11 avril, ont aussi affaire à la justice pour des faits présumés de corruption, selon le quotidien La Republica.
 
 
Pour Arthur Morenas, la corruption reste une préoccupation majeure pour les électeurs, même en pleine pandémie. « La question de la gestion de la pandémie est intimement liée à la question de la corruption. Il y a eu un scandale lié à la vaccination de plusieurs hauts fonctionnaires, dont l’ancien président Martin Vizcarra et sa ministre de la Santé, rappelle-t-il. Pour beaucoup de Péruviens, si la crise sanitaire demeure, c'est qu’il existe des privilèges, des passe-droits, qui font que la population dans son ensemble n’a pas accès au réseau de santé comme il le devrait ».
 
L’élection maintenue malgré des records de décès liés au Covid-19
Le Pérou affronte actuellement une deuxième vague de Covid-19, avec des records de décès enregistrés ces derniers jours. Quatre candidats à la présidentielle ont été contaminés pendant la campagne et l’un d’entre eux a dû être hospitalisé. Contrairement au Chili voisin, les élections n’ont pas été reportées. Des créneaux horaires sont réservés aux personnes vulnérables, trois fois plus de bureaux de vote qu’en 2016 sont ouverts pour favoriser la distanciation, avec prise de température à l’entrée. « La pandémie a joué sur la campagne. Il y a un malaise, un détachement et une apathie dans le pays qui se transforme en une absence de confiance envers les responsables politique et leur capacité à gérer la crise sanitaire », note Alberto Vergara.
 
Au Pérou, le vote est obligatoire, mais l’abstention pourrait être notable cette année. « Beaucoup de gens ne vont pas se déplacer, pense Alberto Vergara, en particulier au sein des classes aisées qui peuvent se permettre de dire : "Je ne vais pas voter et je paye l’amende en conséquence" ». Difficile de savoir quel candidat tirera parti de cette abstention. « Il y a eu une politisation assez importante des questions de santé, note pour sa part Arthur Morenas. La droite plaide par exemple pour que les entreprises privées puissent acheter des vaccins et vacciner leurs employés. La gauche dit au contraire que cela créerait un marché lucratif des vaccins, qu’on a déjà pu voir lors  de l’année de pandémie à au travers des tests PCR ou de l’accès aux lits dans les cliniques privées ».
 
Destitution et dissolution : deux « armes constitutionnelles » désormais communément utilisées
Dimanche se jouent aussi des élections législatives. Les derniers sondages laissent entrevoir un Congrès encore plus fragmenté qu’aujourd’hui et cela n’aidera pas à résoudre la profonde crise politique que traverse actuellement le Pérou. Deux Congrès et quatre présidents se sont succédé depuis les dernières élections de 2016. Les deux institutions se livrent un bras de fer, une lutte pour le pouvoir, à coups de destitution et de dissolution. « Cela rend le pays ingouvernable, regrette Alberto Vergara. En 2016, c’est un président de droite, Pedro Pablo Kuczynski, qui a été élu et une autre formation de droite – celle de Keiko Fujimori -  a obtenu la majorité au Congrès. Certains ont cru qu’ils pourraient gouverner ensemble, mais ils se sont entretués, du jamais vu depuis 50 ans. Depuis, il est acquis que la destitution du président et la dissolution du Congrès font partie du jeu politique. Ces deux boutons atomiques constitutionnels sont devenus des armes normales et c’est très dangereux ».
 
« Aux pires heures de la pandémie, voir les hommes politiques capables de tout pour prendre le pouvoir, a mis au jour leur irresponsabilité. Cela explique aussi pourquoi les Péruviens n’ont plus confiance », ajoute-t-il. Dans les colonnes d’El Comercio, Alberto Vergara propose que les candidats à la présidentielle qui arriveront au second tour signent un « pacte de non-agression : Je ne dissous pas le Parlement et en échange tu n’essayes pas de me destituer ». La seule façon, estime-t-il, de rendre le pays gouvernable à nouveau.

RFI

Dimanche 11 Avril 2021 - 10:12


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