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Tunisie: le droit constitutionnel, nouveau sujet de prédilection des Tunisiens

Près d’un mois après ce que certains observateurs appellent un « coup constitutionnel », le président tunisien n’a toujours pas désigné de chef du gouvernement. En attendant d’y voir plus clair sur les plans de Kaïs Saïed, à qui ils semblent accorder largement leur confiance selon les récents sondages, les Tunisiens se passionnent de nouveau pour la chose publique et notamment pour le droit constitutionnel.



Tunisie: le droit constitutionnel, nouveau sujet de prédilection des Tunisiens
Le samedi 21 août, l'avenue Bourguiba, cœur battant de Tunis, est plongée dans une douce torpeur. Difficile d'imaginer que le pays vivait, il y a à peine un mois, la plus forte réplique post-révolutionnaire de sa première décennie démocratique. Mais les apparences sont trompeuses. Dans les cafés, sur les ondes comme dans les réunions familiales, un sujet bouillonnant s’impose rapidement: celui de l’avenir du pays après le « coup constitutionnel » du président de la République.

Kaïs Saïed, anciennement professeur de droit, a réussi un second coup de force qui doit probablement l’étonner lui-même: passionner son pays pour la discipline qu’il a jadis enseignée. De quoi prêter à sourire quand on sait qu’il avait lancé triomphalement cette pique à l’adresse de ses détracteurs après son coup d’éclat: « Que ceux qui prétendent que c’est un coup d’État révisent leurs cours de droit ! »

Les ouvrages juridiques, les nouveaux « best-sellers » 

Aujourd’hui, les Tunisiens non seulement le soutiennent, selon un récent sondage de l’institut Sigma Conseil ils sont 95% à avoir accueilli favorablement ses mesures d’exception, mais en plus, ils parlent à n’en plus finir de sa matière de prédilection.

Cet intérêt pour le droit, Lotfi Jallouli, est aux premières loges pour l’observer, lui qui gère les stocks de la mythique librairie Al Kitab. À l’entrée même de la vénérable institution tunisoise, un étal est dédié aux livres en lien avec les sciences juridiques. On y trouve pêle-mêle des exégèses de la constitution tunisienne ou encore des ouvrages dédiés à la lutte contre la corruption. Ce sont désormais les « best-sellers » de la librairie.

« Le discours du 25 juillet a donné envie aux lecteurs de se replonger dans des lectures politiques. Avant cela, les Tunisiens avaient fini par saturer de la langue de bois des politiciens. Ils ne voulaient plus entendre parler de politique », explique Lotfi Jallouli.

Mieux comprendre les derniers événements qui ont secoué le pays 

Un engouement pour le droit qui transforme la librairie très prisée de l'intelligentsia tunisoise de Lotfi Jallouli en lieu de débat inopiné: « Ici, ça discute politique tous les jours. Avec nos clients, mais aussi entre nous, les employés de la librairie. On se donne les dernières nouvelles. On se tient au courant des nouvelles arrestations ou encore des déplacements de terrain du président. Cela n’arrête pas. »

Parmi les clients de la librairie ce jour-là, deux fringants étudiants en droit. La canicule de ces derniers jours n’entame en rien leur enthousiasme. Les deux compères sont à la recherche d’ouvrages juridiques leur permettant de mieux comprendre les derniers événements qui ont secoué leur pays.

« Étudier des notions juridiques en cours, c’est une chose. Les voir mises en application en temps réel en st une autre. Avec ces développements politiques, on voit soudain nos cours prendre vie sous nos yeux » confie Youssef Nagati, en deuxième année de droit. Son ami et camarade de promotion, Jasser Riahi acquiesce.

Le gel des activités du Parlement 

Aujourd’hui, les deux jeunes hommes disent ressentir une certaine responsabilité vis-à-vis de leurs concitoyens à commencer par leurs amis et leurs proches. Ils estiment avoir, à leur petite échelle, un rôle de vulgarisateurs du droit à remplir. Depuis le 25 juillet dernier, les deux amis confient être sollicités de toutes parts. C’est tantôt un oncle, un voisin ou une vieille connaissance qui leur demande soudain des explications juridiques.

« Mais très vite, la discussion prend une autre tournure » glisse Jasser dans un sourire qui trahit un doux désabusement. « Tout le monde veut connaître notre avis sur les actions du président ». 

S’il applaudit le gel du Parlement en tant que Tunisien excédé par la « médiocrité » de ses élus, Jasser ne goûte guère les libertés prises par le président avec la Constitution en tant que puriste du droit. Selon lui, l’article 80 ne lui permettait pas de geler les activités du Parlement pas plus qu’il n’autorisait la levée de l’immunité des députés.

Une position mitigée qu’il a beaucoup de mal à soutenir devant ses proches: « Dès que j’exprime mes réserves, mes amis se braquent. Ils me disent “mais laisse donc notre président faire ce qu’il a à faire ! Il a raison, il faut nettoyer le pays !” On me taxe d’être rabat-joie. Ce n’est pas vrai. Je dis juste qu’il faut rester vigilant et ne pas s’en remettre aveuglément à un seul homme. »

Puis comme pour se rassurer, Jasser regarde son ami Youssef et lui glisse: « Kaïs Saïed a été un professeur de droit émérite et salué de tous. Il ne peut pas se muer en dictateur du jour au lendemain non ? Personnellement, je ne peux pas y croire. »

Difficile à ce stade, et alors qu’aucun chef de gouvernement n’a été nommé, de savoir le chemin que prendra la Tunisie. Une seule certitude cependant, l’été 2021 aura permis à tout un pays de prendre un cours de droit accéléré qui restera dans les annales.

RFI

Dimanche 22 Août 2021 - 11:44


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