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​«Ambassades hybrides : efficacité diplomatique et économies budgétaires», par Khaly Adama Ndour



Au commencement était la plume. Ma carrière diplomatique a débuté à une époque où l'excellence se mesurait à la qualité des situations hebdomadaires, des analyses politiques et économiques, des comptes rendus de réunions multilatérales à Genève, Addis-Abeba ou Paris, ainsi qu'à la rédaction de notes techniques et de propositions de position.
 
Ces exercices constituaient le cœur du métier diplomatique. Leur maîtrise révélait l'excellence du jeune diplomate. Ils formaient à la rigueur, à l'analyse, à la synthèse et à la formulation de positions conformes à l'intérêt national.
 
Aujourd'hui, ces tâches sont de plus en plus accomplies par l'intelligence artificielle. La collecte de l'information, son traitement, sa synthèse et même l'élaboration de scénarios diplomatiques ne relèvent plus exclusivement du travail humain.
 
Cette mutation bouleverse un monopole ancien : celui de la production de l'information diplomatique.
 
Désormais, la valeur ajoutée du diplomate ne résidera plus principalement dans sa capacité à produire des documents, mais dans son aptitude à interpréter, valider, orienter et arbitrer des analyses générées par des systèmes intelligents.
 
L'ambassadeur ne pourra plus se réfugier derrière le monopole de l'information pour faire semblant. Il lui faudra développer une solide culture générale, maîtriser les outils numériques et être capable de dialoguer intelligemment avec les intelligences artificielles.
 
Comme l'avocat est formé à la théorie d'une cause et à l'anticipation des moyens de défense, le diplomate devra être en mesure d'anticiper des positions divergentes afin de contribuer à la construction de positions convergentes conformes à l'intérêt national.
 
Cette révolution intervient au moment où le Sénégal fait face à des contraintes budgétaires importantes. Dans ce contexte, il devient légitime de s'interroger sur l'organisation future de notre réseau diplomatique.
 
Les ambassades hybrides, combinant présence humaine et intelligence artificielle, constituent une piste sérieuse de réforme. Elles permettraient de réduire substantiellement les coûts liés aux infrastructures, aux fonctions administratives et à certaines tâches de soutien, sans affecter la défense et la promotion des intérêts nationaux.
 
Dans plusieurs domaines, les gains de productivité pourraient être considérables. À terme, les économies réalisées pourraient atteindre des proportions significatives, voire permettre de réduire de moitié certains crédits liés à la présence physique, tout en maintenant une diplomatie performante, réactive et efficace.
 
Genève demeurera Genève. Les Nations Unies demeureront les Nations Unies. Les sommets internationaux continueront d'exiger la présence des femmes et des hommes chargés de représenter leurs États.
 
Mais les méthodes de travail, les chaînes de décision et les modes de production de l'expertise diplomatique connaîtront des transformations profondes.
 
Le défi est immense pour les jeunes diplomates. Il l'est peut-être davantage encore pour les anciennes générations et pour les institutions de formation(ENAM devenue ENA, cette glorieuse  école de la République)qui devront adapter leurs enseignements à cette nouvelle réalité.
 
Un excellent discours ne suffira plus.

L'avenir appartiendra à ceux qui sauront conjuguer intelligence humaine et intelligence artificielle au service de l'intérêt national.

Ici gît l'ancienne diplomatie.

Ici fleurit le printemps d'une diplomatie augmentée.
 
Par Khaly Adama Ndour
Ambassadeur à la retraite
Avocat au Barreau du Québec
Docteur en droit des affaires, Université de Genève


Mardi 23 Juin 2026 - 16:02


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