L'été a ses cartes postales. Ses plages lumineuses. Ses familles réunies. Ses promesses d'évasion. Mais il possède aussi un autre visage, infiniment plus sombre : celui des rivages où viennent s'échouer les espérances humaines. Ceuta est de ceux-là. Plus qu'une enclave espagnole sur le continent africain, elle est devenue le théâtre d'un drame qui nous concerne tous. Car lorsque des milliers de femmes et d'hommes choisissent la mer au risque de leur vie, ce n'est pas seulement une frontière qui est franchie. C'est une alerte adressée au monde.
Il y a des étés qui sentent le sable chaud. D'autres sentent la fumée des forêts qui brûlent. Celui-ci aura aussi le goût amer du sel. Le sel des larmes. Le sel de la mer. Le sel des corps que l'eau rejette parfois sur le rivage comme un dernier message adressé aux vivants.
Les images venues de Ceuta nous ont tous arrêtés. Non parce qu'elles montrent un phénomène nouveau. Mais parce qu'elles donnent un visage à ce que nous préférons souvent appeler, avec la froideur des statistiques, « les flux migratoires ».
À Ceuta, ce ne sont pas seulement des migrants qui frappent aux portes de l'Europe. C'est une humanité blessée qui vient rappeler à une autre humanité qu'elle existe encore. Et c'est peut-être cela qui nous dérange le plus.
Car ces images nous empêchent de détourner le regard. Elles nous obligent à répondre à une question que personne ne devrait esquiver. Qu'est-ce qui pousse un être humain à considérer que mourir en mer représente une possibilité plus acceptable que continuer à vivre là où il est né ?
Partout, des femmes et des hommes prennent la route non parce qu'ils aiment partir, mais parce qu'ils ne voient plus de raison de rester.
Mais réduire cette tragédie aux seuls pays de départ serait une facilité. Le monde entier est concerné. Les pays d'origine ont le devoir immense de redonner confiance à leur jeunesse. Les pays de destination ont celui de protéger leurs frontières sans renoncer à leur humanité.
Les organisations internationales doivent dépasser les déclarations pour construire des réponses durables.
Alors on compte les morts. On commente les chiffres. Puis l'actualité passe à autre chose. Jusqu'au prochain bateau. Jusqu'à la prochaine vague. Jusqu'au prochain été.
Pourtant, aucune frontière ne pourra arrêter une espérance. Aucun mur ne sera jamais plus solide que le désespoir. Aucune surveillance ne remplacera la justice.
L'histoire de l'humanité est faite de migrations. Mais notre époque ajoute une cruauté nouvelle : des millions de personnes ne partent plus pour découvrir le monde. Elles partent pour simplement avoir le droit d'y vivre.
Voilà pourquoi Ceuta dépasse Ceuta. Ce petit morceau de terre est devenu un immense miroir. Il reflète nos inégalités. Nos renoncements. Nos égoïsmes.
L'été nous révèle souvent ce que nous cherchons à oublier. Cette année, il nous rappelle une vérité aussi simple que dérangeante : les migrants ne fuient pas la mer. Ils fuient un monde qui, trop souvent, leur a tourné le dos.
Et le véritable naufrage ne sera pas celui des pirogues. Il commencera le jour où ces images ne provoqueront plus ni colère, ni compassion, ni débat. Seulement le silence.
Car lorsqu'une société s'habitue à la détresse des autres, ce ne sont plus seulement des hommes qui se noient. C'est notre humanité tout entière qui commence à prendre l'eau.
Il y a des étés qui sentent le sable chaud. D'autres sentent la fumée des forêts qui brûlent. Celui-ci aura aussi le goût amer du sel. Le sel des larmes. Le sel de la mer. Le sel des corps que l'eau rejette parfois sur le rivage comme un dernier message adressé aux vivants.
Les images venues de Ceuta nous ont tous arrêtés. Non parce qu'elles montrent un phénomène nouveau. Mais parce qu'elles donnent un visage à ce que nous préférons souvent appeler, avec la froideur des statistiques, « les flux migratoires ».
Il n'y a pourtant aucun flux. Il y a des prénoms. Des mères. Des pères. Des enfants.
Des mains qui s'agrippent.
Des regards qui demandent une chance avant même de demander un pays.
À Ceuta, ce ne sont pas seulement des migrants qui frappent aux portes de l'Europe. C'est une humanité blessée qui vient rappeler à une autre humanité qu'elle existe encore. Et c'est peut-être cela qui nous dérange le plus.
Car ces images nous empêchent de détourner le regard. Elles nous obligent à répondre à une question que personne ne devrait esquiver. Qu'est-ce qui pousse un être humain à considérer que mourir en mer représente une possibilité plus acceptable que continuer à vivre là où il est né ?
Cette question traverse toute l'Afrique. Elle traverse aussi l'Amérique latine, le Moyen-Orient, certaines régions d'Asie. Elle traverse désormais la planète entière.
Partout, des femmes et des hommes prennent la route non parce qu'ils aiment partir, mais parce qu'ils ne voient plus de raison de rester.
Au Sénégal, cette douleur porte un nom que chacun connaît. Barça ou Barsakh. L'Espagne ou la mort. Il est difficile d'imaginer une formule plus terrible. Elle ne traduit pas un rêve européen. Elle traduit l'effondrement de l'espérance locale.
Le long de nos côtes, des pirogues quittent discrètement la terre ferme. Elles emportent des pêcheurs que la mer nourrit de moins en moins.
Des diplômés qui attendent un emploi qui ne vient jamais.
Des jeunes qui refusent de devenir une charge pour leurs parents.
Des hommes déjà pères.
Des femmes désormais prêtes, elles aussi, à défier l'océan.
Toutes ces embarcations portent le même chargement.
Des vies.
Des rêves.
Des adieux.
Certaines atteindront les îles Canaries. D'autres disparaîtront dans l'immensité de l'Atlantique. Et pendant que la mer garde ses secrets, des familles entières apprennent à vivre sans certitude.
Sans tombe. Sans dernier regard. Sans dernière étreinte.
Mais réduire cette tragédie aux seuls pays de départ serait une facilité. Le monde entier est concerné. Les pays d'origine ont le devoir immense de redonner confiance à leur jeunesse. Les pays de destination ont celui de protéger leurs frontières sans renoncer à leur humanité.
Les organisations internationales doivent dépasser les déclarations pour construire des réponses durables.
Et nous, citoyens ordinaires, devons résister à une autre forme de naufrage : celui de l'indifférence.
Car une tragédie qui se répète finit parfois par ne plus émouvoir. C'est le plus grand danger. Lorsqu'un drame devient une habitude, il cesse d'interroger les consciences.
Alors on compte les morts. On commente les chiffres. Puis l'actualité passe à autre chose. Jusqu'au prochain bateau. Jusqu'à la prochaine vague. Jusqu'au prochain été.
Pourtant, aucune frontière ne pourra arrêter une espérance. Aucun mur ne sera jamais plus solide que le désespoir. Aucune surveillance ne remplacera la justice.
L'histoire de l'humanité est faite de migrations. Mais notre époque ajoute une cruauté nouvelle : des millions de personnes ne partent plus pour découvrir le monde. Elles partent pour simplement avoir le droit d'y vivre.
Voilà pourquoi Ceuta dépasse Ceuta. Ce petit morceau de terre est devenu un immense miroir. Il reflète nos inégalités. Nos renoncements. Nos égoïsmes.
Mais aussi cette question qui demeure suspendue au-dessus de chaque embarcation : combien de vies faudra-t-il encore perdre avant que le droit de rester dignement chez soi devienne enfin une priorité mondiale ?
L'été nous révèle souvent ce que nous cherchons à oublier. Cette année, il nous rappelle une vérité aussi simple que dérangeante : les migrants ne fuient pas la mer. Ils fuient un monde qui, trop souvent, leur a tourné le dos.
Et le véritable naufrage ne sera pas celui des pirogues. Il commencera le jour où ces images ne provoqueront plus ni colère, ni compassion, ni débat. Seulement le silence.
Car lorsqu'une société s'habitue à la détresse des autres, ce ne sont plus seulement des hommes qui se noient. C'est notre humanité tout entière qui commence à prendre l'eau.
Marie Barboza MENDY
Regards Croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
Tél. 78 291 83 25
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