A la Une: Kagame, nouveau patron de l’UA



« Il suscite l’admiration autant qu’il agace, relève Jeune Afrique. À Addis-Abeba, dans les coulisses du 30e sommet de l’Union africaine, l’arrivée du président rwandais à la tête de l’institution a suscité nombre de commentaires avant même qu’il ne prenne officiellement ses fonctions. La “méthode Kagame” est au cœur de l’UA depuis ce mois de juillet 2016, rappelle Jeune Afrique, où ses pairs l’ont désigné pour mener à bien les réformes que chacun appelle de ses vœux. Il aurait suffi, dit-on, qu’Idriss Déby Itno, à l’époque président en exercice, prononce son nom lors d’une réunion à Kigali, en marge du 27e sommet, pour qu’il fasse aussitôt l’unanimité. Il est vrai qu’en un peu moins de vingt-cinq ans, l’ancien chef militaire a hissé son pays au rang des bons élèves en matière de gestion et de gouvernance. Le bilan est moins flatteur en ce qui concerne les libertés, l’ouverture démocratique et l’alternance politique, mais il n’a cure des critiques et, à l’UA, pointe encore Jeune Afrique, ces questions ne sont pas au centre des préoccupations. »
 
Admiration et méfiance
 
En effet, constate Le Monde Afrique, « au Rwanda, la gouvernance Kagame est celle d’un despote, pour sûr. Eclairé, peut-être. Durant vingt-quatre ans, il a façonné son pays qu’il contrôle d’une main de fer, avec des méthodes autoritaires conjuguées à une approche de manageur, privilégiant la sécurité et les résultats économiques aux avancées démocratiques. (…) Qu’importe, poursuit Le Monde Afrique, il continue d’incarner une Afrique moderne et développée, séduisante et indocile, capable de tenir tête à de vieilles puissances coloniales.
 
Ce qui lui vaut admiration et méfiance de la part de ses homologues africains (…). Avant de passer le flambeau à l’Egyptien Abdel Fattah Al-Sissi en 2019, Paul Kagamé n’a qu’une année pour réformer et dépoussiérer l’UA. Certaines puissances africaines ne voient pas forcément d’un bon œil son arrivée à la tête de l’organisation panafricaine, qu’il doit rendre indépendante financièrement et plus efficace. Un défi pour la mythique Organisation de l’unité africaine devenue en 2002 l’Union africaine. »
 
Quelle gestion des crises ?
 
Là où on peut être sceptique sur l’action de Kagame, c’est dans la gestion des crises… Et elles sont nombreuses sur le continent, pointe Ledjely à Conakry : « les situations les plus préoccupantes sont la Libye qui ne se remet toujours pas du chaos consécutif à la chute de Mouammar Kadhafi ; le Soudan du Sud où les violences se poursuivent de plus belle, en dépit d’un cessez-le-feu signé par les parties au conflit ; le Mali et son improbable retour à la normale, ainsi que la République démocratique du Congo que Joseph Kabila continue à régenter comme son patrimoine personnel. Le Togo non plus, ne rassure pas. Au Tchad, le pouvoir ne subsiste que par le biais de la terreur ambiante qu’il a instaurée en connaissance de cause. Enfin, pour le Burundi, l’avenir ne s’annonce pas non plus radieux. De toutes ces crises et de celles qui vont germer par la suite, Paul Kagamé doit s’en charger et œuvrer dans le sens de leur extinction. »
 
Démocratie tropicalisée…
 
Et ça ne sera pas simple, relève Le Pays à Ouagadougou : « l’homme a une conception bien à lui de la démocratie », à savoir « une démocratie tropicalisée qui n’est en réalité qu’une forme de dictature déguisée dans laquelle le despote se donne les moyens de sa politique en ayant les coudées franches pour agir sans véritable voix de l’opposition à son action. Dans ces conditions, soupire le quotidien ouagalais, on ne voit pas comment il pourrait remonter les bretelles aux satrapes du continent qui n’hésitent pas à tripatouiller les textes fondamentaux de leur pays à l’effet de se maintenir au pouvoir, quand lui-même s’est ouvert un boulevard pour rester au pouvoir jusqu’en 2034. »
 
Enfin, L’Observateur Paalga, toujours à Ouga, s’interroge : « l’homme mince de Kigali pourra-t-il donc dégraisser le mammouth d’Addis-Abeba qui se meut difficilement ? Paul Kagame pourra-t-il diriger l’UA comme une caserne à l’image du Rwanda et mettre au pas 55 Etats avec autant de réalités différentes, surtout qu’il n’a qu’une petite année pour imprimer sa marque et faire sa révolution ? On a bien peur qu’à la fin de son mandat, et ça ne sera sans doute pas par manque de volonté, le vaste champ qui vient de lui être confié soit à peine débroussaillé. »

Rfi.fr

Mardi 30 Janvier 2018 - 11:16



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