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Affaires de Serigne Gabou Ngabou: Un Serigne peut en cacher d’autres.....(Par Dr Moustapha Fall)



Affaires de Serigne Gabou Ngabou: Un Serigne peut en cacher d’autres.....(Par Dr Moustapha Fall)
Alors qu’une pluie de commentaires avec son lot d’invectives, de rejets et de calomnies, s’abat sur la personne de Serigne Modou Lo Ngabou et que de graphiques audios sur les réseaux sociaux enfoncent ce « marabout » dans une spirale d’aveux et de déclarations de repentance, l’heure de tirer le bilan humain pour le seul compte de l’humanité nous semble être plus que jamais opportun. Les péripéties de la vie de notre frère en Islam, Serigne Modou Lo Ngabou, sont difficiles. Sont-elles le résultat d’un faux dévot démasqué, d’un voyou dénudé à la face du monde ? Où ces péripéties sont-elles des formes de punitions que le Seigneur réserve à son bien-aimé esclave pour mieux le purifier, l’élever comme il l’a toujours fait avec ses prophètes et saints hommes ?
 
Tel l’oiseau de Minerve qui ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit, nous entendons, par cette modeste contribution, nous envoler au-dessus des supputations, de jugements et condamnations hâtives de l’heure, du voyeurisme ambiant pour mieux comprendre d’abord l’homme et son message, ensuite évaluer ses actes au tamis de la critique de notre propre société pour enfin en tirer des leçons d’humanité.
 
N’en déplaise aux qu’en dira-t-on, Serigne Modou Lo Ngabou impressionne par ses écoles coraniques, la qualité de ses sermons sur le sens de la vie, la mort. À titre personnel, nous avons l’habitude d’écouter ses messages et ses sermons à travers plusieurs canaux médiatiques (Youtube, Facebook, Tictoc). Ces moindres déplacements dans les écoles coraniques, mosquées, et cimetières où il tient le crachoir, attirent du monde vers lui. Bref, tout sur l’homme fait vibrer le cœur de disciples qui lui vouent un grand respect. Son accoutrement blanc, rappelant la pudeur et la chasteté, laisse penser aux saints-hommes qui n’accordent aucune importance ou signification à cette vie terrestre.
 
Quelle mouche satanique a-elle pu donc piquer cet homme pour qu’il commette ces actes ignobles punis par la mort au regard de jurisprudence islamique ?
Tout part d’une plainte qu’il a lui-même déposée et qui a ouvert la boite de pandore d’autres accusations sexuelles qui ont précipité sa « chute »et entraîné sur son sillage un éventail de qualificatifs sur sa personne « satan », « Imposteur », « hypocrite », « bandit », « trompeur » et sortes d’autres noms d’oiseaux.
Un Serigne Modou Lo Ngabou peut bien en cacher d’autres :
 
Paradoxalement l’affaire Serigne Modou Lo Ngabou en cache d’autres dans toutes les sphères religieuses et confrériques de la société sénégalaise. Ce sont ces faux dévots avec leurs boubous blancs bien amidonnés, en qui nous avons souvent fait allégeance par manque de lucidité et/ou de foi éclairée. Certains d’entre eux baptisent nos enfants ; nous dirigent dans les mosquées et les plus osés nous promettent le paradis par le bais de raccourcis discursifs dangereux réducteurs et de bourdes verbales nourries dans les dédales des profondeurs de la fausseté, de la pensée binaire, du populisme religieux et de l’hypocrisie.

Certains d’entre eux organisent des cérémonies religieuses qui sont vidées de tout leur contenu spirituel et souvent remplies de toute la substance lucrative inscrite dans des batailles de positionnement, de considération sociale et d’intérêt particulier. Bref, ces personnes vivent de l’Islam, des confréries et de la religion en général. Dernière leur « pureté affichée », inscrite dans le magma de leurs discours bien concoctés et planifiés, se cache une véritable œuvre satanique qui attire des foules désorientées, désœuvrées et souvent déconnectées de l’univers coranique.
 
 Certes, Dieu nous dit vouloir « alléger vos obligations, car l’homme a été créé faible. » (Coran 4:28). Ainsi, c’est dans un état de faiblesse que nous venons au monde et c’est aussi dans un état de faiblesse que nous vieillissons et mourons. Entre la naissance et la mort, l’Homme fait face à divers moments de faiblesse, à la fois physiques et spirituels. De ce fait, s’il a une seule chose à tirer de l’affaire de Serigne Modou Lo Ngabou, c’est de dire que le vrai danger c’est de vouloir s’afficher trop fort, trop parfait alors qu’on sait qu’on est faible intérieurement. La gaffe spirituelle commise par de Serigne Modou Lo Ngabou, c’est de n’avoir pas pu travailler assez sur son intériorité, d’avoir négligé son propre voyage spirituel intérieur avant d’entamer un autre avec ses disciples. Et notre collègue, Docteur Cheikh Tidiane Lo du Département de Langues Etrangères Appliquées de Gaston Berger, reste très nuancé mais catégorique en ces termes : « […]Nul n’est parfait, chacun d’entre nous a un côté sombre,[…] mais ceux qui s’arrogent le droit de guider les gens vers Dieu doivent veiller sur la rectitude et la droiture, parce que une personne ordinaire peut commettre ces fautes et que c’est «tolérable », mais quand quelqu’un s’érige en guide religieux, cela devient beaucoup plus compliqué […] ».
 
Certes nous n’avons pas pu citer tout le propos du Professeur mais nous pensons qu’il résume l’essentiel du sous-jacent de notre propos quant à la rigueur spirituelle à laquelle nous devons toujours soumettre tout individu qui s’érige le droit de guider de nous guider. Or, il est utile de savoir que « toute acception d’une affirmation sans critique et sans analyse au préalable conduit fréquemment à admettre pour vraies des absurdités » dixit Flaubert dans son célèbre Dictionnaire sur les Idées Reçues.
 
Quelles leçons à retenir pour l’humanité ?
Nous avons certes fort condamné les actes de l’homme mais nous ne saurons jamais juger son âme. Et même si ce jugement devait se faire aujourd’hui, il ne saurait jamais se faire sur l’homme mais sur ses actes car nul ne doit juger les âmes. Très tôt dans notre formation coranique à Touba, nous avons appris à ne jamais diviniser les hommes et ne jamais aussi confondre le message avec le messager. Autrement dit, nous avons compris que l’homme n’est pas le message et le message n’est pas l’homme. Malgré tout, en tant qu’être humain, nous ne pouvons que suspendre notre propre jugement et avoir foi en la bonté, en la sincérité du cœur de Serigne Modou Lo Ngabou et en son amour de Dieu, du Prophète et de l’Islam. Nous avons su aussi qu’il est un simple mortel qui a ses faiblesses, qui lutte toujours avec ses tensions internes, contre ses manquements comme tout autre humain. Et la grandeur de cet homme, c’est qu’il a découvert sa « petitesse » dans ce long processus de cheminent vers son Seigneur où il a reconnu ses manquements et avoue à la face du monde qu’il a commis des erreurs. Et s’il fallait juger les actes de l’homme aujourd’hui, nous dirions qu’il a simplement dû « s’éloigner » de Dieu dans ces moments.
 
Néanmoins, plus qu’un rappel pour nous et tous les êtres humains, cette « chute » au regard du tribunal de l’humanité, est peut-être simplement une élévation spirituelle vers son Seigneur qui lui rappelle l’essentiel et l’urgence, d’un cœur qui doit se purifier de tout souci de grandeur, de tout manque d’humilité pour se déconnecter des parures du monde terrestre pour vivre la toute plénitude de son intimité avec son Seigneur. N’est-ce pas c’est cela qu’ont compris les grands hommes, comme Cheikhoul Khadim, Elhadji Malick Sy (et autres) qui ont longtemps vécu dans l’isolement et l’apprentissage de la foi avant d’entamer leurs propres élévations spirituelles ? Avant qu’ils ne vécussent dans l’intime divine, ils eussent vécu dans l’intimité de leurs cœurs. Bref, un voyage spirituel horizontal de découverte de soi et d’apprentissage des créatures divines avait précédé leur voyage spirituel vertical vers les félicités divines où l’homme échappe aux pièges du Satan pour de bon et devient, de facto, une parfaite créature (Al- Insan-Al Kamil).
 
En voulant trop s’afficher devant les caméras, en voulant parcourir le monde, Serigne Modou Lo Ngabou avait peut-être oublié et déserté Dieu dans son cœur. À l’instar du charismatique prêcheur, Tariq Ramadan, pris aussi entre les mailles de la justice française, Serigne Modou Lo Ngabou devrait bien se consoler dans les propos de cet homme qui vit toujours dans de sales draps de la justice française pour une affaire de viol: « […] à parcourir le monde, j’avais oublié et déserté mon cœur. Je l’avais cru « terre connue et apprivoisée » alors que je l’avais tant négligé et délaissé. Le cœur est un jardin qui exige des soins de l’attention et de la délicatesse. Pour que les plantes, les fleurs et les fruits s’épanouissent, il faut l’habiter, l’écouter, l’entretenir. Les murs de ma prison m’ont invité à cultiver mon jardin » (Ramadan, 2019).
 
Ainsi, comme Tariq Ramadan, nous pensons que l’erreur de Serigne Modou Lo Ngabou est de n’avoir pas assez cultivé son propre jardin spirituel avant son envol spirituel. Il fallait donc revenir sur terre, et de quelle manière, pour pouvoir entamer son envol spirituel. Paradoxalement, nous ne devons jamais perdre de vue qu’il existe au sein même de la société sénégalaise des milliers de saints hommes et de saintes femmes qui cultivent leurs jardins spirituels loin des caméras et des médias, loin des cérémonies religieuses sans qu’on les connaisse. Ce sont ces gens-là vers qui il faut ruer car ils portent leur spiritualité dans le tréfonds paisible de leurs cœurs et non sur la surface de leurs visages. En somme, les propos subversifs de Jésus tendent bien une belle perche à Serigne Modou Lo Ngabou « Que celui qui n’a jamais péché, jette la première pierre » (Jn 8,7).
 
Nous sommes très convaincus que Serigne Modou Lo Ngabou a bien su se servir des pierres qu’on lui jette aujourd’hui pour mieux se reconstruire intérieurement et construire les murs de son jardin spirituel avec sa famille dans ce long, pénible et interminable processus d’élévation spirituelle qui est une quête permanente plus qu’un acquis de tous les jours.
 
À lumière de tout cela, chacun d’entre nous devrait être un oiseau de Minerve pour son prochain qui, en préférant prendre son envol que la nuit, reste toujours sage sur évènements de la vie. Autrement dit, nous devons suspendre notre jugement et nous atteler à cultiver les murs de notre propre jardin pour une élévation spirituelle.
A word to the wise!
Dr. Moustapha Fall
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Salif SAKHANOKHO

Jeudi 21 Juillet 2022 - 20:52


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