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Agression mortelle d’un Kankourang à Sédhiou : Deux (2) individus arrêtés



Agression mortelle d’un Kankourang à Sédhiou : Deux (2) individus arrêtés
Depuis l’agression « sauvage » d’un « Kankourang », c’est la consternation totale à Kaour. Contrairement aux images qui circulent sur des réseaux sociaux faisant état de la présence du « Kankourang » ou du « Fambondi», Kaour est toujours dans le deuil. Des populations se sont mobilisées pour rendre un ultime hommage au porteur du masque.

Deux (2) présumés agresseurs ont été arrêtés par la gendarmerie. Cette tragédie est survenue à la suite d’un malheureux malentendu.

Tout est parti de la volonté des jeunes du village, qui voulaient nettoyer le poste de santé de la localité. Pour garantir une forte mobilisation des populations, ils ont fait recours à deux kankourangs. Surprises par cette présence, des femmes qui s’adonnent à leurs activités de maraîchage dans un jardin, situé non loin du lieu d’investissement humain, ont pris la fuite. Prise de panique à la vue de cet être mythique, une dame d’un âge avancé, qui n’a pas pu s’échapper, se retrouve entre ses griffes. Bien que le kankourang ne l’ait pas touchée, renseignent des sources concordantes, la vieille tétanisée par la peur aurait vécu un mauvais quart d’heure. N’étant pas présent au moment des faits, son neveu, qui a eu vent de cette information, a vite rallié les lieux à moto. Non satisfait des explications fournies par des jeunes, il s’est résolu à laver ce qu’il considère comme un affront infligé à sa tante.

C’est ainsi qu’il asséna plusieurs coups de bâton à un autre kankourang qu’il a croisé sur son chemin du retour. Sérieusement atteint au niveau du crâne, le jeune porteur de masque s’affale et perd connaissance. Il est acheminé d’urgence au centre de santé de Goudomp, puis à Ziguinchor où il a finalement rendu l’âme aux environs de 23 heures.

Quant à son présumé agresseur ainsi que le responsable des jeunes du village, ils ont été cueillis par la gendarmerie de Samine et mis à la disposition du procureur.
A Kaour, département de Goudomp, cette affaire impliquant cet être mythique, gardien des valeurs des peuples de la Guinée Bissau et de l’espace sénégambien, fait l’objet de nombreux commentaires et de vives réactions des populations qui, tout en condamnant cette agression, expriment leur indignation face à l’effondrement d’un mythe jalousement préservé, et qui en 2003 a été classé patrimoine culturel immatériel mondial par l’Unesco.

«Un sujet très délicat»

C’est un véritable monde qui s’effondre. C’est du moins ce que reflètent les réactions d’indignation face à cette situation singulière. Acteur culturel et auteur d’un livre sur le kankourang, Ibrahima Makama Diakhaté condamne cet acte. Revenant sur les frasques d’un mythe ancré dans les traditions mandingues, il invite les autorités à vite réagir pour mettre de l’ordre. « Ce qui s’est passé à Kaour est un drame malheureux et tragique. Il peut virer en vendetta si les autorités de tout bord ne prennent pas les dispositions idoines. La question du kankourang est un sujet très délicat qui mérite beaucoup d’attentions. Cet être est issu de ce qu’on appelle une croyance religieuse terrestre, mais bien ancrée dans les consciences populaires. Ce qui appelle à une position sérieuse et non triviale.

Le Mandingue est plongé dans le chaudron du bois sacré qui lui inculque des réflexes de défense du Kankourang au prix même de sa vie. Ce réflexe alimenté et entretenu par des mythes fondateurs érigés en dogme », explique M. Diakhaté, par ailleurs professeur de philosophie.

«Les frasques» d’un mythe

Cette banalisation fait peur. Le coordinateur du «Djioudiouba» détaille les différents épisodes tragiques qui escortent la sortie du kankourang. «Il y a eu les émeutes de 1988 dues à la profanation d’un kankourang par un gendarme à Sédhiou. Elles avaient plongé la ville à feu et à sang. Celles de Marsassoum eurent lieu suite à la lapidation à mort d’un étranger qui s’était montré irrévérencieux face à cet être considéré comme sacré. On peut verser dans cette longue liste de drames celles de Samine, Sandiniéry, Goudomp, Kolda... Une liste loin d’être exhaustive, jalonnée de meurtres liés à la défense des valeurs culturelles mandingues. C’est dire que ceux de Kaour méritent beaucoup d’attention.

Le Peuple mandingue, blessé dans sa chair, a du mal à faire face à cette mutation qui a instauré un nouvel ordre dans lequel les normes de groupes heurtent de front les lois de l’Etat. Et si ce virage n’est pas bien négocié, le sang risque de gicler encore», prévient-il.

Le Quotidien

Aminata Diouf

Lundi 21 Décembre 2020 - 18:00


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