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Anniversaire de la révolution tunisienne: déceptions et frustrations dans la rue

On est bien loin des scènes de liesse d'il y a sept ans dans les rues de Tunisie. Tout un peuple chavirait alors de bonheur et applaudissait la chute du président Ben Ali. Ce 7e anniversaire de la révolution de Jasmin qui allait lancer la vague des « printemps » dans les pays arabes a été bien morose ce dimanche. Les espoirs sont déçus, la crise économique s'est enracinée. Après les troubles qui ont éclaté en début de semaine, des centaines de personnes ont défilé hier dans le calme dans les provinces et dans la capitale. Les manifestants réclament la fin des mesures d'austérité. Reportage.



Accroché au bout d’un bâton, un homme brandit un panier. Dessus une pancarte : « En 2018, le couffin est vide, mais le cœur est plein ! » En ce dimanche matin humide, devant le siège du principal syndicat du pays, grande bâtisse blanche aux volets bleu ciel, parmi les 300 Tunisiens rassemblés là, l’amertume est palpable. « Nous avons fait une révolution et nous avons cru que ça allait s'améliorer, mais en fait, rien n’a changé ! Au contraire, les conditions de vie de Tunisiens sont de pire en pire », confie Siham, 50 ans,  professeur de lycée.
 
Saïd confirme : avec la flambée des prix, joindre les deux bouts est devenu mission quasi impossible, même avec un emploi. « Je suis instituteur, depuis la révolution ma situation s’est dégradée. Avant je n’avais pas de dettes, maintenant si. Chaque mois, c’est la même chose. »
 
Les slogans de 2011 refont donc rapidement surface….Travail, liberté, dignité nationale ! Car, 7 ans après la révolution et dix gouvernements plus tard, les promesses n’ont pas été tenues. « Faut descendre dans la rue pour défendre nos libertés politiques et demander l’emploi, toujours l’emploi », clame un homme.
 
Quelque 600 000 personnes sont au chômage en Tunisie, dont 30% de diplômés. Mais en ce 14 janvier, pas de mobilisation massive, malgré l’amertume et l’inquiétude.
 
■ Une nouvelle Maison des jeunes dans la cité Ettadhamen
 
Beji Caïd Essebsi a inauguré la nouvelle Maison des jeunes dans la cité Ettadhamen. En marge de la visite, l’un des correspondants de RFI est allé à la rencontre des habitants.
 
La cité Ettadhamen compte des dizaines de milliers d'habitants, aux portes de Tunis. C'est ici que des quartiers construits dans l'illégalité dans les années 1970 ont finalement été intégrés à Tunis.
 
Premier constat massif, l'absence d'emploi comme l'explique Ahmed qui tente par des petits boulots, de s'en sortir : « Je suis diplômé de l'université, de l'école supérieure de commerce, depuis 2011. Je suis jusqu'à maintenant chômeur. »
 
Le chômage des jeunes diplômés ici atteint et dépasse les 30%. Un fléau qui attire d'autres fléaux, à en croire Yasmine, qui est née et qui a grandi ici : « C'est catastrophique, parce que la drogue est partout, le chômage partout. »
 
Féthi habite le quartier depuis les années 1970. Bien sûr la première visite d'un président pour inaugurer une maison des jeunes lui plaît, même s'il regrette que rien ne soit fait pour les rues délabrées : « Il y a beaucoup de jeunes au chômage. Ce qu'on a fait pour les jeunes, c'est bien. Mais pour les rues... cette rue, il y a beaucoup d’eau, beaucoup de pluie. Un mètre. Les gens qui habitent ici ne peuvent pas rentrer dans leur maison. »
 
En vacances dans le quartier où il loge chez sa famille, Youssef se réjouit des intentions du président, mais s'interroge sur les conséquences : « C'est un quartier populaire, c'est le deuxième quartier en Afrique, c'est le deuxième plus grand quartier quand même. C'est bien qu'il passe par là. Mais en même temps, ça va changer quoi ? J’en sais rien. »
 
Les annonces du gouvernement sur les aides sociales et à l'emploi n'ont suscité ici aucun grand enthousiasme.

Rfi.fr

Lundi 15 Janvier 2018 - 08:51



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