Chaque année, le 8 mars revient avec la régularité d’un métronome. Les « nirolé » sont partout, les tribunes se garnissent de discours solennels et la société entière se met à célébrer « la femme » avec une ferveur qui tient à la fois de la liturgie civique et de la communication institutionnelle. On exalte sa capacité de sacrifice, sa centralité dans la famille et son rôle irremplaçable dans l’économie informelle.
Pendant toute une journée, la femme sénégalaise devient une figure mythologique. Elle est courage, patience, dignité, endurance et abnégation. Elle est l’héroïne de tous les discours officiels et de toutes les photos protocolaires.
Mais comme dans toutes les cérémonies soigneusement orchestrées, la rhétorique possède une fonction discrète mais essentielle. Elle permet d’éviter certaines questions plus embarrassantes. Car pendant que les estrades s’emplissent de louanges et que les micros diffusent des hommages impeccablement calibrés, une réalité moins confortable progresse silencieusement dans les interstices de la société. Elle ne figure pas dans les slogans, n’apparaît pas dans les colloques de circonstance et elle n’est presque jamais évoquée dans les déclarations solennelles.
Cette réalité porte un nom que l’on préfère éviter. Elle s’appelle la féminisation du banditisme.
Il ne s’agit plus d’épisodes isolés ni de faits divers pittoresques. Les services de police, les magistrats, observent depuis plusieurs années une évolution nette. Des femmes apparaissent désormais dans des réseaux de vols organisés, dans des circuits de trafic de stupéfiants, dans des escroqueries numériques sophistiquées, dans des mécanismes de blanchiment d’argent ou dans des dispositifs logistiques liés à des organisations criminelles plus larges. Autrement dit, la criminalité cesse progressivement d’être un territoire presque exclusivement masculin.
Cette transformation dérange profondément les représentations sociales. La société sénégalaise a longtemps entretenu une image particulière de la femme dans l’ordre moral. Elle était perçue comme la gardienne des équilibres familiaux, la protectrice des valeurs morales et religieuses et le pilier de la respectabilité sociale. Dans cette vision idéalisée, la criminalité féminine ne pouvait être qu’une anomalie accidentelle, presque une erreur statistique.
Lorsqu’une femme apparaissait dans un dossier judiciaire, l’explication surgissait aussitôt. Elle avait été manipulée. Elle avait été trompée. Elle avait agi sous contrainte. Elle était victime avant d’être responsable. Cette lecture compassionnelle n’est pas toujours fausse. Elle correspond quelques fois, à des réalités tragiques. Mais elle produit aussi une forme de cécité collective. Elle empêche d’admettre qu’une partie de la criminalité féminine relève aujourd’hui d’engagements pleinement conscients, rationnels. Certaines femmes ne sont plus simplement entraînées dans le crime. Elles y participent volontairement.
Admettre cette évolution oblige à reconnaître une vérité plus dérangeante encore. Les mécanismes de désagrégation sociale n’épargnent plus personne. Ni les hommes, ni les femmes. Le chômage massif des jeunes, la précarité des revenus, l’explosion de l’économie informelle et l’augmentation du coût de la vie ont créé une pression économique d’une intensité rarement atteinte. Beaucoup de jeunes femmes se retrouvent diplômées mais sans emploi stable, cheffes de famille avant l’âge ou migrantes internes déracinées dans des périphéries urbaines où les solidarités traditionnelles se sont progressivement dissoutes.
Dans ces conditions, certaines formes de délinquance apparaissent d’abord comme des stratégies de survie. Un commerce illégal ici, une escroquerie opportuniste là, une participation logistique dans un réseau informel ailleurs. Puis, progressivement, les pratiques se structurent et la frontière entre débrouillardise et criminalité devient floue. Les réseaux s’organisent. Les profits deviennent réels. Et la criminalité cesse d’être un accident pour devenir, dans certains cas, une carrière.
Cette évolution est encore amplifiée par une transformation profonde des imaginaires sociaux. L’omniprésence des réseaux sociaux et l’exposition permanente à des récits de réussite spectaculaire ont modifié les repères collectifs. La réussite ne se mesure plus au temps, à l’effort ou à l’intégrité. Elle se mesure à la vitesse et à la visibilité. Dans cet univers symbolique, la criminalité peut apparaître comme un raccourci vers l’autonomie financière.
Même si le phénomène n’est pas propre au Sénégal, il y prend une coloration particulière parce qu’il entre en collision avec un autre trait du paysage social. Le silence presque absolu des mouvements féministes sur cette question. Les organisations féminines sénégalaises sont pourtant actives et visibles dans de nombreux combats légitimes. Elles défendent la parité politique, dénoncent les violences sexistes et militent pour l’accès des femmes aux responsabilités publiques. Mais sur la question de la criminalité féminine organisée, leur voix devient beaucoup plus discrète, sinon aphone.
Reconnaître publiquement ce phénomène pourrait être perçu comme une concession aux discours sécuritaires ou comme un argument offert à ceux qui cherchent à discréditer les revendications féministes. Le dilemme est réel. Mais la solution choisie, le silence, n’est pas sans conséquence. En désertant ce terrain, on abandonne l’analyse du phénomène aux lectures les plus simplistes, les plus moralisatrices ou les plus répressives.
Et pendant que ce débat n’a pas lieu, la société continue d’avancer dans un mélange curieux de célébration officielle et de déni collectif. Cette capacité nationale à juxtaposer des discours solennels et des réalités moins reluisantes n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle. Elle appartient à une longue tradition sociologique dont certaines scènes mériteraient presque d’être classées au patrimoine immatériel du pays.
Et puisqu’il est question de réalité derrière les discours, il suffit d’observer une simple scène administrative pour mesurer la distance qui sépare les proclamations publiques de la vérité juridique.
Des mères se présentent avec leurs enfants pour obtenir ou renouveler des documents d’identité. Elles les ont portés, elles les élèvent, les nourrissent, les soignent et les protègent. Pourtant, l’administration leur oppose une règle simple et impeccable. Sans la signature du père, la loi, dans sa sagesse historique, considère que l’autorité parentale demeure essentiellement masculine. Le père signe. La mère accompagne.
Le spectacle possède une dimension pédagogique. La République explique à ces femmes qu’elles peuvent être mères, éducatrices, soutiens financiers et piliers quotidiens de leurs enfants. Mais juridiquement, elles ne peuvent pas décider seules pour eux. Autrement dit, elles peuvent tout faire. Sauf signer.
Dans un pays où la parité est proclamée avec enthousiasme dans les discours publics, cette contradiction possède une certaine élégance théorique. Elle rappelle que certaines égalités vivent très bien dans les tribunes officielles, les conférences et les communiqués. Elles respirent beaucoup moins bien lorsqu’elles rencontrent un guichet administratif.
Mais l’ironie ne s’arrête pas là.
Parmi ces curiosités nationales figure notamment une institution domestique d’une grande richesse analytique qui est le foyer polygamique. Dans l’abstrait, la polygamie ressemble à une brochure institutionnelle. Avant le mariage, tout est lucidité. On évoque la tradition ou la religion avec une sérénité philosophique impressionnante. Être deuxième, troisième ou quatrième épouse semble presque relever d’une catégorie assumée.
Dans la pratique, la situation est plus complexe. Car partager un homme est une idée relativement simple sur le papier. Par contre, partager son temps, son attention et ses ressources l’est beaucoup moins. L’union devient une scène diplomatique de haute intensité. Les équilibres affectifs se transforment en géopolitique domestique et l’alliance autour du doigt, acquiert soudain une importance capitale inattendue. Qui s’assoit où, qui s’assoit quand et surtout qui a droit au côté droit ou gauche de l’époux, deviennent des questions dont la sensibilité ferait échouer certaines négociations internationales.
La jalousie, bien entendu, n’existe pas officiellement. On parle plutôt d’une vigilance affective développée. Chaque détail devient un indice révélateur. Un repas partagé ailleurs, une nouvelle tenue ou un retour tardif se transforment en indicateurs diplomatiques. Au fond, la question reste toujours la même. Comment distribue-t-on réellement le pouvoir, l’attention et les avantages dans une communauté humaine.
Or cette question ne concerne pas seulement les foyers. Elle traverse l’ensemble de l’espace public sénégalais. Et c’est peut-être ici que la satire sociologique atteint son point culminant. Car la contradiction la plus spectaculaire ne se trouve ni dans les foyers polygamiques ni dans les réseaux criminels. Elle se trouve dans notre manière de parler.
Pendant que la nation célèbre la femme avec une éloquence liturgique, une autre pratique prospère dans l’espace public avec une constance remarquable. L’insulte dirigée contre la mère. À la moindre contrariété, à la première divergence ou à la plus petite frustration, les injures fusent. Et presque toujours elles visent les mères. Comme si la dignité d’une femme constituait la monnaie d’échange la plus commode pour solder les différends.
Cette habitude indigne, révèle une faillite de l’argument et une pauvreté d’esprit. Lorsque la pensée se retire, la vulgarité s’installe. Dns le vacarme obscène, les mères deviennent les cibles symboliques d’une virilité qui confond courage, obscénité et vacarme.
Que dit cette obsession à atteindre l’adversaire par la mère ? Elle révèle un imaginaire archaïque dans lequel la femme demeure un réceptacle d’honneur masculin. Elle révèle surtout une hypocrisie nationale particulièrement élaborée. Car le même pays qui célèbre la femme le matin, la traîne dans la boue le soir.
On ne peut pas, dans la même journée, louer la dignité de la femme sénégalaise sur une tribune officielle et la transformer peu de temps après, en projectile dans une dispute politique, sportive ou numérique. Ce double langage relève moins de la contradiction que de l’imposture. Une nation qui ne respecte pas les mères dans sa langue, a du mal à prétendre les respecter dans ses actes.
Peut-être faudrait-il, avant le 8 mars prochain, introduire un amendement symbolique aux discours officiels. Avant de célébrer la femme, commencer simplement par cesser de l’insulter. Ce serait une révolution culturelle d’une ampleur considérable.
Même s’il n’est pas certain que même les Nations unies, malgré toute leur expérience des crises mondiales, disposent des outils nécessaires pour résoudre un travers aussi profondément enraciné dans nos habitudes nationales.
Henriette Niang Kandé
Pendant toute une journée, la femme sénégalaise devient une figure mythologique. Elle est courage, patience, dignité, endurance et abnégation. Elle est l’héroïne de tous les discours officiels et de toutes les photos protocolaires.
Mais comme dans toutes les cérémonies soigneusement orchestrées, la rhétorique possède une fonction discrète mais essentielle. Elle permet d’éviter certaines questions plus embarrassantes. Car pendant que les estrades s’emplissent de louanges et que les micros diffusent des hommages impeccablement calibrés, une réalité moins confortable progresse silencieusement dans les interstices de la société. Elle ne figure pas dans les slogans, n’apparaît pas dans les colloques de circonstance et elle n’est presque jamais évoquée dans les déclarations solennelles.
Cette réalité porte un nom que l’on préfère éviter. Elle s’appelle la féminisation du banditisme.
Il ne s’agit plus d’épisodes isolés ni de faits divers pittoresques. Les services de police, les magistrats, observent depuis plusieurs années une évolution nette. Des femmes apparaissent désormais dans des réseaux de vols organisés, dans des circuits de trafic de stupéfiants, dans des escroqueries numériques sophistiquées, dans des mécanismes de blanchiment d’argent ou dans des dispositifs logistiques liés à des organisations criminelles plus larges. Autrement dit, la criminalité cesse progressivement d’être un territoire presque exclusivement masculin.
Cette transformation dérange profondément les représentations sociales. La société sénégalaise a longtemps entretenu une image particulière de la femme dans l’ordre moral. Elle était perçue comme la gardienne des équilibres familiaux, la protectrice des valeurs morales et religieuses et le pilier de la respectabilité sociale. Dans cette vision idéalisée, la criminalité féminine ne pouvait être qu’une anomalie accidentelle, presque une erreur statistique.
Lorsqu’une femme apparaissait dans un dossier judiciaire, l’explication surgissait aussitôt. Elle avait été manipulée. Elle avait été trompée. Elle avait agi sous contrainte. Elle était victime avant d’être responsable. Cette lecture compassionnelle n’est pas toujours fausse. Elle correspond quelques fois, à des réalités tragiques. Mais elle produit aussi une forme de cécité collective. Elle empêche d’admettre qu’une partie de la criminalité féminine relève aujourd’hui d’engagements pleinement conscients, rationnels. Certaines femmes ne sont plus simplement entraînées dans le crime. Elles y participent volontairement.
Admettre cette évolution oblige à reconnaître une vérité plus dérangeante encore. Les mécanismes de désagrégation sociale n’épargnent plus personne. Ni les hommes, ni les femmes. Le chômage massif des jeunes, la précarité des revenus, l’explosion de l’économie informelle et l’augmentation du coût de la vie ont créé une pression économique d’une intensité rarement atteinte. Beaucoup de jeunes femmes se retrouvent diplômées mais sans emploi stable, cheffes de famille avant l’âge ou migrantes internes déracinées dans des périphéries urbaines où les solidarités traditionnelles se sont progressivement dissoutes.
Dans ces conditions, certaines formes de délinquance apparaissent d’abord comme des stratégies de survie. Un commerce illégal ici, une escroquerie opportuniste là, une participation logistique dans un réseau informel ailleurs. Puis, progressivement, les pratiques se structurent et la frontière entre débrouillardise et criminalité devient floue. Les réseaux s’organisent. Les profits deviennent réels. Et la criminalité cesse d’être un accident pour devenir, dans certains cas, une carrière.
Cette évolution est encore amplifiée par une transformation profonde des imaginaires sociaux. L’omniprésence des réseaux sociaux et l’exposition permanente à des récits de réussite spectaculaire ont modifié les repères collectifs. La réussite ne se mesure plus au temps, à l’effort ou à l’intégrité. Elle se mesure à la vitesse et à la visibilité. Dans cet univers symbolique, la criminalité peut apparaître comme un raccourci vers l’autonomie financière.
Même si le phénomène n’est pas propre au Sénégal, il y prend une coloration particulière parce qu’il entre en collision avec un autre trait du paysage social. Le silence presque absolu des mouvements féministes sur cette question. Les organisations féminines sénégalaises sont pourtant actives et visibles dans de nombreux combats légitimes. Elles défendent la parité politique, dénoncent les violences sexistes et militent pour l’accès des femmes aux responsabilités publiques. Mais sur la question de la criminalité féminine organisée, leur voix devient beaucoup plus discrète, sinon aphone.
Reconnaître publiquement ce phénomène pourrait être perçu comme une concession aux discours sécuritaires ou comme un argument offert à ceux qui cherchent à discréditer les revendications féministes. Le dilemme est réel. Mais la solution choisie, le silence, n’est pas sans conséquence. En désertant ce terrain, on abandonne l’analyse du phénomène aux lectures les plus simplistes, les plus moralisatrices ou les plus répressives.
Et pendant que ce débat n’a pas lieu, la société continue d’avancer dans un mélange curieux de célébration officielle et de déni collectif. Cette capacité nationale à juxtaposer des discours solennels et des réalités moins reluisantes n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle. Elle appartient à une longue tradition sociologique dont certaines scènes mériteraient presque d’être classées au patrimoine immatériel du pays.
Et puisqu’il est question de réalité derrière les discours, il suffit d’observer une simple scène administrative pour mesurer la distance qui sépare les proclamations publiques de la vérité juridique.
Des mères se présentent avec leurs enfants pour obtenir ou renouveler des documents d’identité. Elles les ont portés, elles les élèvent, les nourrissent, les soignent et les protègent. Pourtant, l’administration leur oppose une règle simple et impeccable. Sans la signature du père, la loi, dans sa sagesse historique, considère que l’autorité parentale demeure essentiellement masculine. Le père signe. La mère accompagne.
Le spectacle possède une dimension pédagogique. La République explique à ces femmes qu’elles peuvent être mères, éducatrices, soutiens financiers et piliers quotidiens de leurs enfants. Mais juridiquement, elles ne peuvent pas décider seules pour eux. Autrement dit, elles peuvent tout faire. Sauf signer.
Dans un pays où la parité est proclamée avec enthousiasme dans les discours publics, cette contradiction possède une certaine élégance théorique. Elle rappelle que certaines égalités vivent très bien dans les tribunes officielles, les conférences et les communiqués. Elles respirent beaucoup moins bien lorsqu’elles rencontrent un guichet administratif.
Mais l’ironie ne s’arrête pas là.
Parmi ces curiosités nationales figure notamment une institution domestique d’une grande richesse analytique qui est le foyer polygamique. Dans l’abstrait, la polygamie ressemble à une brochure institutionnelle. Avant le mariage, tout est lucidité. On évoque la tradition ou la religion avec une sérénité philosophique impressionnante. Être deuxième, troisième ou quatrième épouse semble presque relever d’une catégorie assumée.
Dans la pratique, la situation est plus complexe. Car partager un homme est une idée relativement simple sur le papier. Par contre, partager son temps, son attention et ses ressources l’est beaucoup moins. L’union devient une scène diplomatique de haute intensité. Les équilibres affectifs se transforment en géopolitique domestique et l’alliance autour du doigt, acquiert soudain une importance capitale inattendue. Qui s’assoit où, qui s’assoit quand et surtout qui a droit au côté droit ou gauche de l’époux, deviennent des questions dont la sensibilité ferait échouer certaines négociations internationales.
La jalousie, bien entendu, n’existe pas officiellement. On parle plutôt d’une vigilance affective développée. Chaque détail devient un indice révélateur. Un repas partagé ailleurs, une nouvelle tenue ou un retour tardif se transforment en indicateurs diplomatiques. Au fond, la question reste toujours la même. Comment distribue-t-on réellement le pouvoir, l’attention et les avantages dans une communauté humaine.
Or cette question ne concerne pas seulement les foyers. Elle traverse l’ensemble de l’espace public sénégalais. Et c’est peut-être ici que la satire sociologique atteint son point culminant. Car la contradiction la plus spectaculaire ne se trouve ni dans les foyers polygamiques ni dans les réseaux criminels. Elle se trouve dans notre manière de parler.
Pendant que la nation célèbre la femme avec une éloquence liturgique, une autre pratique prospère dans l’espace public avec une constance remarquable. L’insulte dirigée contre la mère. À la moindre contrariété, à la première divergence ou à la plus petite frustration, les injures fusent. Et presque toujours elles visent les mères. Comme si la dignité d’une femme constituait la monnaie d’échange la plus commode pour solder les différends.
Cette habitude indigne, révèle une faillite de l’argument et une pauvreté d’esprit. Lorsque la pensée se retire, la vulgarité s’installe. Dns le vacarme obscène, les mères deviennent les cibles symboliques d’une virilité qui confond courage, obscénité et vacarme.
Que dit cette obsession à atteindre l’adversaire par la mère ? Elle révèle un imaginaire archaïque dans lequel la femme demeure un réceptacle d’honneur masculin. Elle révèle surtout une hypocrisie nationale particulièrement élaborée. Car le même pays qui célèbre la femme le matin, la traîne dans la boue le soir.
On ne peut pas, dans la même journée, louer la dignité de la femme sénégalaise sur une tribune officielle et la transformer peu de temps après, en projectile dans une dispute politique, sportive ou numérique. Ce double langage relève moins de la contradiction que de l’imposture. Une nation qui ne respecte pas les mères dans sa langue, a du mal à prétendre les respecter dans ses actes.
Peut-être faudrait-il, avant le 8 mars prochain, introduire un amendement symbolique aux discours officiels. Avant de célébrer la femme, commencer simplement par cesser de l’insulter. Ce serait une révolution culturelle d’une ampleur considérable.
Même s’il n’est pas certain que même les Nations unies, malgré toute leur expérience des crises mondiales, disposent des outils nécessaires pour résoudre un travers aussi profondément enraciné dans nos habitudes nationales.
Henriette Niang Kandé
Autres articles
-
Grand Dakar : coup de filet contre un réseau spécialisé dans l’escroquerie au visa Schengen
-
Affaire Abdoulaye Ba : Me Hosni Maati monte au créneau pour défendre Cheikh Oumar Diagne
-
Sénégal : 164 migrants clandestins interceptés au large de Djiffer par la gendarmerie
-
Rosso : un individu déféré pour détention et tentative de mise en circulation de faux billets
-
Kolda : conférence du Dahira des femmes de Saré Mamady sur le rôle de la femme dans la cellule familiale





Grand Dakar : coup de filet contre un réseau spécialisé dans l’escroquerie au visa Schengen


