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Conflit du Haut-Karabakh: le district de Kelbajar rétrocédé à l’Azerbaïdjan

L’Arménie restitue peu à peu les territoires qu’elle avait conquis il y a trente ans aux dépens de l’Azerbaïdjan. L’accord signé par Bakou et Erevan sous le patronage russe, le 10 novembre, a mis fin à six semaines d’une guerre dont l’issue s’avère particulièrement douloureuse pour les Arméniens. Après Aghdam, dans le nord du Haut-Karabakh, les militaires azerbaïdjanais ont repris possession ce mercredi du district de Kelbajar, plus à l’ouest.



Conflit du Haut-Karabakh: le district de Kelbajar rétrocédé à l’Azerbaïdjan
Les scènes déchirantes se sont répétées depuis deux semaines : des Arméniens poussés à l’exil, qui emportent ce qu’ils peuvent, parfois même les cercueils de leurs proches décédés et incendient leurs maisons pour ne pas les laisser aux Azerbaïdjanais. Dans le district de Kelbajar, qui abrite de nombreux sites culturels arméniens, des églises, des forteresses et des monastères, dont celui de Dadivank, l’accord de cessation des hostilités a été un coup de massue pour les habitants désormais contraints de quitter la région.
 
Initialement, le district de Kelbajar devait être rétrocédé le 15 novembre, mais les autorités arméniennes avaient obtenu un délai de dix jours supplémentaires pour des raisons humanitaires. Il s’agit de l’avant-dernier des sept districts qui avaient été conquis par l’Arménie en 1994, à l’issue de la guerre pour l’indépendance de l’enclave arménienne du Haut-Karabakh. Ils constituaient une sorte de glacis sécuritaire, tout autour de la république autoproclamée du Haut-Karabakh. Quatre de ces districts ont été repris par les armes, les trois autres sont rétrocédés à Bakou, comme le prévoit l’accord de cessation des hostilités. Le dernier, le district de Latchin, doit être rendu pour le 1er décembre. « Ce sont des districts qui sont importants stratégiquement pour l’Arménie, qui considérait ces zones comme essentielles pour garantir la sécurité du Haut-Karabakh », souligne Paul Stronski, spécialiste de géopolitique et sécurité au programme Eurasie à la Fondation Carnegie. Le retour dans le giron azerbaïdjanais a été fêté à Bakou. « Pour l’Azerbaïdjan, c’est une grande victoire symbolique qui permet aussi de regagner une bonne partie des territoires qu’il ne contrôlait plus depuis 1994. La question du retour des déplacés est très importante pour l’Azerbaïdjan », poursuit le chercheur.
 
Retour des déplacés
 
Après le retrait des troupes arméniennes, l’une des priorités de Bakou est de repeupler ces régions. La guerre des années 1990 avait fait 600 000 déplacés azerbaïdjanais, dont certains n’ont pas perdu l’espoir de revenir. Mais il faudra auparavant reconstruire, réhabiliter des zones qui ont été inhabitées, déminer. « Le gouvernement azerbaïdjanais a déjà alloué une enveloppe de près de 50 millions de dollars, notamment pour construire la route qui reliera la région de Fizuli à Choucha. Mais est-ce réaliste d’envisager le retour des déplacés sur le court terme ? Je n’en suis pas sûre. Cela ne sera sans doute pas pour tout de suite », estime Nushaba Baghirova, spécialiste du Caucase et enseignante en relations internationales à l’Université de Lyon 3, qui souligne qu’une étude commandée par les autorités de Bakou évaluait à 30 milliards de dollars les travaux de reconstruction et de déminage, qui, de l’avis de plusieurs experts, pourraient mettre au moins dix ans.
 
« Ce que nous avons pu voir dans la région d’Aghdam, qui est déjà repassée sous contrôle azerbaïdjanais, c’est que ces lieux ont été totalement détruits. Et il risque d’y avoir beaucoup d’animosité », s’inquiète Paul Stronski. « Ces régions nécessitent de gros investissements avant de pouvoir être de nouveau habitables. »
 
La question du déminage est aussi cruciale : en début de semaine, un militaire azerbaïdjanais a été tué par l’explosion d’une mine et un soldat de la paix russe blessé. 
 
L’accord de cessez-le-feu du 10 novembre prévoit la restitution à l’Azerbaïdjan des territoires occupés par l’Arménie, mais il permet la survie du Haut-Karabakh, amputé toutefois d’une partie de son territoire. Si à Stepanakert, la capitale de cette république autoproclamée, les institutions continuent de fonctionner, la ville de Choucha (Chouchi en arménien), à une dizaine de kilomètres de là et en surplomb, est désormais contrôlée par les Azerbaïdjanais. Les autorités du Haut-Karabakh ont appelé les habitants à rentrer. Tous les jours, des autocars ramènent des personnes qui avaient fui les combats par le corridor de Latchin, désormais seul lien terrestre entre l’Arménie et le Haut-Karabakh, sous surveillance étroite des soldats de la paix russe. Mais tous les habitants ne rentreront sans doute pas, car la situation est trop instable, estime le politologue arménien Ruben Meghrabian. « Il reste encore trop d’inquiétudes et d’interrogations sur l’avenir. Et cet avenir dépend, avant tout, de la question du statut du Haut-Karabakh », insiste-t-il. « Les soldats de la paix russe, c’est une bonne chose, mais il faut comprendre que ça n’est pas suffisant. Il faut aussi que nous obtenions des garanties internationales. »
 
Statut du Haut-Karabakh
 
L’accord de cessation des hostilités ne règle en rien le statut du Haut-Karabakh, entité non reconnue par la communauté internationale, ni même par l’Arménie.  Or, le règlement de cette question est un « impératif pour ne pas créer de conditions pour une reprise des hostilités », prévient Ruben Meghrabian, qui dit apprécier les initiatives de certaines communes françaises et en particulier du Sénat qui s’apprête à examiner une résolution, à valeur non contraignante, demandant au gouvernement « la reconnaissance de la République du Haut-Karabakh ». La situation qui prévaut dans la région nécessite une « déclaration forte et commune », estiment les auteurs de cette initiative. Les sénateurs demandent par ailleurs la conduite d’une enquête internationale sur les crimes de guerre commis dans la région et plaident pour une aide humanitaire massive aux populations civiles.
 
Vendredi 27 novembre, un deuxième cargo chargé d’aide affrété par la France est attendu à Erevan dans le cadre d’un « dispositif d’aide à la population arménienne affectée par le conflit du Haut-Karabakh ». « Cet engagement humanitaire, c'est évidemment ce que nous devons aux 120 000 déplacés du Haut-Karabakh et des sept provinces restituées, mais aussi au million au moins d'Arméniens qui vivent aujourd'hui dans des conditions qui sont insoutenables », « sous-alimentés » et frappés par une « très grande pauvreté », a expliqué samedi le président français Emmanuel Macron.
 
Avec la situation humanitaire et le relogement des déplacés, l’autre inquiétude du côté arménien concerne l’avenir des monastères, églises et autres joyaux du patrimoine du Haut-Karabakh repassés sous contrôle azerbaïdjanais. L’UNESCO propose de dépêcher une mission sur place. Mais les experts ne devraient pas arriver avant un bon mois, voire le début de l’année prochaine.

RFI

Mercredi 25 Novembre 2020 - 09:16


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