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Congo-Brazzaville: derniers jours d'une campagne «déséquilibrée» avant la présidentielle de dimanche

Les électeurs de la République du Congo s’apprêtent à se rendre aux urnes dimanche 15 mars. Si la campagne a été suspendue pour une durée de deux jours pour laisser les militaires voter ce jeudi 12 mars, une partie de l’opposition affaiblie et de la société civile considèrent le scrutin comme « joué d’avance ». Du reste, la question de la participation demeure un enjeu pour le camp présidentiel.



Hormis les deux jours de pause pour permettre aux militaires de voter – eux-mêmes étant mobilisés pour assurer la sécurité du scrutin de dimanche -, la campagne présidentielle bat son plein depuis deux semaines dans le pays. Au quartier Ouenzé de la capitale de la République du Congo, Brazzaville, Parfait attend la réparation de son minibus. Lui qui suit la campagne tout en sillonnant la ville juge que la course à la présidence est « déséquilibrée ». « Il n’y a qu’un seul candidat qui s’affiche vraiment », observe-t-il depuis la fenêtre de son véhicule, « les autres, on ne les voit pas, même sur les affiches qui ne sont que pour une personne. »

Parfait n’a pas tout à fait tort. Face à un président rompu à l’exercice du pouvoir après 41 années cumulées à la tête de l’État, l’opposition est en ordre dispersé. Certains qualifient déjà le scrutin de « simulacre » et appellent au boycott. D’autres estiment que, si les conditions pour une élection transparente ne sont pas réunies, il est nécessaire de se rendre aux urnes pour exprimer son mécontentement. Enfin, des opposants appellent à une mobilisation populaire pour voter et observer le dépouillement afin d’éviter les fraudes.

Une opposition désorganisée
Reste à savoir si leurs messages feront mouche. Croisé dans la rue, un étudiant avoue d’ailleurs ne pas connaître les candidats. « À part notre candidat Denis Sassou-Nguesso, il n’y a personne d’autre », clame le jeune homme. Six candidats sont bien en lice dans cette course à la présidentielle, mais aucun ne bénéficie d’une réelle assise nationale et d’un poids politique permettant d’agréger les aspirations au changement. « Six candidats, bien sûr, mais il ne s’agit pas de candidats comme Parfait Kolelas ou les Mokoko… », gronde cet habitant du quartier Bacongo qui se dit dans l’opposition, « imaginez-vous que même le président de l’opposition ne s’est pas présenté. »

Pas de Guy Brice Parfait Kolelas, mort en 2021, de Jean-Marie Michel Mokoko ou André Okombi Salissa, en prison depuis dix ans. Celui qui se fait appeler Pasteur Ntumi, Frédéric Bintsamou, a renoncé à participer à la campagne et même l'opposition représentée au Parlement n'a pas présenté de candidat. Pour ces candidats, certains le disent, plus que les suffrages de dimanche, l'enjeu est de se faire connaître, devenir visible, et envisager un avenir politique pour les prochaines années. « C’est de l’arnaque », tempête un autre Brazzavillois qui confie qu’il ne fera pas le déplacement dimanche.

Un camp présidentiel mobilisé
Dans le camp présidentiel, on observe une mobilisation des moyens, une mobilisation des différentes mouvances, des militants et des cadres pour afficher force et cohésion. Une équipe de campagne qui se livre à un jeu d’équilibres entre différentes parties géographiques du pays et composée de figures politiques ainsi que de membres de l’entourage et des enfants du président-candidat, Denis Sassou-Nguesso. L’objectif est de mobiliser. L’abstention reste une préoccupation. La participation est un enjeu, notamment pour légitimer le résultat.

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« Stabilité », « paix », « sécurité »... Ces mots reviennent régulièrement dans cette campagne menée à travers le pays par Denis Sassou-Nguesso en personne. Des slogans en rupture avec les six autres candidats qui mettent en avant les frustrations liées aux difficultés du quotidien comme la cherté de la vie, le manque d’accès à l’eau, l’électricité ou encore l’emploi ainsi que les questions de gouvernance, dans un pays pétrolier encore endetté, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Sur un banc du cinquième arrondissement, une bande d’étudiants affirme qu’ils voteront pour le président sortant. « S’il est encore réélu, je serai vraiment content qu’il puisse nous aider, nous les jeunes diplômés qui n’avons pas de travail », espère l’un d’eux.

Une attente qui se heurte à l’amertume d’un retraité croisé dans la capitale. « Quand je travaillais, je versais de l’argent pour les autres et, depuis que je suis retraité, ils ne veulent pas me payer », peste-t-il, « j’ai mis mes enfants à l’école, ils ont les diplômes mais pas d’emploi. Alors quoi ? On va encore voter dans la souffrance ? ». L’homme annonce qu’il n’ira pas voter. 

Les différents candidats auront encore deux jours pour convaincre, ce jeudi et vendredi, avant le silence électoral de samedi et l’ouverture des bureaux de vote dimanche.

RFI

Jeudi 12 Mars 2026 - 15:15


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