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Congo-Brazzaville : une élection dans un climat de défiance



Congo-Brazzaville : une élection dans un climat de défiance
Ce vendredi19 mars était le dernier jour de campagne avant la présidentielle au Congo-Brazzaville. Ce dimanche 2,5 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Les forces de défense et de sécurité ont déjà voté ce mercredi par anticipation. Le président sortant, Denis Sassou-Nguesso, 77 ans et déjà 36 ans cumulés à la tête du pays, brigue un nouveau mandat. Face à lui, 6 adversaires. Tandis qu’une partie de l’opposition et de la société civile appelle au boycott. Une élection marquée par un climat de défiance, sur fond de crise à la fois politique, économique et sociale.

Ces dernières semaines Franck Nzila, militant des droits de l’homme et activiste au sein du mouvement Progrès a sillonné les quartiers de la capitale, pour inciter la jeunesse à exercer son droit citoyen ce dimanche. Comme d’autres observateurs, il souligne le peu d’enthousiasme qu’a suscité la campagne qui s’achève ce vendredi soir, dans un pays où la majorité de la population a moins de 25 ans et n’a donc connu au pouvoir que le président candidat sortant Denis Sassou -Nguesso.

« La jeunesse congolaise est fatiguée de vieillir avec le président Denis Sassou-Nguesso, sans autre perspective d’avenir. La grosse majorité des gens que nous voyons sur le terrain nous disent : "Dimanche, je resterai chez moi. Pourquoi est-ce que j’irai voter ?" Ils se disent que l’élection est jouée d’avance. C’est ce qui nous inquiète. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils adhèrent à l’appel au boycott d’une partie de l’opposition. Ils estiment que le boycott fait le jeu de Sassou. Mais c’est le résultat d’une lassitude globale vis-à-vis de la classe politique toute entière. Il y a beaucoup de gens qui ne croient plus en rien. Ils sont clairement désespérés. »

En février dernier, les évêques du Congo dans un message critique à l’égard du pouvoir, avaient alerté sur ce climat de défiance de la population vis-à-vis de leur système électoral. La conférence épiscopale, elle-même a émis de « sérieuses réserves » sur la « transparence du scrutin », dénonçant les « les maux qui minent la gouvernance électorale », en pointant notamment les lacunes du fichier électoral, quand d’autres expriment des doutes sur l’indépendance de la Commission électorale dirigée par une personnalité qui est également premier président de la Cour suprême.

À ces critiques, Roch Euloge Nzobo, le coordinateur du Cercle des droits de l’homme et du développement (CDHD) ajoute une autre explication derrière la désillusion d’une partie de la population congolaise : l’« affaiblissement » selon lui de l’opposition depuis la dernière présidentielle. « En 2016 nous avions des challengers qui avaient une certaine indépendance, une certaine marge de manœuvre. Le général Mokoko avait suscité un certain enthousiasme auprès de la population parce qu'on avait l’impression d’avoir quand même un débat démocratique où tout le monde pouvait s’exprimer et on pouvait rêver de l’alternance. Mais aujourd’hui, la plupart des challengers sont soit ils font de l’auto-censure ». Alors que les Congolais sont de nouveau invités aux urnes ce dimanche, deux des principaux candidats à l’élection de 2016 sont toujours en prison, le général Jean-Marie Michel Mokoko, et l’opposant André Okombi Salissa.

À ce contexte, souligne Roch Euloge, s’ajoute l’arrestation la semaine dernière du docteur Alexandre Ibacka Dzabana, un des coordonnateurs de la Plateforme congolaise des ONG des droits humains et de la démocratie. Les autorités assurent détenir des « éléments qui indiquent » que cette figure de la société civile serait « au cœur d’un réseau et d’un processus de déstabilisation des institutions durant le processus électoral en cours ». La FIDH dénonce, elle, une arrestation « arbitraire et illégale ». « Nous sommes dans un régime de terreur destiné à empêcher les gens de s’exprimer librement », estime Roch Euloge.

Du côté du pouvoir, on balaie ces accusations d’un revers de main. « Je ne sais pas si nous habitons le même Congo », s’étonne Juste Désiré Mondele, conseiller politique du président Sassou-Nguesso et son porte-parole pour les questions politiques pour cette campagne. « Ce qui est sûr, c'est qu’il n’y a pas de crise politique. Les institutions fonctionnent normalement. Il y a toutes les couches qui interviennent aujourd’hui dans le débat politique. Il y a un statut du chef de l’opposition. Nous avons aussi un Parlement qui fonctionne normalement avec un groupe parlementaire de l’opposition. Donc il n’y a pas de crise politique au Congo. »

Rfi

Samedi 20 Mars 2021 - 08:42


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