A ses parents, l’Américain Michael Sharp l’avait assuré : « C’est ma mission la plus sûre depuis dix ans ». L’affirmation n’avait rien d’un euphémisme. Ce n’était pas seulement la parole rassurante d’un fils aimant à l’égard de sa famille inquiète devant l’histoire tumultueuse de la République démocratique du Congo (RDC). « Personne ne touche jamais aux experts, leur avait garanti ce spécialiste des groupes armés. Personne ».
Michael Sharp n’avait rien d’un débutant. Avant son entrée au groupe d’experts, le jeune Américain s’était déjà aventuré sur les plus mauvaises routes, avait négocié avec certains des groupes les plus dangereux du pays pour les convaincre de démobiliser. Cinq ou six chefs de milices auraient même transmis leurs condoléances, apprenant la mort de Michael Sharp et sa collègue Zaida Catalan le 12 mars 2017 dans la région autrefois paisible du Kasaï-Central, une province secouée à l’époque par une insurrection sans précédent contre l’autorité de l’Etat.
Depuis 2004, des générations d’enquêteurs de tout âge et de toute origine, sélectionnés par le comité de sanctions des Nations unies, se sont rendues à moto dans les régions les plus reculées et les plus instables du Congo. Comme Michael Sharp et sa collègue suédo-chilienne, Zaida Catalan, ils cherchaient à accumuler suffisamment de preuves contre les instigateurs des violences dans ce pays-continent aux richesses si convoitées. Ils ont fait face aux mêmes manœuvres d’Etats-membres, les ardents défenseurs de la primauté de la souveraineté, comme ceux qui, sous couvert d’exigences sans cesse rehaussées en termes de preuves, rechignent à sanctionner pour préserver leurs intérêts dans la région.
Pour la première fois dans l’histoire des groupes d’experts, le 12 mars 2017, quinze ans après l’instauration d’un embargo sur les armes en RDC, deux de ces enquêteurs indépendants mandatés par le Conseil de sécurité sont tués dans le cadre d’une de leurs missions. À l’approche des échéances électorales au Congo, avec les reports et le maintien au pouvoir de son président Joseph Kabila, les violences redoublent dans le pays, pas seulement dans les Kasaï.
Trois heures pour répondre à un appel à l’aide
L’ONU n’aurait jamais été informée de la disparition de Michael Sharp et Zaida Catalan le jour même, si la famille de l’experte suédo-chilienne n’avait pas donné l’alerte. La jeune femme avait suivi plusieurs formations relatives aux questions de sécurité. À 16h49, quelques minutes avant le meurtre, elle parvient à appeler sa sœur en Suède, sans être en mesure de lui parler. Elisabeth Morseby et sa mère n’ont pas besoin de mots pour comprendre que Zaida Catalan est en danger. Elles cherchent d’abord à joindre son collègue Michael Sharp, en vain.
Moins de dix minutes plus tard, à 17h08, Maria Morseby décide d’écrire à New York à une adresse e-mail que sa fille lui avait laissée, en cas de problème. « On a reçu un appel de son téléphone congolais, mais ce n’était pas elle », peut-on lire dans ce message. Maria Morseby supplie son interlocuteur de « vérifier qu’il ne lui soit rien arrivé ». Il est 12h08 à New York en ce dimanche 12 mars 2017 quand le Département des affaires politiques de l’ONU (DPA) reçoit l’alerte. C’est ce département qui, à travers le Service du secrétariat des organes subsidiaires du Conseil de sécurité (SCSOB), s’occupe de tout ce qui est relatif aux treize comités de sanctions de l’ONU et aux dix groupes d’experts qui leur sont affiliés.
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