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Écoles mises sur liste noire, diplômes non reconnus : quand les lenteurs administratives brisent l’avenir des étudiants (Par Patrice Serge Sylva)




La décision de l’État de publier une liste d’établissements privés d’enseignement supérieur non reconnus est légitime dans son principe : les étudiants et les familles doivent savoir à quoi s’en tenir.

Mais cette décision soulève une question essentielle : que devient l’étudiant qui a déjà consacré plusieurs années de sa vie à une formation dans l’un de ces établissements ?

Il faut éviter de jeter trop rapidement l’opprobre sur les étudiants et les établissements privés. 

Dans beaucoup de ces écoles, les formations sont dispensées dans le cadre des référentiels nationaux, avec des enseignants qualifiés, parfois issus des universités et de l’administration publiques.

 Les programmes eux-mêmes ne sont donc pas nécessairement étrangers au système national d’enseignement supérieur.

Le problème n’est pas toujours la valeur du diplôme. Il faut aussi interroger la responsabilité du système qui doit le reconnaître.

Au Sénégal, cette reconnaissance passe par l’habilitation de l’établissement et l’accréditation des programmes par l’ANAQ-Sup. L’ANAQ-Sup reconnaît elle-même que ces deux conditions sont nécessaires pour qu’un diplôme soit reconnu par l’État.

C’est précisément là que se pose la question de la responsabilité de l’administration.

Lorsqu’un établissement remplit les conditions, produit les dossiers, se soumet aux évaluations et attend une décision, combien de temps doit-il attendre ? Et surtout, que deviennent les étudiants pendant ces périodes d’instruction ?
On ne peut pas demander à une génération d’étudiants de payer le prix des lenteurs administratives.

Le système doit être capable de distinguer clairement :
- les établissements réellement irréguliers ;
- les formations qui ne répondent pas aux normes ;
- et les établissements qui remplissent les conditions mais restent confrontés à des procédures longues, complexes ou insuffisamment diligentes.

La solution n’est donc pas seulement de dire : « diplôme non reconnu ».
Il faut aussi demander : pourquoi n’est-il pas reconnu ? À qui incombe le retard ? Où se trouve le dossier ? Quelle décision a été prise ? Quels sont les délais de traitement ?

L’État a parfaitement le droit d’exiger la qualité. Mais il a également le devoir d’organiser un système de reconnaissance transparent, prévisible, diligent et débarrassé de toute pratique bureaucratique ou de tout traitement arbitraire.

Car derrière chaque dossier administratif, il y a des étudiants qui ont consacré plusieurs années de leur vie à leurs études.
On ne peut pas fabriquer de l’incertitude administrative et ensuite en faire porter le coût aux étudiants.

La qualité doit être contrôlée.
La fraude doit être sanctionnée.
Mais la bureaucratie ne doit jamais devenir une sanction.

Reconnaître les diplômes qui remplissent les conditions, dans des délais raisonnables, c’est aussi une responsabilité de l’État.

En définitive je trouve la décision du ministère apparaît à la fois aberrante et profondément injuste. En exposant publiquement certains acteurs à une forme de mise à l’index, elle risque non seulement de détruire des emplois et des activités déjà fragiles, mais aussi de briser les parcours d’étudiants, les projets de familles et les espoirs de toute une génération.

L’État ne doit jamais confondre l’exercice de son autorité avec une sanction collective, précipitée ou humiliante. Toute décision publique doit être fondée sur des critères transparents, légalement établis, proportionnés et respectueux des droits des personnes concernées. Gouverner, ce n’est pas condamner sans précaution : c’est protéger, encadrer et garantir que nul ne soit injustement sacrifié.

Patrice Serge SYLVA 
Maitre en Administration Publique


patriceserge.sylva@enap.ca

 

Moussa Ndongo

Samedi 3 Octobre 2026 - 14:03


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