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France : chez les Le Pen, c’est Marion contre Marine

À peine la patronne du Front national s'est-elle débarrassée de son encombrant père que la voici confrontée à la fulgurante ascension de sa nièce. Or les divergences entre les héritières du clan Le Pen ne sont pas toutes des… détails.



France : chez les Le Pen, c’est Marion contre Marine
Marion, Marine. À une lettre près, les deux prénoms de la nouvelle génération Le Pen, familièrement starisés par les réseaux de la com, se ressemblent et, le plus souvent, s’assemblent dans les mêmes combats. Souvent, mais pas toujours. Déjà, des lanceurs d’alertes s’interrogent. Après avoir tué le vieux père, Marine sera-t-elle tuée à son tour par sa jeune nièce, selon la loi inexorable du carriérisme politicien ? Ne comptez pas sur la presse people pour éclairer le débat. L’indiscrétion ravageuse n’est pas le genre de la maison familiale bien mal nommée « Montretout », vaccinée à tout jamais par le scandale Pierrette : la première femme de Jean-Marie, pour se venger d’un époux qui lui chipotait en cours de divorce sa pension alimentaire – « si elle a besoin d’argent, elle peut toujours faire des ménages » -, avait posé nue dans la revue porno chic Playboy. « Maman à poil, un plumeau à la main ! » Effondrée, Marine mettra des années à pardonner.
 
Quand Marion et Marine s’affrontent
 
C’est donc dans les éditoriaux et les sondages que rebondit l’hypothèse assassine. Habituée à n’en faire qu’à sa jolie tête, Marion prend cette fois prudemment les devants, proteste de sa loyauté tous azimuts, mais établit, à toutes fins utiles, un code de bonne conduite à partir d’une claire distinction : entre les sujets mineurs, entièrement libres d’expression, et les questions majeures, où s’impose à tous la ligne du parti. L’ennui est que la frontière est fluctuante.
 
Mineures, à coup sûr, les frictions personnelles et les chocs de personnalité comme il en existe dans toutes les familles. Quand Marine interdit de diffusion une vidéo contestée, Marion la reprend aussitôt sur Twitter. Marion recrute Sébastien Chenu, le fondateur ex-UMP de Gaylib ? Marine s’élève contre ce transfuge. Marine entend rétablir la peine de mort par référendum ? Marion combat l’initiative « à titre personnel ». Et quand celle-ci s’engage à supprimer les subventions au Planning familial, qu’elle accuse de banaliser l’avortement, Marine se borne à rétorquer : « Ce n’est pas dans nos projets. »
 
Leur différence d’attitude envers le patriarche répudié n’est pas moins significative. Pour Marine, qui refuse désormais de répondre à toute question sur les paroles et actions de Jean-Marie, la rupture est totale. Elle espère ainsi tordre définitivement le cou à l’ambivalence d’un FN tiraillé depuis toujours entre la transgression, pour marquer sa différence, et la dédiabolisation, pour ne plus en subir les mortifères conséquences électorales. Chez Marion, c’est tantôt « je t’aime », tantôt « moi non plus ». Dans un dernier reste d’affection pour son grand-papa longtemps chéri qu’elle décrit comme un « vieil anarchiste », elle s’interdit de le clouer au pilori. Mais se désolidarise cruellement, sans le nommer, de ses provocations : « Le totalitarisme, le racisme, ce n’est pas moi. »
 
Catholique très pratiquante de tendance radicale, Marion s’expose à la tête de toutes les manifs et veillées
C’est sur le mariage homosexuel que Marine et Marion vont se séparer le plus spectaculairement, car il s’agit bien d’un spectacle grand format, où Marion va prendre figure pour la première fois, et Marine écorner son image. Catholique très pratiquante de tendance radicale, Marion s’expose à la tête de toutes les manifs et veillées ; poursuit la bataille à l’Assemblée, où elle fustige le « mépris crétin » du Premier ministre ; marche toute la nuit avec le pèlerinage Paris-Chartres de Notre-Dame de la chrétienté, où les « tradi », rapporte l’envoyé spécial du Figaro, apposent leurs mains sur la blonde madone « comme sur un morceau de la Sainte Croix ».
 
Élevée elle aussi dans la foi catholique, mais non pratiquante, Marine se tient ostensiblement à l’écart des agitations de la rue, estimant qu’en politique les options religieuses n’ont pas à guider l’action mais doivent demeurer « de l’ordre du privé ». Pour une grande partie des militants, ce forfait de leur présidente est plus qu’une erreur : une faute morale et stratégique attribuée à sa présumée « gourouisation » par Florian Philippot.
 
C’est finalement Marion qui viendra au secours de son aînée : pour ne pas « prendre la roue » de l’UMP ni surtout conforter le vieux clivage UMP-PS, qu’elle juge en public « obsolète », mais dont elle redoute en réalité l’efficacité, comme les barrages socialistes lors des régionales viennent d’en faire la démonstration. Dans son nouveau slogan « ni droite ni gauche », Marine se réserve de remplacer le mot même de gauche par « social », au nom de la défense de tous les « oubliés », sa formule favorite de campagne et son principal fonds de clientèle.
 
Des programmes différents
 
Un programme auquel Marion déclare « souscrire totalement », ce qui laisse perplexe, car leurs grandes orientations économiques et sociales ne vont pas précisément dans la même direction. Jeu de rôles ou stratégie double, voire duplice, imposée par les particularités respectives des deux France, du Sud et du Nord ?
 
Députée du Vaucluse (Sud), où les classes moyennes et les retraités sont nombreux, Marion s’afficherait délibérément libérale et conservatrice. Dans la France du Nord, au contraire, sinistrée par les crises industrielles et la paupérisation des campagnes, Marine jouerait à fond la carte quasi gauchiste d’un étatisme hyperprotecteur dont elle célèbre les mérites dans tout un chapitre de son manifeste Pour que vive la France : un État « régulier, solidaire, stratège, influent, solide », pour lequel elle s’attribue au passage des parrainages pour le moins iconoclastes : Pierre Mendès France, Georges Marchais, Jean-Luc Mélenchon et jusqu’à Karl Marx, quand l’auteur du Capital dénonce dans l’ultralibéralisme « le meilleur moyen de tuer les nations ».
 
Un hold-up idéologique, comme l’écrivent certains commentateurs ? Plutôt, confie Marine, un long cheminement personnel orienté dès l’origine vers la gauche, du temps où celle-ci incarnait les grands combats de libération avant de se laisser pervertir par les lobbys de la mondialisation et de la finance. Face à d’aussi ardentes diatribes, Marion esquive sans trop se prononcer ni surtout dramatiser. L’État, oui, mais pas l’étatisme « qui tue l’État » en généralisant l’assistance et en décourageant le travail. S’étonnera-t-on de ces accents sarkozystes ? Marion avoue avoir été « séduite » par l’ancien président, du moins au début de son quinquennat.
 
Sur la rupture brutale avec l’Union européenne, au cœur du programme de Marine, Marion se montre prudemment évasive. Elle est défavorable à la sortie de l’euro, mais la monnaie européenne ne lui paraît pas plus « l’alpha et l’oméga » des problèmes français qu’elle ne voit dans son abandon la condition de leur solution. Ce qui ne l’empêche pas de se déclarer une nouvelle fois « d’accord sur l’essentiel » avec Marine. Et de s’en prendre aux médias qui « racontent des histoires ».
 
Ce qui unit les deux héritières, malgré des relations parfois tumultueuses, est plus fort que ce qui les divise
Certains analystes en veine de romanesque n’ont-ils pas imaginé pour leur couple une sorte de syndrome de Blanche-Neige ? Chaque matin, la reine en titre interrogerait anxieusement son miroir : suis-je toujours la plus belle ? Marion se défend de toute aventure personnelle – « je n’en ai, dit-elle, ni l’ambition ni les capacités » -, qui serait aussitôt stoppée dans un parti sans possibilité de courants, où seule la présidente prend les décisions et les impose avec une poigne de fer.
 
Doit-on la croire, l’enjôleuse, quand elle se pose en « bon petit soldat » qui ne pense qu’à faire élire Marine à l’Élysée et préférerait quitter la politique, où elle a été propulsée contre son gré, que d’entrer en conflit « majeur » avec sa parente et modèle ? Peut-être. C’est en tout cas la conclusion de la plupart des spécialistes : ce qui unit les deux héritières, malgré des relations parfois tumultueuses, est plus fort que ce qui les divise, et le restera longtemps encore ne serait-ce qu’en raison de leur différence d’âge : 47 ans pour l’une, 26 ans pour l’autre. Plutôt des divergences, d’ailleurs appelées à converger dans le « ratisser au plus large » anobli par les partis en « rassemblement républicain » et qui reste la loi, jusque dans ses compromis et compromissions, de toute conquête du pouvoir.
 
Ou peut-être pas… si elle se sert de sa fulgurante ascension comme d’une « formidable rampe de lancement » – comme le dit son rival Christian Estrosi – vers l’Élysée, là où par trois fois le chef du clan a mordu la poussière.


Mercredi 23 Décembre 2015 - 10:35